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CHAPITRE DEUXIÈME

De la Logique avant Aristote*

Hegel au début de ses leçons sur Thistoire de la philosophie , a montré , de la manière la plus éclatante et la plus profonde k la fois , que la liberté était indispensable aux développements d% la philosofAie; que si elle était restée si impars faite dans TOrient, c'est que là il n'y a qu'un seul être libre : le despote , et que ce qui avait fait M fortune dans la Grèce, c'était la portion àt

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liberté dont jouissaient les citoyens , quelque restreint qu'en fût d'ailleurs le nombre. Cette idée est certainement vraie, si ce n'est dans tous ses détails, du moins dans son ensemble; et il était difficile de trouver à la philosophie une origine à la fois plus noble et plus féconde.

Il fallait certainement l'indépendance d'esprit la plus illimitée pour que l'intelligence grecque, toute puissante qu'elle était, parvint, en quelques siècles, à fonder ce prodigieux monument de la logique aristotélique. La gloire du Stagirite, c'est d'avoir réuni, d'abord les éléments épars et incomplets que lui transmettaient ses devanciers, et ensuite de les avoir élevés à ce degré suprême d'une théorie complète et absolue du raisonnement humain. Le champ n'était point entièrement neuf, quelques parties en étaient déjà défrichées; mais, dans l'état de morcellement et d'incertitude où était la science quand le Stagirite en hérita, il ne fallait pas moins que son génie pour lui faire faire ce merveilleux progrès. Aristote, auquel il ne manque rien que la gloire de nommer la science nouvelle, en peut être regardé à bon droit comme le créateur véritable. A des pressentiments vagues et indélermiiiéti tout sublimes qu ils pouvaient être, il substituait , rigueur définitive d'une méthode qui depuis lors n'a pas changé.

Ici , pourrait être posée la grave question de priorité entre la philosophie indienne et la philo*

DB LA LOOIQUK AVANT ARISTOTS. — CBAP. II. 97

Sophie grecque; mais les matériaux que la philologie et rhistoire ont réunis jusqu'à ce jour, sont trop imparfaits, pour qu'il soit permis de se prononcer en toute connaissance de cause. Le seul fait qu'il soit possible jusqu'à cette heure d'affirmer, c'est la ressemblance frappante des résultats, que n'explique point suffisamment la ressemblance même des objets d'étude. Tout nous porte à regarder l'Inde comme l'aïeule, sinon comme l'institutrice, de la Grèce; et, parmi d'assez nombreux témoignages « l'un des pins décisifs serait, ce me semble, ce merveilleux sys ème de numération que l'Inde a possédé de tout temps, que nous avons adopté après elle, mais. que ne connurent jamais les Grecs. Certes, îls n'eussent pas manqué de le substituer aux défectuosités de leur méthode, des relations aussi étroites qu'on le suppose les avaient unis aux inventeurs.

Ainsi, nous regarderons comme parfaitement original, le développement, d'ailleurs si bien suivi, que prend la Logique, en Grèce , jusqu'au temps d'Aristote. Il est vrai qu'entre ses mains, elle acquiert une telle valeur qu'elle en devient presque méconnaissable. Mais nous n'admettrons pas l'exagération de ces hypothèses, qjii veulent que le Stagirite n'ait été que le plagiaire des sages Indiens, dont Cailisthène lui aurait envoyé les ouvrages. Comment supposer qu'un fait aussi grave que celui-là, aurait éch:ippé à l'attention des contemporains , à la connaissance de la postérité si sou- II. n

9fi nOISlkMB PARTIB. — 9ECTI0!ff I.

vent hostile et jalouse ? Et , d'ailleurs , la logique d'Aristotei tout admirable qu'elle est, n'est pas une œuvre isolée, et l'on peut.retrouver ses aœuni en génie, dans la Métaphysique, l'Histoire des ani* maux I etc.

