‹ De la logique d'AristoteChapitre 198 sur 244 · OE LA SCHOL ASTIQUE. — CHAP. X · texte numérisé non relu

OE LA SCHOL ASTIQUE. — CHAP. X

mas. £lle est profondément péripatéticienne, en ce qu'elle s'attache surtout à montrer l'activité spontanée de l'esprit. Thomas voit nettement que la Logique n'est pas moins que la science tout en* tière de l'esprit humain ; mais son génie y qui pouvait ici, aussi bien que dans la carrière théologique, déployer toutes ses ressources, dut appliquer ses forces à des sujets alors plus pressants.

Ces indications d'Albert et de Thomas, ne furent point perdues : on les retrouve agrandies dans Duns Scot, sous la subtilité des questions que soulève pour lui la logique péripatéticienne, et surtout dans Occam qui, par une exposition plus nette et plus indépendante que toutes celles qui {ivaient précédé, ouvrit la voie aux améliorations. Occam bannit complètement la topique de la Logique et, comme Duns Scot, il accorda au syllogisme une haute importance. Occam , comme Ton sait, est le plus grand des nominalistes.

La logique de Raymond Lulle se distingue par un mérite de clarté et de concision, fort rares à toutes les époques , mais surtout à celle où il écrivit^ yers le commencement du quatorzième siècle. Il est resté fidèle aux excellentes traditions de Pierre d'Espagne. Mais comme lui, Raymond Lulle place lllerméneia avant les Catégories , c'est-à-dire qu'il donne les règles de la proposition avant celles ddi mots. Son explication du syllogisme estaussi claire qu'elle est concise : il fait un usage réservé et fort judicieux des mots techniques. Il a donné, ainsi II. i5

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que PieiTe d'Espagne , fort peu d'attention aux Derniers Analytiques, qu'il passe presque complètement sous silence , comme trop difficiles sans doute pour les esprits auxquels s'adresse son manuel; et il termine par une exposition fort courte des topiques et des sophismes. A cette analyse de rOrganon, Raymond Lulle a joint deux petits traités spéciaux qui attestent qu'il a\ait bien corn* pris la théorie entière , et qu'il en connaissait les points délicats : Tun sur la recherche du moyen, l'autre sur la conversion des propositions. Je n'ai point à parler ici du grand art de Lulle, bien que les mnémoniques qui le composent roulent en partie sur les idées des Catégories; mais je crois pouvoir affirmer, en en jugeant par sa logique, que ses idées ont beaucoup plus de justesse et de valeur qu'on ne leur en accorde ordinairement

C'està dater du temps d'Occam et par ses efiEbrtSi du moins en partie , que la Logique commence à devenir une science spéciale et indépendante, telle que l'avait entrevuls Gerbert. Occam contribua plus qu'aucun autre nominaliste, au triomphe des principes qu'il soutenait, et qu'il avait su placer, contre les papes, sous la protection des rois et des empereurs.

Buridan , élève d'Occam , et aussi libre penseur que son maître, ne laissa point périr les traditions qu'il en avait reçues. Mais c'est avec lui que le produit dans toute son étendue la subtilité tant reprochée à laScholastique; les siècles préoédenli

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avaient bien donné l'exemple : mais ces divisions poussées à l'extrême , ces nuances de pensée si difficiles à saisir, ces fils déliés dont l'attention la plus iq3pliquée peut à peine suivre les détours ^ tout cela n'existait point encore dans les docteurs du trei« âètne siècle. La méthode scfaolastique n'est réellemeiit fondée que dans le commencement du quatorzième, avec les procédés, toujours uniformes y de majeure et de mineure , d'objection et de réponse, de thèse et de réfutation.

