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Topiques de Cicéron. Boëce, en outre, avait fait d'autres commentaires sur les Topiques d'Aristote; mais nous ne les possédons plus.
On le voit donc : letude de la Logique dans Boece est aussi complète , aussi profonde qu^elle avait pu letre dans les commentateurs grecs. Il avait su mettre à profit les travaux de ses prédécesseurs; et les ouvrages des péripatéticiens des siècles antérieurs, paraissent lui être parfaitement connus. Il avaity en outre , les recherches de quelques-uns de ses compatriotes : ainsi la traduction de Marins Yictorinus, et probablement son commentaire pour l'Introduction de Porphyre; ainsi la traduction de Vegetius Praîlextatus, pour les Premiers et les Derniers Analytiques.
I^ rôle de Boëce est immense dans Thistoire de la Logique ; c'est lui, on peut dire, qui a fait connaître aux Latins, et conservé parmi eux, la pensée aristotélique. Dans les cinq ou six siècles qui suiyirènt , sans les ouvrages de Boëce répandus partout , et protégés par le renom de sainteté catholique de leur auteur, mort victime des Ariens, l'étude delà Logique aurait péri, ou du moins elle n'aurait pu renaître que beaucoup plus tard. Boëce est placé, par la tournure de son génie comme par Fépoqae où il vit, sur le seuil des^deux mondes : c^est lui qui sert ici d'anneau entre les anciens et les modernes; ^t il se charge en quelque sorte de transmettre i rOccident, où de si épaisses ténèbres vont se répandre, la lumière des études antiques. Elle ae eon-
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servera languissante, mais jamais éteinte^ pendant plusieurs siècles, et c'est elle qui, dans un âge un peu plus heureux y ranimera le génie moderne.
Il Êiut/en outre y ne pas oublier que Boëce, dont Forthodoxie ne pouvait être suspecte^ avait appliqué , dans se§ ou vr âges de foi y la dialectique à la théologie. Ce fut là un exemple et une autorité que ne négligea pas la Scholastique , comme le prouve assez le commentaire de Guillaume de la Porrée', sur le Traité de la Trinité par Boëce. Telle fut même 9 dans ces siècles de transition , Tautorite du philosophe romain , que l'église se plaignit souvent qu'on le suivît de préférence aux saintes Écritures elles-mêmes. Les ouvrages de Boëce n'ont jamais péri dans l'Occident; et ils renfermaient . toute la logique d'Aristote.
Après Boëce, il faut nommer Cassiodore, son contemporain, et comme lui à la cour de Théodoric, dont il fut long-temps le premier ministre. Cassiodore écrivit les ouvrages qui nous restent de lui, sur la dialectique, dans un âge fort avancé, lorsque, retiré depuis longues années des affaires , il voulut tracer une règle aux études des monastères. Sa dialectique renferme un extrait court et fort peu clair, de l'Introduction de Porphyre, des Catégories , du Traité du langage, des Analytiques et des Topiques.U ne parle pas des Réfutations des Sophistes;
X. Pexii thés, anecd. , tom. 3, pars a, p. a44* — Tennemann , t. 8, p. 49-
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et son abrégé tout entier offre une confusion de matières et d'idées , qui donne peu d'estime ponr les études logiques de Cassiodore. Voilà cependant où était tombée , en moins de trente ans , la science que Boêce avait cultivée avec tant d'ardeur, et l'on peut ajouter, avec tant d'éclat. Mais -il suffît de se rappeler les malheurs de ces temps ^ les guerres intestines des Ostrogoths, les expéditions de Nar* ses et de Bélisaire, et l'invasion des Lombards, pour comprendre une décadence si rapide. Cassiodore mourut à l'âge de quatre-vingt-quinze ans, et cinquante ans après Boëce, en 675.
A côte de Cassiodore, il ne reste guère à nommer qu'Isidore de Séville, qui, dans son livre des Ëtymologies ou Origines, espèce d'encyclopédie fort savante pour ce temps , a traité des sept arts libéraux, et entr'autres de la Logique. L'abr^ qu'il en donne, aussi sec que celui de Cassiodore, mais un peu moins confus, a été fait probablement sur les ouvrages originaux, puisqu'Isidore cite souvent des mots grecs ; mais il est certain que les idées mêmes lui échappent en grande partie, ou du moins, il est bien difficile de les comprendre et de les retrouver sous d'aussi maigres analyses.
