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CHAPITRE QUATRIÈME

De la Logique après Aristote.

On a pu déjà pressentir ce que devait être, après cet inébranlable dogmatisme du Stagirite, l'existence de la Logique : elle ne peut être qu'un écho du philosophe , ou une opposition impuis^ santé contre des théories qui ont pour elles Tappoi de la vérité. Les partisans de la logique péripal^ ticienne sont infiniment plus nombreux que fei adversaires; mais cependant , l'hostilité commence presque en même temps que la doctrine apparaît} et la lutte s'engage , comme plus tard , par te aessnalisme. Epicure essaie d'opposer ^ aux théories d'Aristote, sa canonique, recueil de quelqofls règles fort sages pour guider l'esprit dans sea trth vaux y mais qui, par leur simplicité mésie, aaM comHie une négatioi^ de k sornice^ C^eat qe ^famtentèrent , dix-huit siècles plus tard , Descartes et Maliebranche. Mais Pécole d'Epicure eut peu é^

DB LA I.06IQ1IB APRλ A]U8T€m.---GHAP. lY. -IK

fluence, parce qu'elle avait peu de portée; elle n'eut d'action qu'en Morale, où elle contribua ]dli5 que toute autre à saper les vertus tout humaines sur lesquelles reposait la société antique ^ et k livrer le paganisme à la religion nouvelle^ en I détruisant les grands caractères et las nobles oceurs.

A côté d'Epicure , les Stoïciens, ses adversaires 0n If orale , ne le furent pas moins en Logique. Ils fidoptèrent d'abord la syllogistique entière du Stagirite^ et ils lui restèrent constamment fidèles; puis 9 ils s'appliquèrent à la développer ^ el^ tombé* reqt bientôt dans les subtilités, que revoient assas les débris de leur doctrine parvenus jusqu'à nous. Los Stoîpiens tentèrent une réduction des Catégories f et des recherches nouvelles sur le critérium de la vérité , sur la représentation des objets dans Fàme , sur l'idée du général ; mais dans tous ces timvimx, d'ailleurs trop peu connus, la seule théorie originale que le Stoïcisme puisse réclamer est celle du syllogisme hypothétique, négligée par Avis* tôt? 9 sans doute comme de tr<^ peu d'impoiv tm«e.

Avec les Stoïciens, commencent et finissent les progrès ai faibles que la logique péripatétipenne fit dans l'antiquité. Après eux , vient le règne des 0Oilunentateurs , nés aussitôt après le maître et éusÈfi le sein même de son école ; et le rè^e des eommentateurs est celui de la paraplurase et de VeKpJljîcatiQn, fidèle, parfois savante , mais dénnéf

de toute spontanéité 9 et presque de toute valeur, sous le rapport de la pensée. Le service que rendent les commentateurs, c'est d'entretenir le goût de l'étude en la rendant plus accessible au vulgaire des esprits , service que la philosophie ne saurait aujourd'hui mépriser, puisqu'il est le seul que, • pendant plusieurs siècles, elle fut capable de rendre à l'humanité.

Les Arabes et les Scholastiques continuèrent l'œuvre des commentateurs grecs et latins; les derniers surtout la complétèrent en s'y appliquant avec plus de méthode, avec une analyse infiniment plus délicate, et par suite plus utile; et enfin, en perfectionnant, par des procédés matériels et grajfhiques, l'intelligence de théories qui réclamaient, pour être bien comprises, une force d'attention plus qu'ordinaire. Tel fut le rôle des commentateurs des premiers siècles et de ceux du moyen-âge. Mais, à cette seconde époque, le génie européen, favorisé par des circonstances meilleures, retrempé aux sources de la conquête et de l'invasion barbares, commença à donner quelques signes de vie, gages assurés d'une future renais* sance, dont lexvi* siècle devait être témoin.

La JRéforme tout entière , après quelques hésitations de courte durée, adopta Texégèse logique avec autant d'ardeur que celle de l'Evangile; et le péripatétisme ne reçut jamais de culte plus fervent que celui des écoles protestantes, inspirées par le génie de Méianchton. Mais il ùaA ajoutier

