‹ De la logique d'AristoteChapitre 149 sur 244 · PLAN DE L*ORGANON. — CHAP. XI · texte numérisé non relu

PLAN DE L*ORGANON. — CHAP. XI

termine les Catégories, ou THy pothéorie, tient plus étroitement au traité, mais \j^i est certainement moins nécessaire, quoic^u'on ne puiçsçen contestek* Futilité. Ce dernier annexe explique divers mots employés dans le cours des Catégories, et qui tous répondent à des idées de haute importance pour le système. Il est vrai que ces explications auraient pu tout aussi bien figurer dans la Métaphysique, où elles sont, du reste, reproduites en grande partie; mais sans doute Aristote aura senti le besoin de les rapprocher de la théorie qu'elles ont surtout pour objet d'éclaircir. Il est évident quel'Hypothéorie, aussi bien que la Prothéorie, laisserait, si elle était omise, une lacune souvent regrettable pour les Catégories elles-mêmes, et surtout pour les traités suivants.

Des notions simples, Aristote procède aux notions composées. IMes considère dans leur forme régulière lie propositions. La proposition, étudiée sous les divers aspects qu'elle présente, remplit le Traité du langage. D'abord, le philosophe la décompose dans ses éléments : le nom et le verbe, qu'il définit Y un et l'autre, en les séparant. Puis, en les examinant sous le rapport de leui*s combinaisons, il reconnaît et classe les diverses espèces de propositions: affirmative, négative, universelle, particulière, catégorique et modale. Il s'arrête tènguement sur la théorie de l'opposition des propositions, sur les règles de la contradiction dâûs les trois moments principaux du temps:

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passé, présent et avenir. De Topposition dans les propositions catégoriques, il passe à ropposition dans les modales, et il termine le traité par l'exposé des principes de l'opposition dans les attributs. Cette dernière théorie éclaircit et conûrme toutes celles qui la précèdent.

Le Traité du langage a, dès long-temps, la réputation d'être profondément obscur; .«^elon nous, cette accusation n'est pas juste, à moins qu'on ne prétentle la diriger contre le sujet lui-niémé, et non pas contre l'auteur. Les travaux qui sont devenus plus tard les fondemt'nts de la grammaire philosophique, étaient de nature, par leur nouveauté, à surprendre les esprits. Les intelligences furent si lentes à s'y faire, qu'à la fin du cinquième siècle, Animonius n'en comprend encore qu'une partie, et renonce, en quelque sorte ,*à rendre intelligible la fin du traité, qui lui semble une indéchiffrable énigme.

Après les notions simples qui réunies forment la proposition, Arislote aborde le syllogisme, com* posé de propositions , comme la proposition l'était elle-même de notions simples. Les Premiers Analytiques tout entiers sont consacrés au syllogisme et à ses parties. Dans le premier livre, i^le syllogisme est considéré, d'abord, dans ses principes essentiels; et de là, les trois figures avec le.ur8 modes concluants, au nombre de quatorze, les propriétés communes à toutes les trois, et les modifications qu'il peut recevoir,selon la nature des propositions

qui le forment : contingentes, nécessaires et catégoriques, issolées ou mêlées les unes aux autres; a^ lies régies sont données pour la découverte du moyen, qui est le terme essentiel du syllogisme, puisque sans lui le syllogisme ne saurait avoir lieu; 3^ eniiu, et comme suite de l'invention du . moyen, Aristote indique la méthode pour résoudre les raisonnements en leurs principes syllogis** tiques.

Dans le second livre des Premiers ÂnalytiqueS| se poursuit, sans interruption, la théorie commencée au premier. Les six propriétés du syllo* gi&me : vérité des prémisses, démonstration circu* laire, etc., etc., sont tour à tour examinées, dans chacune des trois figures. Après les propriétés du syllogisme, viennent ses défauts, au nombre de six également; et enfin, le second livre se termine par une étude des diverses formes de raisonnement, qui, sans être entièrement syllogistiques, peuvent néanmoins se ramener toutes au syllogisme.

Comme on le voit , rien , dans ces deux livres des Analytiques, n'entrave la déduction, qui se suit et s'enchaîne parfaitement, malgré les difficultés ex- <:e8sives du sujet, et les complications formi*dables^ au premier abord, que présentent la diversité des figures et la diversité des propositioos , dans leur qualité, dans leur quantité, dans * leur nature.