Isidore a constamment vécu en Espagne où 0 est mort vers 636, en odeur de sainteté. Ses travaux, tout imparfaits qu'ils puissent aujourd'hui nous paraître, lui avaient mérité l'estime profonde de ses compatriotes. Le huitième condfe de
DBS GOmODITÀTBURS LJLTIIIS. — CSAF. TU. 479
Tolède disait de lui : « Isidorus in saeculorum fine doctittifhus atque cum rererentià nominandus. » Cest un noble et sage précepte de reconnaissance que le concile de Tolède pouvait adresser à tous les siècles suivants; et le nôtre même, dans sa curiosité pour les œuvres du passé, devrait plus souvent se le rappeler.
Ce qu'il faut surtout remarquer ici, c'est que Tétude de la Logique, établie dans les écoles Grecques, à Alexandrie , à Edesse , à Athènes , et dans les écoles d'Italie, l'est également dans les écoles d'Espagne , et , comme on va le voir aussi , dans celles d'Angleterre et de France.
A la fin du septième siècle et, au commence^ ment du huitième, Bédé le vénérable, en Angle** terre, sans avoir spécialement traité de la Logique, en a cependant fait une étude assez approfondie. U a lu les commentaires de Boëce, et sans doute aussi, l'ouvrage de Porphyre qu'il comprend dans la langue originale. Il suffit de Ure ses Axiomata phi* losophica pour se convaincre qu'il connaît , non pas seulement toute la Logique d'Aristote, mais aussi toutes ses œuvres. Cette assertion peut, au premier coup d'œil, sembler paradoxale, mais elle est vraie , et de plus elle n'est pas complètement inexplicable. On sait que peu d'années avant hl naissance de Bède, Théodore de Tarse , nommé évéque de Cautorbéry par le pape Yigilien, avait porté en Angleterre des livres grecs , et avait (ait
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de nombreux élèves '. C'est à cette ëcole que se formèrent les savants hommes , maîtres cftBède; et c'est de leurs travaux que sortirent ces fortes études dont Charlemagne cherchait, un siècle plus tard j k doter sa nation.
Les ouvrages de Bède sur ta philosophie, Fastronomie, la chronologie , la musique, etc., révèlent un esprit solide et puissant, et sont faits pour donner la plus haute idée de cet enseignement qui persistait si vigoui*eux et si profond, au milieu des désordres affreux dont l'Angleterre était le théâtre, sous la conquête anglo-saxonne.
Alcuin avait eu pour maître Egbert, disciple de Bède, et il en avait appris la dialectique enseignée alors dans les écoles d'Angleterre. Ce fut lui qui, appelé par Charlemagne à Paris, y ranima plutôt qu'il n'y transporta , des études jadis florissantes dans la Gaule. Alcuin avait fait un traité sur les sept arts libéraux, à l'imitation de celui de Cassiodore. Mais ce traité n'est pas parvenu complet jusqu'à nous ; et il ne comprend que la grammaire et l'orthographe , la rhétorique et la dialectique. Outre ce traité de dialectique , aussi court et aussi décharné que ceux de Cassiodore et d'Isidore de Séville, Alcuin a laissé un dialogue : de Diaiecticâ , qui n'est guère plus développé. U avait aussi traduit les Catégories et les avait dédiées à Qiar-
^« Bnicker, tom. 3, p. 5j5,
DES COMlfKNTÀTEUaS LATINS. — C^AP. VII. HT
lemagne avec une pièce de dix vers latins, où il attribue la traduction à saint Augustin , quoique dans le titre il dise seulement, que saint Augustin a jadis éclairci cet ouvrage par ses explications (elucidatas) ^.
