X. BioviiiSj SyUetit a, p. ao
204 TBonriofS pàatis. — sEcnosf in.
encore de plusieurs autres, prouvent incontestablement :
1^ Que l'étude de la logique d'Âristote n'a jamais cessé dans l'Occident ;
n^ Que Fétude et la connaissance du grec y a toujoui's subsisté ;
3^ Et qu'enfin Ton y a toujours possédé les commentaires et les traductions de Boëce sur rOrganon entier, et j'ajouterai même, le texte de rOrganon '.
Je sais que Topinion que j'énonce ici contredit tout-à-fait l'opinion commune; je sais en outre qu'elle peut être infirmée par d'autres témoignages , dont je discuterai , au reste, quelques-uns dans ce qui va suivre; mais je crois cependant ne point émettre cette assertion à la légère. On peut ajouter encore que la Logique n'était pas. le 'seulVfP ouvrages d'A^ristote qu'on possédât à cette époque. Il est établi d'une façon incontestable, que Nannon, moine de Frise, commenta dans les premières années du dixième siècle , le Traité du ciel , celui du monde , et toute la morale (Fabricius, Biblioth. lat., tom. 5, p. 287); il avait en outre la République et les Lois de Platon. Ingulf , secrétaire de Guillaume-le-Conquérant, avait étudié à Oxford diverses parties des ouvrages d*Aristote, enseignés dans les écoles de cette ville, comme dans celles de Cambridge (Brucker, tom. 3,
t. Voir à It fin de ce mémoira une difcnsrion spéciale sur ceiponlk
DC Ll BGHOLASTIQUE. — CUAP. X. M5
>. 657). Le continuateur de la Chronique de Sige- 3ert dit positivement) qu'en 1 128, un Clericus de iTenitia traduisit et commenta les Analytiquies Premiers et Derniers, les Topiques et les Réfutaions des Sophistes (Teunemaim, tom. 8, l'^part, ). 356) , bien qu'on en eût une vieille traduction. 3r cette vieille traduction doit remonter au^Doins la commencement du onzième siècle, et tout M>rte même à croire , comme Fa pensé M. Cousin, }ue c'était la traduction de Boëce (Introduction lUX œuvres inédites d'Abeilard, p. lu).
Je ne prétends pas contester entièrement Tinluence des Arabes ; je crois qu'ils ont beaucoup x>ntribué à l'accroissement des lumières en Ocd- ]ent, et, en particulier, à la connaissance plus ;K>mplè(e des œuvres d'Aristote ; mais je ne pense pas que l'Occident eût absolument besoin d'eux pour les connaître ; et je ne sais si l'on pourrait :uter un seul des livi'es du Stagirite qui n'ait été x>imu en Europe que par cette voie exclusive» m^nt. Je pense que les croisades^, bien plus que [es Arabes , ont contribué à répandre les ouvrages aristotéliques; et je ne doute pas que -la philolo* g[ie n'arrive un jour à prouver que c'est des cloîtres de l'Europe occidentale et de Constantinople, que iont uniquement sortis tous les traités du Stagirite parvenus jusqu'à nous.
Quoi qu'il en puisse être sur cette question , on peut voir, pa r ce qui a été dit plus haut, de l'ouvrage de Gerbert , que la dialectique était alors cultivée
9«6 TâOMiiii paeth. — ïïeciwm lu.
aussi pour elle seule. £a général, on cherchait bien à lui Joaner une utilité toute pratique, en l'ap- |4M|uaut à U théologie; roais déjà quelques écrits «u{)^n«urs sentaient qu'il y avait la une science inh&f^eiKiiute; le début seul du petit ouvrage de iWrbert suttit à prouver qu'il comprenait la haute utipcf tance du sujet. On peut croire que cétait également de cette manière que la comprenait Fui» bert j qui la professait à Chartres , à cette époque, avec beaucoup d'éclat, et qui compta Béranger parmi ses élèves.
Au onzième siècle, l'étude de la dialectique commence à devenir partout dominante; mais elle est déviée de la route où Gerbert l'avait mise, et elle sert à la discussion des questions théologiqaes,dont œs siècles étaient si profondément préoccupés. L'abbaye du Bec, dirigée successivement par Lanfranc et saint Anselme de Cantorbéry, joue ici un rôle considérable. Ce fut Lanfranc, comme os sait, qui réforma la grossière latinité de ces temps, et contribua, par l'exemple de son couvent et par ses élèves , à répandre dans toutes les écoles dei études plus réelles et de meilleur goût.