De même que les notions simples forment en se

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combinanl les proposirions , et que les propc^itions, en He combinant, forment le syllogwme, de même lessjllogistnes combinés forment la démonstration, terme dernier et suprême de 4a connaissance. Le syllogisme lui-même, dans sa coibposition de prémisses et de conclusions, en offre une idée assez complète. Ainsi, après le syllogisme, il ne reste plus qu*à traiter de la démonstration ; et c*csl aussi à la démonstration que sont consacrés les Derniers Analytiques. C'est là, comme l'ont en général reconnu les commentateurs, le but su* périeuretlafin delà Logique. Aristote établit donc d'abord, contre l'opinion de quelques philoso» phes, que la démonstration et la science qu'elle donne, sont possibles; puis, il fait voir ce qu'est b démonstration en elle-même. C'est là qu'il pose et met hors de discussion la théorie de la démonstration qui, depuis lui, n'a point été changée, ni même refaite. I.es principes de la démonstration sont nécessaires, et sont choses existantes en soi; dans une même démonstration, ils sont de nature pareille , ils sont homogènes; la conclusion de la démonstration est chose éternelle; les principes de la démonstration sont eux-mêmes, et de toute nécessité, indémontrables. Des deux déroonstr^ lions: l'ime du fait, l'autre de la cttuse {Si^ ^ iév), cette dernière est la plus importante ^ aam oontr^ ditf ou, pour mieux dire, c'est la démonstraftioB véritable; elle se produit surtout par la prraucre figard,> celle où éclate l'évidence, dans' tout son

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joiir. Pour déterminer d'autant mieux la science par démonstratir)n , Âristote s'occupe aussi de déterminer le confraire de la science (ayvotat); et il montre comment l'ignorance se forme et d'où elle vient. Passant ensuite aux propriétés de la démonstrâtioDy et k ses formes diverses, il fait voir que les principes en sont finis et limités, que la dé»* monstration affirmative est supérieure à la né> gative, comme l'universelle Test à la particulière , et l'ostensiveà celle qui ne donne que l'impossibi* lité, sans le fait réel et positif; que, selon qu'on em« ptoie ce» divers genres de démonstrations, la science qu'elles fournissent est plus ou moins cer« taine, plus ou moins élevée; qu'une même chose peut avoir parfois plusieurs démonstrations; qu'il ne saurait y avoir de démonstration pour le for* tnit^ l'accidentel; que la sensatitm, par consé'* qnent, ne peut doiuier une science réelle et démon s t rat ivi^; et enfin, que les principes varient avec les iléinon-itrations mêmes.

Pour compléter cette théorie de la science cléir moDstrative, Aristote compare à la démonstra-t tion et à lu science, deux sources inférieures d'in« formation et de connaissance : la conjecture et la sagacité. Puis, dans le second livre qui commence ici, il se demande ce que cherchent la science et la démonstration. Le nombre des questions, des reeherci^es de la science (rà ^>ito\ifava), est précisément égal à celui des choses mêmes qu'elle peut ftavoin Or, Aristote porte ces objets de

7ê virxikifB PAiTTK. — SECTiœr in.

recherche et de connaissance , à quatre d'abord, et les réduit ensuite à deux: le fait ourexistencede la chose y puis la cause même de la chose. L'essence de la chose ne saurait être connue , ni par le syllogisme, ni par la méthode de division, employée dans Técole platonicienne, ni même par la définition ordinaire. La définition qui fait vérifablemrnt cunnaitre Tesseuce, doit avoir été précédée d'une démonstration, qui fasse connaître la cnuse ; et c*est de cette démonstration qu'on tire la définition, par un simple changement dans la position des termes. La définition peut être, au reste, de quatre espèces, dont la principale, et la seule complète, est la définition même de la cause, aiTico^r.ç.

Quant aux causes des choses que la démonstration cherche, indépendamment de l'essence, elles sont aussi au nombre de quatre, et pourront toutes également servir à la démonstration ; et, en passant ici à la métaphysique, Aristote expose les rapports de la cause à Teffet, selon que l'effet et k cause sont simultanés, ou que la cause précède l'effet, ou enfin, que l'un ou l'autre se supposent mutuellement, et sont en quelque sorte circulaires. 11 combat la méthode de division adoptée par Speusippe , et qui consistait, pour x»iinaître et définir les choses, à procéder du général au particulier. Aristote propose une méthode toute contraire , méthode inductive procédant du particulier au général; et il trouve les moytens de distinguer les divers rapports de TeflCist et de la

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* cause, pour établir la définition. Enfin , le second livre des Derniers Analytiques se termine par le morceau, si remarquable, sur la connaissance et le mode d'acquisition des premiers principes, des idées générales et indémontrables, des axiomes , sur lesquels repose toute démonstration.

