DS LA 8CHOLA8T1QUE. — CHAP. X
lutte en religion et en dialectique. Nous laisserons de côté la première face de la question ; mais on ne saurait donner trop d'attention à la seconde. Cette discussion ne portait pas sur une idée absolument neuve, puisqu'au fond c'était celle qui avait jadis divisé le Stagirite et son maître ; mais ce qu'il y avait d'éminemment nouveau, c'était que les esprits se passionnassent avec tant d'ardeur pour une question de dialectique. Depuis l'époque splendide des écoles de la Grèce , sous Socrate , Platon et Aristote , le monde n'avait rien éprouvé de pareil. A côté du dogme, il y avait une autre question d'un intérêt moins pressant peut-être, mais aussi plus durable, c'était une question qui tenait à l'esprit humain lui-même. Par cela seul qu'elle était posée , elle indiquait un progrès immense f dont les siècles précédents étaient tout à &it incapables ; et depuis , les lumières n'ont fait que s'accroître avec une rapidité constante.
A ce développement de l'Europe y nul ne contribua autan t qu'Aristote. La dialectique , maîtresse déjà dans toutes les écoles , acquit dès lors un im- ' portance et une valeur sans égale, et le resté de * la doctrine mieux connue vint encore ajouter à la domination exclusive qu'elle exerçait déjà. Mais il fallait deux siècles encore, avant que l'£glise n'adoptât le Stagirite, le fit commenter par les ph» savants hommes , par des docteurs depuis canonisés , et rélevât , en un mot , au rang des pèreir et des oracles de la foi. Dès la fin du xi* siècle ^ II. i4
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tout se prépare pour qu'il en soit bientôt ainsi.
Il ressort évidemment des œuvres d'Abeilard, publiées par AL Cousin , que Télève de Roscelin connaissait la plus grande partie de rOi^[anon. Bien que les titres donnés par les manuscrits aiix firagmentsd'Abeilard, ne soient pas toujours exacts, bien qu'ils ofirent certainement des déplacements assez nombreux, il n'en est pas moins certain qu'il possédait les Catégories, THerméneia, les Analytiques Premiers et Derniers et les Topiques. Abeilard ne savait pas le grec, comme il Tattestf lui-même ; et Ton doit croire qu'à cet égard l'illustre dialecticitti , tout occupé de l'application et de la pratique, était au-dessous des lumières de son temps et de plusieurs de ses savants contemporains. Il ne pouvait 'donc étudier la logique d'Aristote que dans Boece; mais les ouvrages du commentateur latin pouvaient suffire pour la fiiire bien connaître.
L'immense service que rendit Abeilard, et sa vraie gloire, c'est d'avoir été le chef de Témandpation des intelligences au xii* siècle , et d'avoir, par l'application hardie et complète de la dialectique à la théologie , ouvert cette longue, carrière de progrès et d'indépendance qu*a depuis lors pu^ courue l'esprit humain en philosophie. M. Cousin a comparé Abeilard à Descartes y breton comme lui ; la comparaison est aussi juste qo^ profonde, et certainement Ab»lard n'osait pas moins en dialectique au xii^ siècle que DesCirtes