‹ De la logique d'AristoteChapitre 159 sur 244 · Oi0|«Lairit9af«i,iMk i · texte numérisé non relu

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412 TROlSIÈSn PARTIE. — SECTIOX I,

un éclat et une abondance, dont le génie grec, tout brillant qu'il était dès lors, n'avait jamais of* fert d'exemple. Les formes mythiques elles-mêmes^ d(»nt Platon voilait souvent sa pensée, étaientàla fois, une chaîne qui l'unissait à la philosophie antérieure dont elle procédait, et un charme de plus pour l'imagination si sensible de la nation à laquelle il s'adressait.

C'est Platon qui sépare définitivement les sens de l'eîiprit, et il accomplit ce divorce éternel avec une incomparable puissance. L'âme humaine s'apperçoit alors elle-même pour la première fois avec tous les éléments essentiels qui la font si admirable et si incompréhensible à la fois. Dans cet océan de lumière dont elle est inondée, elle demeure comme éblouie. La contemplation du beau, du saint, du divin, la pénètre et la brûle. Elle trouve pour exprimer les transports dont elle est animée, des hymnes saints de poésie, de tendresse, d'amour, que le christianisme lui-même, dansses plus pieuses extases, put à peine égaler. Platon est la pythie sacrée , le prophète divin , qui unit» dans un Hen désormais indissoluble, la terre au ciel; et c'est de lui, comme d'une source suprême, qu'est descendu ce torrent des idées religieuses, qui, accru aussi par d'autres canaux, a purifié l'humanité , et la désaltère encore dans ses ondes.

C'est de cette inspiration sublime, que vient à Platon l'idée suprême de la science et de h

DB Là logique avant ARISTOTB. — CBAP. II. -145

sagesse , reposant toutes deux dans le sein de la Divinité, cette dialectique , qui domine et unit toutes les sciences humaines dont elle est la clef, Dette philosophie, dont Thomme éclairé se fait un ippui pour gravir à ces hauteurs merveilleuses, A cette morale dont la science ne peut jamais s'iloler, sous peine de se dessécher et de mourir. La Kdence et la vertu ne sont, on peut dire, qu'une seule et même chose pour Platon ; et de là , Tulion intime des deux termes de la vie humaine^ a pensée et Faction , la théorie et la pratique , en in mot , l'activité de Tâme et celle du corps.

Tennemann' a remarqué que Platon, sans avoir ait de traité spécial , connaissait cependant presque toutes 1^ régies de la Logique , et qu'il avait *éum de nombreux matériaux pour le monument ju'éleva son disciple. La remarque est vraie, mais 1 ne £Eiudrait pas cependant pousser cette asserion trop loin. Sans Platon , il est douteux que la !iOgique eût pu naître telle qu'elle est constituée lans le Stagirite; mais il faut reconnaître aussi [ue, non seulement, Âristote a coordonné des natériaux, mais qu il en a lui-mcme réuni et créé, »lus qu'il n'en avait reçu.

La dialectique, pour Platon , comprend à la fois i science de la pensée et la science de l'être. Linsi, la Logique et TOntologie sont pour lui tout- -fait confondues; et le système des Idées, tout

f • Tamemann , hist. de la pbik». Tom, 3 ^ |iag. 176.

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admirable qu'il est , peut cependant être regardé comme une perpétuelle immolation de la réalité à l'entendement, deTètreà la pensée. Sans nul doute^ les mérites de Platon sont immenses en Ixigiqne, et Aristote en a largement profité. Ainsi ^ c'est 4 Platon qu'appartient incontestablement -cette se» paration profonde, admise aussi par son élève ^ ds l'entendement et de la sensibilité , c'est-à^ire, des deux sources d'informations que l'âme possède. U a parfaitement distingué le T:Myi\iLa de l'âme de raîaOvKTiç y qui se borne au sens; il a établi que l'objet propre de la connaissance, c'était l'immuable , l'absolu , l'éternel , avec qui l'entendement est en relation : et comme les sens ne donnent jamais que le particulier et le changeant , il en a conclu que toute idée, s'appliquant à plusieurs objets, ne vient pas des sens, mais remonte à Dieu lui-même. Logiquement , les idées sont parfaite* ment claires, bien qu'en Métaphysique et eu Ontologie elles puissent paraître obscures et insuffisantes; en Logique, elles ne sont pas autre chose que les espèces et les genres.