I>e plan des Topiques a été exposé tout au long par fauteur lui-même, dans le premier livre de ce traité; Aristote y est restç parfaitement fidèle. I^ discussion, relative à une chose, ne peut jamais porterquesurcesqiiatrepoint^ou attributs de la chose: sa définition, son genre, ses propriétés et ses accidents. Tels sont les quatre attributs dialectiques, qui peuvent, chacun , être considérés sous quatre points de vne : d'abord relativement à la proposi* tion qui les renferme, puis à la signification du mot qui les exprime, puis a leurs différences avec les choses analogues, et enfin à leurs ressemblaiices avec ces mêmes choses. Ces qnaftre points de vue, sous lesqnels on peut considérer les attributs dialectiques, servent à faire trouver les propositions probables, dont se compose la discussion dialectique; et voilà pourquoi Aristote les appelle opyoeva, instruments. L'action de ces quatre instruments sur les quatre attributs dialectiques, forme tout Téchafaudage desTopiques, jusqu'au huitième livre, le second et le troisième étant consacrés à la recherchée! à l'explication des lieux de l'accideiiti le quatrième à ceux du genre, le cinquième à ceux du propre , le sixième et le septième à ceux

7H DXUXIBIIE PARTIK. — SECTION Ul.

de la définition. Enfin , le huitième livre indique- Tapplication de ces lieux dans la discussion , selon qu'on attaque ou qu'on se défend , et l'usage qu'on en fait soit en interrogeant, et en répondant , soit dans l'étude qui précède la discussion pour l'un et l'autre interlocuteur.

Le plan du traité des Réfutations deF Sophistesa beaucoup d'analogie avec celui des Topiques, auquel il fait suite et qu^ complète. Aristotey expose d'abord ce qu'il entend par réfutation sophistique (tkt'Oipç GOfiri3coç); c'est une réfutation qui défait n'en est point une, et n'en a que l'apparence. C'est la réfutation qu'emploient les Sophistes, dont Âristote dévoile les intentions et les procédés. Les sophismes dans les mots, ou hors des mots, sont au nombre de treize, et tous pourront se ramener à l'ignorance de la réfutation (âyvoia eX^yX^)» ^'^^ à-dire, qu'il suffit de définir convenablement k réfutation, pour voir aussitôt comment pèchent toutes celles que le Sophiste prétend opposer k la loyauté de son adversaire. Viennent ensuite l'explication des lieux divers, dont les Sophistes ont coutume de tirer leurs prétendus arguments, et les moyens qu'ils mettent en usage , soit en interrogeant eux-mêmes leur interlocuteur, soit en lui répondant. Toutes les ruses des Sophistes étant dévoilées , Aristote enseigne la manière de les oombattre : et il donne à l'adversaire du Sophiste tous les lieux capables de lui fournir la vraie solution des sophismes qui lui peuvent être opposés.

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Enfin, le traité se termine p4r un épilogue qui n'appartient pas seulement, comme Tont cru plusieurs commentateurs, et Pacius entre autres', à la dialectique (Topiques et Réfu tationsdes Sophistes), maïs à toute la logique, ainsi qu'on a essayé de le prouver plus haut (Voir la fin de l'analyse, de ce traité , tom. i ).

Tel est le plan de TOrganon. On peut le résume^'èn^eu de mots, en disant qu*il est consacré tout entier au syllogisme ( raisonnemenl ) : les Catégories et le Traité du langage, aux éléments du syllogisme; les Premiers Analytiques, au syllogisme en général; les Derniers Analytiques, au syllogisme démonstratif; l|ss Topiques , au syllogisme dialectique; et enfin, les Réfutations des Sophistes, au syllogisme sophistique. Ce point de ▼ue appartient aux commentateurs grecs; il a été adopté par la plupart des commentateurs latins ; et l'on ne saurait en contester la justesse.

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