CHAPITRE DIXIEME
De la Scholastiqne.
En abordant la Scholastique, je sens profcHidéaent tout ce que doivent avoir d'insuffisant les ^cherches qui vont suivre. Le sujet offre par luinètne d'immenses difficultés, et les instruments lécessaires pour les vaincre , sont peu nombreux it presque sans puissance. Il n'est pas de partie de a. philosophie qui ait été moins étudiée, que la Icholastique , et H^'en est pas cependant qui; de lotre point de vue , mérite de l'être davantage, u. i3
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C'est de la Scholastique que nous souimes issus, nous autres modernes ^ et pourtant c'est à peine s'il y a quelques années que les esprits , même les plus éclairés 9 sont revenus des préventions accumulées contre elle, par les t^oi^ ou quatre derniers siècles^ tout fiers detre émancipés de ses lieus. Cç n'est que d'bier, on pqurrait dire^ que les travaux sérieux ont commencé; et cette glorieui^ initiative a été prise par M. Cousin ^ qu'Qn doit appeler, à juste titre, le restaurateur qes études philosophiques en France. Le dix'fliuitièine siècle comprit la Scholastique dans l'anathènie qu*il lançait contre tout le passé; il assimiU. dans sa haine la Scholastique et l'^^lise, sans s'apercevoir que, s'il était lui-même si mdépendant et si révolutionnaire , il le devait à ces grands docteurs, objets de ses profonds dédains, qui Tavaient de si loin devAiii^é dans la carrière de la hardiesse et de la liberté. Ce n'est plus aujourd'hui un paradoxe de revendiquer ^utemwt cette gloire pour la Scholastique ; et les recherches suivantes , bien qu'elles ne doivent embrasser qi^'une^ partie fort étroite de cette magnifique histoire , suffiront cependant à montrer, qu'il n'y a ici ni aveuglement d'admiration , ni amour exagéré , pour des temps qu'il est de mode, depuis quelqqes années, de prôner avec tant d'emphase. La Scholastique est, aans son résultat général , la première insî^rrectîoii de Tesprit moderne contre te joui" de rautorité. Qk se servit de ta dialectique po|p atteindre ce but
Ml LA «OHOLASTIODI. *-^ eHAP. %. 4 9i
difficile et périlleux; et c'est Aristote qui lui a fourni des armes.
L'Église n'avait jamais accepté la dialectique qu'à la condition de la foi ; mais si cette condition pouvait être imposée, elle ne pouvait être tenue. Il était impossible que de cette discussion , permke pour la forme , ne sortit à la longue la discussion du fonds lui-même. L'Église , dès le principe, avait Mnti le danger, et de là les anathèmes des Pèrea contre la dialectique. Mais ces anathèmes, de quelques bouches qu'ils sortissent, ne pouvaient prévaloir; la dialectique, une fois mise au monde, s'y pouvait périr, parce qu'elle était le retour le plus inévitable, le plus fréquent, de l'esprit sur luiflséme; et, pour l'anéantir, il ne fiillait pas moins qu'annuler un passé irrévocable, ou changer l'esprit humain lui*niéme. Entre ces deux impossi*bilités , l'Église dut tolérer la dialectique, et touf aes efforts tendirent à en régler l'usage.
On a vu plus haut que , dès le milieu du ix* si^ de, l'audace des dialecticiens avait attiré sesfoudres, iBt qu'en 853, le livre de Scot Erigène, sur la Préidestination , avait été condamné par deux conciles. C'est que le philosophe irlandais avait essayé de 'prouver ses opinions peu orthodoxes, par les quatre règles de la dialectique : division , définition, démonstration et analyse. U avait été ainsi amené à torturer les ^assage^ des Pères; et la papauté, inquiète de ces innovations, crut devoir les arrêter par Fanathème. Mais, il ne parait pas que l'ar-
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deur de Scot en ait été refroidie ; il n'en traduisit pas xnoinSy sans Tautorisation de Rome, les ouvrages suspects de Deny s rAréopagite , et continua SCS discussions indépendantes, dans de nouveaux ouvrages , et entr'autres le ^repl çucecov (Ji6pia|xo*j, le plus remarquable ysans contredit , de tous ceux que nous a légués cette époque.
La dialecticiue n'avait pas cessé d'être cultivée dans les Gaules. Elle était enseignée dans toutes les écoles des monastères et des cathédrales. Dés le septième siècle, sous Dagobert, qui eut, avant Charlemagne, une académie du palais % elle faisait partie des sept arts libéraux; et à ce titre entrait nécessairement dans toute éducation un peu soignée. Chaque monastère, chaque cathédrale avait en outre une bibliothèque plus ou moins riche, mais possédant, presqu'en nombre égal, des auteurs grecs et latins. La règle, fondée par saint Benoit, exigeait impérieusement que chaque moine consacrât une partie de son temps à la lecture, et même, dans plusieurs communautés, la transcrip tion assidue des manuscrits était un devoir strict, dont il n'était pas permis de s'écarter. Les femmes mêmes ne restaient pas étrangères à ces savantesoocupations. Dans le huitième siècle, les pillages des monastères et les désordres qui en furent la suite, vinrent interrompre ces études , mais ne les détruisirent pas. Charlemagne dutl^il est vrai,ap-