Platon , en outre , a senti toute l'importance du principe de contradiction, qu'il exprimait, il est vrai, sous une autre formule, moins précise^ mais tout aussi certaine; il a entrevu la valeur des oppositions et des contraires ; il a établi la néoes* site des propositions générales dans tmif mifloaflrment, sans en essayer toutefois la théorie; il vit bien que la négation est toute logique^ et que Taf-

firmatioû seule est réelle; il traça une méthode cle distinction^ d'induction ; enfin , en essayant^ riin des premiers , quelques recherches scietitifiqueÉ tar le langage , et en continuiinl celles de Prodicus et d'Etityphron ^ lés Sophistes^ il élargit cette Toie itourelle, et ouvrit la porte à des dé* GOUTertes ultérieures^ tout incettaine que fut encore sa science étymologique;

Certes^ ce sont là d'éminents servicefs; mais^ dans Platon encore, la science ^ proprement dife^ n'est pas née; elle est à l'état de germe et d'inspiration. Les points fondamentaux sont entrevus; mais ônoin n'est encore fixé, et encore moins l'eniend^le en eçt-^il constitué.

G'esi ici le lieu de considérel*^ si Platon, comme on Ta prétendu plus tard , a divisé la philosophie^^ en llogique , Physique, et Morale , division qu'au* hrient suivie Xéndcrate et Arytote hii-méme. Mais > sur cette grave question, il serait ttëk difficile de trouver rien de précis dans Platon ^ non plus que datns Aristote lui-même. Si ^ pour le dernier eti particulier, on peut citer quelques passages où cette division semble admise , on pourrait en allé* . §aer d'aussi nombreux où elle semble méconnue. De plus , que devient la Métaphysique dans cette dassification ? On peut dire pour Platon» qu'il a iétemifié la Logique et la Métapfay^ùe dans ék dhdectique suprême ; mak cette assertion n'est pM Mutenable pour Aristote ^ qui a pai*toiit séparé de la manière la plus formelle la 77p(frn) f iXooo^pîdt, la

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Métaphysique, de la science nnaly tioue ou Logique. On serait donc d'autant moins en droit d'attribuer à Platon cette division de la philosophie, qu'elle est encore fort incertaine dans son élève Aristote qui ne Ta jamais établie théoriquement arec la certitude qu'elle comporte, et dont les ouvrages semblent, de fait, en indiquer une tout aulre dans leur ensemble.

Avec Platon se terminent les recherches que nous comptions faire sur Tétat de la Logique avant Aristote. Voici quels sont les résultats obtenus :

La philosophie grecque, partie d'une ignorance absolue, non seulement des facultés, mais aussi de l'exiotence même de l'âme, a bientôt aperçu à côté de l'objet observé le sujet qui l'observe; en deux siècles et demi, la pensée est arrivée à la conscience pleine et définitive de toutes ses puissances , avec l'inimitable génie de Platon ; et c'est de l'école d'Élée surtout qu'est sortie ce qu'on pourrait appeler cette découverte de l'âme. Mais dans Platon il n'y a point de science proprement dite, non plus que dans ses devanciers, tout inspiré qu'il est de l'esprit socratique. Des aperçus ingénieux ou profonds, des tentatives plus ou moins heureuses, des matériaux épars et incomplets, des embarras de- polémique dont Platon lui-même avait souvent été gêné, voili ce qu' Aristote trouvait dans la carrière, où il entrait et qu'il devait parcourir seul dans toute ^soo étendue.

DE L.4 LOGIQUE DANS AKISTOTE. -^ CHAP. Ilf. •l'IT

Je ne crois pas avoir, dans ces préliminaires , sacrifié les titres d'aucun philosophe à la gloire du Stagirite. J'ai montré dans toute leur valeur les e£forts tentés avant lui ; mais c'est précisément la vue réelle de ce qui l'avait précédé, qui doitprouver, à toirt esprit sincère , que le titre de fonda* teur et de père de la Logique lui appartient bien justement; l'ignorance, ou la mauvaise foi deTen- .vie , a pu seule le lui contester.

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