Lanfranc lutta de toutes ses forces, mais sani supcès, contre la direction nouvelle que prenait h dialectique. En combattant les erreurs de Béranger de Tours, il est forcé lui-même , tout en désapprouvant ce moyen, de recourir aux armes de son adversaire) mais il s'excuse par Tmempls de saint Augustin, qui , lui aussi , $% aer^tdbh
DB LA SÇBOLAST^QDB, — CnA?^9* 107
dialectique pour réfuter les Ariens ( Voir le livre de Lapfranc de Corpore et sanguine Domini). Il est évident en outre, par de nombreux plissages des œuvres de Lanfranc j et surfout par ses con;^* mentaires sur les épitres de saint Paul , qu'il coi^naîssait la s;Uogi3tique : s^uvcint il eq cite 1^ règles principales , et (ftU|ci entr'autres : dw^ aucune figure, oq ne peut tirer \u^ çonclu3ipP de 4eux propositions particulièrei^^
Ssiiut Ansiçlme alla plus loin que son piaitr^»Qt il p^Lr^ît que, sans accepter non plus la dialectique ), U e^^y^ d'en régler l'usage. C'était, di^ reste, h^xkl jpsrti qqe l'Église eût alors à prendre; car l'c»^ gnement de ]h dialectique avs^it fait partQMt dç t^ progrès,^ qi^'il était dé^sorni^is^ impassihle.de le svfiprimer. l^çs écplesi de Paris ^ où Walraip prafes^^ ce^te science, nquvelle^ attiraient déjà d^ élèves d? toutes leç p^rtie^, de l'Europe ; et déjà de,Qoqi^e«)fc écrits des professeurs secondaient les études pi^ bliques, en facilitant aussi les études splitaii^ft^. Àbbon de Fleury ^ , Ad^Ibéro^ «, arcUevéquci de Laon y avaient écrit sur les syllogisnote^ et les règles de l'argumentation.
Tel était donc le nipuvçment général dei| e^prit^^ quand vint à surgir la grande querella du ^omi«ualisme et du réalisme : le génie de Ros^çie^n pp^
X. SaÎBt Anselme cite les Çaté|;orie8 ^ rHèrméneia » %\ discute la TaliiUk dtt ftyUogSBines: Opéra, deCrammatico, p. z43, t44 — «^ cur Deus homo , p. 94 , a.
s|. France Uu. ^ X^m. Q, p. ^8|0^
20S TaoïsiEME Partie. — sectio5 lu.
le problème, et le résolut dans le sens des opinions nouvelles. Pour lui les idées générales n'avaient pas d'existence et ne reposaient que sur des mots. Cette doctrine émut l'Eglise entière; carie novateur , poussant à bout sa thèse dialectiqae, n'allaic à rïen moins ^u'à nier le dogme de la Trinité. •
Je no prétends point , après rexposition si claire et si éloquente qu'a tracée ]M. Cousin , dans son introduction aux œuvres inédites d'Abeilard, revenir sur cette question ; je me bornerai donc à résumer ses conclusions. La discussion de lexistenoe des genres, sortie d'une phrase de l'Introduction de Porphyre, acquit à la fin du xi^ siècle et dans les trois siècles suivants jusqu'à Occam, une im* porlance capitale, et les rapports qu'elle avait avec les vérités fondamentales de la religion , I^ timent assez Tintérét que les deux partis y attachaient. Le nominalisme et le réalisme se firent une guerre acharnée , sur l'existence des genres d'abord , et ensuite , sur le principe d'individualisation; et le sujet fut assez vaste pour défrayer trois siècles de disputes et d'animosités. On sait qu'entre les deux partis exclusifs, Abeilard vint apporter une opinion moyenne destinée à les concilier tous deux dans le conceptualisme; mais cette tentative de paix et d'éclectisme eut peu de succès, et l'intervention de l'illustre dialecticien n'apaisa point la querelle.
11 faut bien voir ici toute Fimportance de cette