Les deux premiers siècles de la philosophie grecque se partagent entre trois écoles, qui» cha* cune dans leur sphère , lui rendirent d'ioimenaei services : d abord l'école d'Ionie, née sur un heu» reux territoire qui avait déjà donné la poésie à la Grèce; puis Técole p^tbagoricicnne, et l'école d^Ëlée. Mais ces écoles, placées toutes trois aui extrémités orientales et occidentales de la Grèce, durent fai' e place au mouvement central qui ré« suroa, dans Athènes, tous les mouvements anté« rieurs , et détermina le caractère propre de la philosophie hellénique.

Chose remarquable! sur ce petit théâtre du inonde grec se reproduisit, avec une identité pn^ faite, cette différence fondamentale qui semble sépjirer l'Orient de l'Occident , l'Asie de l'Europe. En lonie et à l'est, Teffort philosophique porte tout entier sur l'étude de la matière; à Touestel dans la Grande Grèce, surgit la première étude de la pensée, confuse encore, incertaine, si Toa veut, mais déjà dans un antagonisme compkl avec les recherches antérieures.

L'école ionienne, représentée par Thaïes» d Anaximène, e^t exclusivement livrée àlaphysiqiM Dans la doctrine du premier^ n'apparaît fMti fal

DB LA lOOfQUt ATANT AIII8T0TC. — CBAl». II. 99

plus faible notion dn principe pensant : il s'attache fout entier à V bjet connu, mais ne semblé pas du tout s'inquiéter du sujet qui connaît. Anaxiniène fait d^jà sur Tlialès un progrès considérable. Non seulement il passe d*un objet tout matériel , IVau I pris pour principe par son prédé« eesseur, à un objet moins grossier, l'air, qui représente mieux la f »rce insaisissable qui anime toute chose, mais encore il compare cet airinfîni^ qui embrasse et vivifie tout, à Tâme qui fait vivre le corps humain. Du reste, Anaximène ne pousse pas plus loin cette notion fugitive de Tâme, et il ne Tétudie pas plus que Thaïes.

Dans Diogène d* Apollonie , disciple , à ce qu'on suppose , d'Anaximène , le progrès est encore plus sensible. L'air est toujours pour lui le principe vivifiant de toutes choses; mais, comme le monde €51 disposé dans un ordre admirable, et que l'ordre ne peut exister sans intelligence, il conclut que l'air est un principe intelligent. Diogène semble en outre , sans du reste s'y arrêter, confondre absolument la pensée avec la sensation. Ainsi, cette notion de Tàme, à laquelle Anaximène comparait lair, devient, entre les mains de Diogène, un des attributs de l'air; et la direction toute physique des études, empêche ces deux philosophes de distinguer l'esprit et la matière, tout voisins qu'ils sont de cette grande découverte.

Les recherches d'Anaximandrede Milet furent eoLclusivement appliquées au système du monde ^

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dont le principe, tout unique qu'il était encoreàses yeuXy comme pourThalès et Anaximène, renfermait cependant déjà , pour lui, les contraires, émanant d'un principe suprême (âpyvf), dont la force était incessante et éternelle. A ne considérer la doctrine d'Anaximandre que sous ce point de vue tout matériel, on sent qu'il devrait être placé entre Thaïes et Anaximène; mais la chronologie s'accorde peu avec cette classification, et M. Ritter ( Hist. de la Philos., tom. 3, p. i8i, trad. fr. ) semble avoir eu raison de ne pas la suivre, bien que d'autres motifs encore l'y aient déterminé.

L'école ionnienne se poursuit, plus tard, dans Heraclite et Anaxagore de Clazomène, qui tous deux ont une haute valeur dans la philosophie de ces temps; mais un autre mouvement, un peii postérieur à C(4ui de Thaïes, se produisait dans la Grande Grèce par le génie dePythagore, et devait amener les plus graves résultats.

On vient de voir où en était dans l'école ionienne la notion de la pensée, de Tin telligence. Dans l'école pythagoricienne, la prédominancedes études mathématiques, fit que cette notion prit tout à coup un développement conbidéi*able, qu'elle ne pouvait acquérir pur suite de simples observations extérieures. Les mathématiques s'appliquent, il est vrai , à la nature , aux objets matériels ; ouis elles les dominent et n'en viennent pas : leur nature tout abstraite tient essentiellement à Tesprit qui les crée et les étudie. Auasi ne doii-on pas s'é-

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