‹ De la logique d'AristoteChapitre 176 sur 244 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

Résumé de l'histoire de la logique d'Arislole fdaus

Tantiquité.

Si, maintenant, jetant un regard en arrière, nous voulons embrasser d'un seul coup d'oeil tout l'espace parcouru depuis Aristote, il nous sera facile de voir que , faiblement combattue par quelques écoles, celle d'Épicure entr'autres, suivie par la plupart d'entre elles, étudiée et travaillée par une foule de commentateurs grecs , et plus tard, de commentateurs latins, qui en adoptèrent aveuglément tous les principes , la logique péripatéticienne domina seule et sans rivale. Dans l'espace de huit ou dix siècles , un seul homme se montre capable, si non de la réfuter, du moins de rébranler; c'est Sextus Empiricus, à la fin du second siècle. Mais emporté par la vaste polémique qu'il avait entreprise contre tous les dogmatismes, Sextus ' se contente de nier la possibilité du syllogisme et de la démonstration ; il ne fait pas une réfutation directe de la logique péripatétidenne^

X. Hfpôlypodeiy li>. 9, ch. z4, el Uir. 7,ftip^ Toiiç XoqpMÔc, pi.370.

DE LÀ LOG. d'aRIST. DâKS L'ÀNTIQCITé.«<:HAl>. VIII. <! Si

moins éludiée alors qu'elle ne le fut quelque temps après. Sextus reconnaît les deux sources de connaissance y distinguées par Aristote, Tentendement et la sensibilité ; mais bientôt il incline au Stoïcisme , et il sacrifie le premier à la seconde. On sait de quelle immense valeur est , dans l'histoire de la philosophie 9 le livre de Sextus; mais ici il ne saurait nous arrêter plus long-temps y malgré toute son importance , parce qu'il influa peu sur les destinées de la logique d'Aristote. Les attaques de Plotin , contre les Catégories , laissèrent aussi peu de traces que les décrets de Garacalla contre le Stagirite.

Ainsi , la logique d'Aristote fut dominante, dans les écoles païennes dès la fin du second siècle, et ce fut aussi la seule que Tantiquité transmit réellement au monde moderne.

Quand le christianisme , après deux siècles de silence et d'obscurité, commença à détruire le monde païen par la foi , comme les barbares devaient le détruire , trois cents ans plus tard , par l'invasion; il trouva partout l'étude de la logique péripatéticienne en vigueur. Comme elle s'était alliée dès le principe à la rhétorique, elle exerçait par cela même une immense influence sur la vie pratique , dans uu monde où la parole jouait un si grand rôle. La discussion admise sans contrôle par toute l'antiquité , vint s'appliquer naturellement aux «doctrines nouvelles , qui remuaient si violemment les esprits et les cœurs. D'abord l'Ë-

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glise , en face de ces hautes réputations qui dominaient depuis plus de cinq siècles la pensée grecque et romaine , ne crut pas pouvoir rejeter de si puissantes autorités. De là, une théorie assez bizarre , qui conciliait l'esprit ancien avec l'esprit nouveau , et qui n'a point , même encore de dos jours, perdu tous ses partisans. Les philosophes grecs, disaient les pères de l'Église au troisième siècle, ont puisé leur doctrine aux sources juives, et par conséqueni leur doctrine, malgré d'impurs mélanges, peut être acceptée par les chrétiens, dans ce qu'elle a de conforme aux vérités de la religion. D'autres, plus sensés et plus profonds, allaient jusqu'à faire plier le dogme, et à soutenir que Dieu avait pu révéler individuellement des parcelles de vérité, à ces grands hommes, qui avaient été l'honneur du paganisme. Ainsi, grâce à une tradition erronée, et à un système moins orthodoxe et plus vrai, la philosophie grecque fut admise parles pères de l'Église , comme une introduction légitime à la foi. Ainsi, déjà, la philosophie était pour eux une ancilla 'y mais la domination de la théologie , encore elle-même incertaine^ ne pouvait être dès lors exclusive, comme elle le fiit plus tard , quand l'orthodoxie eut été définitivement fondée.

Ceci, du reste, ne s'applique guère qu'à l'Église d'Occident; car jamais, en Orient, la théologie ne fut aussi violemment perséciftrice; et les lumières , toutes fiictices qu'elles y étaient , empé-

Dl LA LOG* D'aRIST. DANS L'ANTIQUITIB.— •GHAP. THI. -ISS

chèrent, cependant, que jamais la philosophie fût réduite au rôle secondaire, que lui imposa le catholicisme occidental. On peut ajouter que Fautorité d'Âristote fîit toujours balancée, en Orient, par celle de Platon, et que, s'il y eut pluis de tolérance dans l'Église grecque, il y eut aussi moins de vie et de fécondité. L'Orient n'eut jamais de scholastique, et les lumières s'y sont éteintes,

tandis qu'ime vie nouvelle animait tout un monde dans rOccident.

Platon et Âristote furent les deux seuls philosophes de l'antiquité auxquels les pères de l'Église [^ donnèrent un« sérieuse attention. Le premier par la conformité de sa doctrine et de son génie avec le dogme chrétien, le second par sa méthode, étaient faits pour que la religion nouvelle ne pût se passer d'eux. Ici l'on voit toute la différence de position que le maître et l'élève devaient prendre. On acceptait l'un comme à demi orthodoxe ; on subissait l'autre cotnme indispensable. L'Église , pour exposer la foi et commenter les Saintes-Écritures , n'avait pas de méthode ; elle dut prendre la seule qui existât alors , la seule peut-être qui pût exister, et c'était celle d'Aristote.

De plus , le Stagirite , si l'on creusait jusqu'au fond de son système , s'accordait avec la doctrine chrétienne sur des points fondamentaux ; le plus important peut-être, c'est qu'il admettait dans r&me humaine des principes indémontrables, qu'elle subissait sans pouvoir prétendre à se les

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expliquer ; et par là il préparait merveilleusement les esprits à la croyance. II est vrai qu'à côte de ce principe essentiel, sa doctrine sur Fétemité du monde blessait les idées chrétiennes , par une indépendance dont l'exemple pouvait devenir funeste; mais le danger était éloigné, l'utilité, au contraire, était présente. L'Église adopta donc la méthode aristotélique , se réservant de combattre plus tard les erreurs que pourrait couvrir le grand nom du philosophe.

Telle était la disposition de l'Église, quand les hérésies du quatrième siècle et surtout celle d'Arius, firent changer la question deiace. Les héréti-^ ques étaient en général fort habiles en dialectique; et bien que les pères orthodoxes la possédassent aussi bien qu'eux, comme le prouvent les discussions de Nicée, on attribua cependant à la dialectique les erreurs qu'elle revêtait , mais qu'elle ne faisait pas. De là les saints emportements de quelques pères contre la logique et la dialectique, d'Epiphane, de Grégoire de Nazianze, et plus tard, de Lactance et de Sidoine Apollinaire. Malgré ces anathèmes que semblaient justifier les hardiesses intolérables de l'Arianisme, la dialectique n'en fiit pas moins cultivée dans les écoles chrétiennes ; et Saint- Augustin , même après que son coeur eut été touché , donnait à cette étude l'appui de son nom et de ses travaux.

L'entraînement devint surtout irrésistible quand l'école platonicienne, à denû • chrétienne par les,

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