DE LA 8CH0LÀSTIQCB. — CHAP. X
pendant plusieurs siècles, l'étude de la £x)gique s'était à peu près bornée «aux Catégories et à THerméneia^ tandis que, dans des temps meilleurs et plus récents, elle s'était étendue à l'Organon entier.
Avec Albert-le-Grand , mort en laSo, la doctrine complète d'Aristote prit possession de l'Occident y et domina l'Eglise aussi bien que les laïcs. Le professeur dominicain de Paris et de Cologne connaît non seulement tous les ouvrages du Stagirite qu'il commente lon^ement, mais il a étudié la plupart des grands travaux antérieurs aux siens y ceux des commentateurs arabes. Aussi jamais la doctrine d'Aristote n'a-t-elle été traitée avec autant d'étendue, et l'on pourrait ajouter, de profondeur. En général^ on n'a point fait d'AIbert-Ie Grand une estime équitable; on l'a trop aisément cru l'admirateur aveugle du maître ; et on l'a surnommé le singe d'Aristote. Je ne sais précisément l'origine de cette insultante épithète : mais elle est certainement peu méritée , et elle révèle une ignorance complète du génie de celui qu'elle flétrit. J'ai cité (Tom. i, pag. i36 ) une pensée d'Albert qui montre bien toute son indépendance et la direction de ses commentaires. Il suit Aristote,non par obéissance aveugle et respect irréfléchi de l'autorité; mais il le suit, comme les siècles antérieurs, parce qu'Aristote a trouvé la vérité, et qu'il n'y a point de guide meilleur ni plus fidèle. On peut voir du reste par la préface remarquable ^ où Albert
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traite de la nature de la Logique , qu'il est fort loin des sentiments qu'on lui suppose. Sans avoir roriginalité profonde de Scot, de Gerbert, ni même celle de Lanfranc, il a cependant rintelligence la plus réelle et la plus indépendante des matières qu'il commente.
D'aiUeurs, il sufBt de lire la biographie d'Albert, et d'y apprécier quelques traits de la plus vive énergie, pour sentir que dans cette vie austère et magnanime , consacrée au travail et à la pauvreté, il n'y a point place pour une servile imitation. Le commentaire d*Albert sur l'aristotélisine est certainement l'un des plus libres hommages qui aient été rendus au génie du Stagirite.
Pour ce qui concerne la Logique en particulier, il est évident que dans Albert continuent à se développer les germes d'une science spéciale. Il cultive la Dialectique pour elle-même, et sans pensera ses applications pratiques en théologie. Depds Âbeilard , cette direction qui , n'est même point parfaitement pure dans le péripatéticien de Falais, semblait avoir été perdue : c'est Albert qui eut la gloire de la reprendre de nouveau* ^
Elle éclate aussi dans son illustre élève saint Thomas d'Aquin. Il ne nous reste de saint Thomas que deux commentaires, l'un inachevé , sur TUerméneia; l'autre , sur les Derniers Analytiques, dont il s'efforça d'éclaircir les difficultés. On a déjà vu, par une citation (Voir tom. i , p. a4)y quel était le caractère général de la doctrine de saint Tbo*