DE LÀ tOGIQUS APRÈS ARISTOTE. — CHIP. IV. i 25

que par suite, sans doute, de l'esprit d'indépendance dont la Réforme était animée , jamais l'admiration pour Aristote ne fut fondée sur une étude plus vraie, ni plus intelligente, de ses œuvres. Les commentaires dus aux professeurs' des universités allemandes , aux seizième et dixseptième siècles, suffiraient pour le prouver. * * Mais , c'est aussi avec le seizième siècle que commence ^ contre la logique d'Aristote, une opposition, qui lui fut peu dangereuse, et qui ne doit, ^définitive, que consolider sa gloire. Ramus, précédé par quelques logiciens allemands de la fin du quinzième siècle, donna le signal d'une manière éclatante, si ce n'est décisive; et il est probable que la hardiesse de ses attaques fut', en partie, cause de la mort déplorable qu'il trouva dans le massacre de la Saint-Bartbélemy. Bacon reprit et continua l'œuvre de Ramus, favorisé par l'appui de quelques universités, en Allemagne, en Angleterre, et en Ecosse; il proscrivit dans un anathème général la logique péripatéticienne, qu'il n'avait point étudiée aussi consciencieusement que son prédécesseur; et^il tenta d'y substituer une méthode qu'il a laissée fort obscure, fort embarrassée, et surtout fort incomplète.

Descartes, fidèle expression de l'esprit nouveau, poumiivit l'essai de Bacon; et dédaigneux de la Scholastique et de l'antiquité, qu'il connaissait moins encore que le philosophe anglais , il parut vouloir supprimer, par les quatre principes de son

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admirable méthode, l'étude d'une science tout entière^ qu'ils ne pouvaient point du toiit remplacer. Les élèves de Descartes , moins prévenus que lui^ instruits d'ailleurs aux fortes et lumineuses études du dix-septième siècle , réhabilitèrent, tout en croyant la combattre , la logique d'Aristote;et le livre de Port-Royal , inspiré par Descartes | rédigé peut-être en partie par lui, n'est qdW abrégé de la doctrine péripatéticienne qu'il échû^ cit, que souvent ii critique, mais sans laquelle , cependant , il n'aurait point été composé.

Ce mouvement d'opposition, commencé par Ramus , continué par Bacon , Descartes , et Port- Royal qui le favorisait implicitement en ne le combattant pas, fit de nouveaux progrès éntte les mains de Locke, compatriote du baron de Vérulam , esprit plus profond que lui , et surtout moins pédantesque; et quand la gloire de Locke, importée sur le sol de France par la philosophie du dix-huitième siècle, eut fait la fortune procHgieuse que l'on sait, la logique d'Aristote suint, partout où les doctrines de Locke furent embrassées , le mépris dont le philosophe anglais l'avait poursuivie, jusqu'à ce qu'enfin , dans l'éa^e de Condillac et celle des idéologues, toute estime pour elle disparût complètement , en même temps que toute connaissance de ses principes et dé son histoire.

Dus ces sentiments an dix-huiâèneie ^iètAé^past une doccrine €{ui avait inttrmt et alidièMe Ft^ift

DB LA LOGIQCB APRÈS AUSTOTB. — OBAP. IV. 4 97

tumain pendaut près de deum mille ans, il n*y a ifin qui ne s'accorde avec le rôle admirable , mais errible , qu'il était destiné à jouer. Moins aveuglé* sent dédaigneux du passé , plus juste apprécia* BUT des mérites qui avaient précédé le sien et avaient préparé , plus reconnaissant des bienfaits ^e la civilisation avait reçus des âges antérieurs^

aurait procédé à son œuvre de destruction avee aoins de foi, et certainement aussi ^ avec moins le puissance. Dans ce vaste naufrage des idées du «ssé y la logique d'Âristote fut une des premières ictimes immolées à l'esprit nouveau. Le discrédit t le ridicule où la scholastique était tombée^ re* liUirent sur le père de l'École, sur l'illustre fonda* eur de la science; et le dix-huitième siècle, rêve* tant cependant à des théories qu'on avait crues rop long-temps celles du Stagirite, oublia Finanteur auquel on prétendait pourtant les attriluer. Il ne sut pas, dans son profond mépris, iistinguer, comme le protestantisme l'avait fait^ I pure doctrine péripatétique des vêtements franges que le moyen-âge lui avait imposés.

C'était des écoles protestantes et de l'illustre dversaire de Locke que devait naître un mouve* vent tout contraire, c'est-à-dire, une appréciation liste du passée et une intelligence plus vraie éê e qu'avaient été le Péripatétisme et la Scholastique^ ans les destins de l'humanité. Leibnitz , qui^ sur le it^e da son premier ouvrage, proclamait qu'Atis- Men'étaît pas irréconoiliabïe avec l'esprit aottV6a%

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réhabilita, autant qu'il fut en lui, et la Scholastique dans laquelle il trouvait de l'or mêlé à des scories, et le génie d'Aristote, créateur, à ses yeux , du syllogisme , l'une des plus belles inventions de l'esprit humain.

