‹ De la logique d'AristoteChapitre 194 sur 244 · DJE LA 8CH0LASTIQUE. — CHAP. X · texte numérisé non relu

DJE LA 8CH0LASTIQUE. — CHAP. X

des Sophistes ont une haute utilité, et l'on ne sait pas assez , en général , les mettre à profit.

Jean termine cette analyse de l'Organon par une profession de foi pleine d'indépendance et de raison. Ceux qui n'étudient Aristote que dans Boëce , sans recourir directement aux ouvrages du maître y ont tort, et leur science ne peut qu'être fort imparfaite. Aristote s'est trompé, certainement trompé, sur plusieurs points ; mais , en Lo« gique, il n'a pas son égal, et, sans tenir pour paroles saintes {sacrosancturn) tout ce qu'il a écrit, on ne peut cependant trouver im guide ni plus sage ni plus sûiv

Certes , quand on a lu le Métalogicon , on ne peut s'empêcher de trouver l'éloge qu'en faisait Juste Lipse cinq siècles plus tard, un peu trop réservé : « multos pannos purpurœ agnosco etfrag' «c menta œui metioris. » On pourrait dire, avec plus de justice peut-être, qu'il n'est pas un commenta* leur du seizième siècle qui ait surpassé Jean le Petit en droiture de jugement; son livre, au milieu du xu^ siècle , semble une sorte d'anomalie par la clarté , le sens exquis et la sobriété qui partout y éclatent. Jean le Petit s'est en outre placé au rang des penseurs les plus ingénieux et les plus indépendants de son époque, par la satire spirituelle et délicate qu'il a faite des courtisans de son siècle (de nugis curiaUum).

Il n'est pas besoin de revenir sur tous les faits importants que révèle l'ouvrage de Jean le Petit,

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il a suffi de les indiquer dans l'analyse tracée plus haut; on fera seulement remarquer qu'évidemment , dès cette époque , on possède le texte entier de rOrganon , et que TOccident est en relation directe et fréquente avec l'Espagne.

Au milieu du douzième siècle, s'accomplissent deux faits de haute importance dans les recherchai qui nous occupent ici : c'est d abord l'allianoe définitive de la dialectique et de la théologie; et, en second lieu, la domination absolue de la logique d'Aristote. Elle règne alors dans toutes les À:oles répandues en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, en France. Elle règne; surtout à PariSi qui compte déjà , en 1 1 3o, seize écoles à côté de celle de la cathédrale; « Paris, l'arbre de vie dans le paradis terrestre de la science, la lampe allumée dans la maison du Seigneur, » comme s'expriment à cette époque les innombrables étudiants qui, de toutes les parties de l'Europe , affluent dans son sein. Le plus pur aUment que cette Nourrice de l'étude donne aux esprits qu'elle fait vivre, c'est la logique d'Aristote, étudiée dans tous les sens, commentée surtout de mille façons diverses , mais encore obscure , embarrassée , et résistant aux et forts de la plus patiente analyse et aux essais ds simplification, que font dès lors Guillaume ds Soissons , Progon de Troie et Gilbert de la Porrée. Dans le Trivium , c'est la dialectique qui tient k place suprême; elle domine la grammaire et la rhétorique, ses humbles associées, autant au

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que le Trivium lui-même domine les quatre autres sciences y dout la réunion avec les trois premières forme les sept arts libéraux, nés jadis dans Alexan* drie, et qui sont l'encyclopédie du moyen- âge.

On ne peut croire, d'après tout ce qui précède , que la logique d'Aristote ait été proscrite au coneue de Soissons en hàoqj comme parait le penser Launoy {de varia Arisi.fori. chap. i); évidemment Finterdit ne concerne que la Métaphysique et la Physique , récemment apportées de Constantinople et dont Amalric avait tiré ses erreurs. L'Eglise, qui tolérait depuis si long-temps la dialectique péripatéticienne, qui l'avait établie dans toutes ses écoles, n^ pouvait plus la proscrire; et le légat, chargé en iai5 de réformer l'université de Paris, ordonnait formellement l'étude de la Logique, tout en maintenant les défenses contre les autres ouvrages d'Aristote. Launoy se trompe plus évidemment encore, quand il croit que, jusqu'au treizième siècle, on ne connaissait la dialectique que par Marcîanus Qlpella et Boëce ; on lisait Aristote lui-méfne depuis près de deux cents ans.

A dater de cette époque, la philosophie toute entière d'Aristote commence à prendre contre l'Ëgtise, qui d'abord résiste et bientôt lui cède, cet syu^ndant suprême qu'elle a conservé jusqu'à Baoon et Descartes. Frédéric II prépara les voies à cette domination, en fiaisant traduire les œuvres du Stagirite, travail que ses fils continuèrent avec aèle , et en deux sièdes à peu près, tel avait été le

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