Je n'oserais affirmer qu'Alcuiu possédât le texte . de rOrganon; mais il est certain qu'il avait au moins celui des Catégories ; et de plus, on ne peut douter, d'après une foule de témoignages , qu'il ne sût assez bien la langue grecque , cultivée avec ardeur dans les écoles anglaises où Alcuin avait étudié. On peut croire, sans trop de hardiesse, que le maître de Charlemagne tenait son savoir et les originaux des ouvrages grecs , des successeurs et des élèves de Théodore de Tarse ; Bède le vénérable sert de lien entre l'évêque de Cantorbéry et le philosophe d'York.
Quoi qu'il en puisse être, il est sûr qu'Alcuin comprend et cultive la dialectique péripatéticienne, et , à l'exception peut-être du traité des Réfutations des Sophistes , la doctrine entière de l'Organon lui est connue, bien qu'il s'arrête peu aux Derniers Analytiques, dont la profondeur devait nécessairement repousser les études superficielles de ce temps. On sait de plus que , vers la fin de sa vie, Alcuin, retiré à Saint-Martin de Tours, en 796, y fonda des écoles , et forma de nombreux élèves parmi lesquels Raban-Maur a été le plus illustre.
t, Alcuini Opéra. Eatisbonne, tom. a , p. 334.
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Ce fut Raban-Maur qui porta le premier cette lumière.en Germanie; et les conquêtes de Charlemagne contribuèrent encore à la répandre, puisque le vainqueur imposa partout à ses sujets et sa religion , et ses écoles.
J'ai cru devoir pousser jusqu'à l'époque de Charlemagne et d'Âlcuin, cette revue des commentateurs latins. Le professeur anglais qui vint instruire en dialectique la cour du grand Charles, me parait le successeur direct de Cassiodore ef d'Isidore de Séville; il comprend la dialectique comme eux, c'est-à-dire, que, par les lambeaux qu'il en conserve, il entretient une étude mourante ; mais du moins, grâce à leurs soins, la vie ne s'éteint pas complètement , et les germes qu'ils dé« posent dans une terre ingrate doivent plus tard devenir féconds.
C'est de Scot Erigèue, à la fin du neuvième siècle, qu'on peut faire dater l'éveil de l'esprit nouveau ; l'étincelle qu'il fait jaillir est bien faible, et il l'emprunte en partie aux traditions que la philosophie grecque a laissées dans l'Orient; mais son traite de la Division des natures ( Trepl fitnm (iL€pi(7(toG ) , suffit seul pour faire de Scot le pre* mier de ces esprits indépendants, qui devaient bientôt être les infatigables champions et les mat*tyrs des idées nouvelles.
On reviendra, un peu plus loin, sur ce dévebppement de la philosophie moderne au berceau de la Scholastique ; mais nous pouvons dire id qat
DES GOmiENTATEUBS LATINS. -^ GOAT* VU. 479
Scot Erigène nous en paraît le promoteur; en agrandissant l'exemple donné par Boéce , par Al« cuin, par saint Jean Damascène, et quelques autres^ il poursuivit l'application de la dialectique à la théologie ^ avec une hardiesse qui , dès lors , mérita les foudres des Conciles , à Langres et à Valence , en 853.
£n résumant Thistoire de la Logique chez les Latins, et la poussant ainsi jusqu'au seuil du moyen-âge, on peut dire que, débutant par la rhétorique dans le monde romain , et cultivée surtout à ce titre, l'étude delà dialectique était arrivée, à la fin du cinquième siècle et au commencement du sixième, à produire un commentateur aussi savant, aussi appliqué que Boéce; qu'après lui^ par suite des malheurs de ces siècles, elle tomba dans une décadence qui ne fit qu'augmenter de jour en jour, malgré les efforts de quelques esprits éminents ; mais que toutefois elle fut répandue, dès le neuvième siècle, dans les principales parties de l'Europe, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en France, en Germanie, prête à se développer et à s'agrandir, dès que le permettraient des circonstances un peu plus favorables. Ces> circonstances se rencontrèrent lorsque le désordre de la conquête et des premiers établissements se fut calmé, c'est-à-dire , vers le milieu du onzième siècle, où Roscelin' suscite, parmi d'autres har-
X. Toir rintroduetion d« M. Cousin luzOEuTrM inédîtct d'Abélard , p. xc.
diessesy la fameuse querelle des nominalistes et des réalistes.