Cette réaction de Leibnitz se prolonge jusqu'à Kant el Hégel qui relèvent la gloire logique du Stagirite soutenue d'ailleurs par des mains étrangères à la philosophie , mais qui ne lui en furent que d'autant plus utiles. Plusieurs des grands géomètres du dix-septième siècle s'occupèrent, sur les traces de leibnitz, de la théorie du syllogisme: Bemouilli , Euler qui la rendit si parfaitement intelligible, I^mbert, et quelques autres. Grâce à cet admirable esprit de conciliation qui fait , en philosophie, l'un des grands mérites du fondateur du Calcul intégral et de la Géologie, la logique d'Aristotc conserva ses droits, du moins en par* tie, auprès des esprits sérieux. Leibnitz, par ce goût de sage admiration pour le passé, ne rendait pas seulement service à la philosophie; c'était un bienfait plus vaste encore ; en présence d'un siècle qui devait rompre si violemment avec la tradition des ancêtres , proclamer ainsi la haute valeur de leurs travaux, c'était faire un fécond appel à l'esprit de conservation éclairée y qui ne devait cependant nsutre qu'après plus d'un siècle de renversement et de rénovation.

Kant, adversaire, au premier moment, de la subtilité syllogistique, en vint plus tard à reconnaître

PE LA LOGIQUE APRÈS ARISTOTE. — Cil AP. III. -129

la vérité des théories du Stagirite; et avec la grave autorité de sa parole, il déclara que la Logique proprement dite avait été fixée par Aristote , et qu'il n'y avait jamais rien été ajouté, de même non plus qu'il n'y avait rien à y mo-

Chose assez bizarre! en même temps que le génie si austère de Kant témoignait hautement son admiration pour Aristote , un homme d'un esprit fin et sage, mais assez léger, et qu'on ne s'attendait guère à trouver sur ces rudes chemins, cherchait,*, à la fin du dix-huitième siècle, à réhabiliter en France la gloire du Stagirite, Cet homme , c'était Marmontel, qui , dans une logique à l'usage des enfants, reprenait formellement et expliquait les principes des Analytiques, en les mettant à la portée des jeunes intelligences auxquelles il s'adressait.

Mais cet essai de Marmontel , si contradictoire à l'esprit de son siècle, et si éloigne des légèretés dédaigneuses de Condillac, fut à peu près stérile; et M. Destutt de Tracy, enlevé, il y a quelques mois à peine, à la philosophie , poursuivait contre la logique d'Aristote des attaques , sous le poids desquelles elle reste encore aujourd'hui en France. Mais l'Académie des Sciences morales et politiques contribuera sans aucun doute à eu repousser l'exagération, en appelant l'attention du public savant sur des questions si long-temps délaissées. Déjà quelques esprits supérieurs , et entre autres le If. 9

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célèbre M. Joseph de Maistre, avait pris les devants, comme l'atteste Fouvrage posthume où il défend, avec tant de hauteur, Aristote contre Bacon ; et tout récemment, on pourrait citer la logique de M. Damiron , où Fauteur, sans exposer dans leur ensemble les théories d' Aristote, en montre cependant la haute valeur.

Hé^el, en Allemagne, a partagé TadmiFatian sincère de Kant, et il Ta beaucoup étendue encore; il a réhabilité, autant qu'il a dépendu de lui, h doctrine aristotélique tout entière, et il n'a pis craint de proclamer le philosophe de Stagire, «le plus digne d'être étudié parmi les anciens. » Hegel a donné le premier l'exemple, en faisant à cette philosophie les plus larges et les plus heureux emprunts; et l'on peut dire que cette résurrection nouvelle du péripatétisme, qu'annoncent de toutes parts les travaux philologiques et philosophiques dont il est l'objet, sera due en grande partie àFinfluence du philosophe de Berlin.

En même temps, en Angleterre , et dans le sdn de l'école Écossaise, un esprit supérieur, M. Himilton , dont les travaux seront bientôt connus et appréciés en France , a pris la défense de la logique d'Aristote ^ Il en reconnaît tout le m^ rite, sans en dissimuler cependant les imperftt

I. M. Hamilion l'cit fail connattre ptr pliuiawt arMw CmI quables dans la Revue d'Edimbourg ^ un entre autrci mr la M. Pciue doit en publier bientôt une iradnellon.

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