Généralement cette subtilité si funeste aux pro« lires de l'esprit, a été attribuée à l'étude de la logique d'Aristote. L'accusation, sans être absolument fottsse, est loin cependant d'être aussi vraie qu'on semble le croire. Ce qui développa surtout cette subtilité au quatorzième siècle, ce fut la théologie mystique. Née peut-être dans les oeuvres de saint Anselme, ou, du moins fort développée par lui^ la théologie mystique entraîna les âmes pieuses de ces époques, dans des rêveries sans terme, qui, en voulant se produire , durent empnmter des formée aussi compliquées et aossi fines qu'elles-mêmes. C'est à l'aide de la dialectique qu'elles parvinrent à se les créer; mais il est peu probable que la dialectique à elle seule eût pu jamais les enfanter. A tout prendre , on peut croire que la Logique nuisit beaucoup moins à la théologie que la théologie ne nuisit à la Logique.

L*école d'Occam , pour le dire en passant , eut la gloire de fonder l'indépenday e de l'esprit dans le

quatorzième siècle , en Logique, par le nominalisme, en science politique, parles plus hardis travaux, dont ceux de Buridan sont le curieux témoignage. C'est aussi de cette école que sortit le premier essai d'histoire de la philosophie dont les temps modernes puissent s'honorer. Burlaj, condisciple d'Occam , à Oxford , est celui qui le tenta. Ainsi, dès la fin du quatorzième siècle ^ tout se préparait pour une réforme en Logique » comme dans toutes les parties de la connaissance , et dans l'organisation de la société européenne. A cette époque, une cause puissante vient accélérer k mouvement, c'est l'arrivée des Grecs, fuyant déjà aux approches de la ruine de leur patrie y et venant mettre du moins en sûreté les lumières qu'elle seule possède, si ce n'est ses richesses. C'est de l'Italie, asile des réfugiés de Constantinople, que jaillit l'étincelle ; et Laurentius Valla, mort en 1465, fat le premier qui entreprit la réforme de la Logique. Mais il procède avec modération et prudence : il sait que de son temps les professeurs font, en général^ jurer à leurs élèves de ne jamais attaquer Aristote, et implicitement , de poursuivre ceux qui le combattent. Aussi cherche-t-il à s'excuser , par une foule d'exemples, de ne pas suivre le maître; La vieille dialectique lui semble beaucoup trop embarrassée, beaucoup trop longue : et il se dédde avec courage à commencer la tâche qu'il s'est imposée. Mais s'il refait la doctrine d'ArisUile,ilestl0În

d'être injuste envers^ ; il repousse avecBoêce ks

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accusations de plagiat y qu'on renouvelait de son temps, contre les Catégories, empruntées, disaiton , au pythagoricien Archy tas.

Les innovations les plus grandes de Valla furent d'essayer une réduction des Catégories^ :il les limite à trois, $ubstancey qualité, action. 11 repousse les énonciations modales et veut les bannir complètement de la Logique : enfin il n'accepte dans le syllogisme que les deux premières figures ; et il rejette les cinq modes indirects de Théophraste et d'Ëudème. Outre ces modifications importantes , Valla en fait encore plusieurs autres, dans la théorie des rapports du sujet et de l'attribut , dans l'exposition des propositions négatives. Il place aussi, comme plusieurs de ses devanciers, les Topiques avant le Syllogisme , et il néglige la démonstration. Il a , de plus , le tort de mêler quelquefois à la Logique des matières qui ne lui appartiennent pas, par exemple,rétymologieàladiscussiondes^Catégories.

Il parait que cette tentative de réforme , toute sage qu'elle pouvait être, suscita contre Valla des persécutions : il s'en plaint avec dignité dans l'épilogue qui termine son petit ouvrage. Mais le coup était porté , et si la Logique , au milieu des intérêts immenses qui allaient agiter le siècle sui-, vaut, devait encore attendre de longues années pour une amélioration définitive, les germes du moin

I. Laiir. Valla de dialtcticà,Ub. 3. Puis, i53o»io-4*,ch. z;, f*ft5. — di. 39, f« 5o. — £• 6i et 64 ▼erio.

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étaient déposés j et il était impossible qu'ils ne prissent pas du développement.

On a trop insisté , je crois, d'après Ramus, sur les mérites réformateurs de Rod. Agricola ; on ne saurait les comparer à ceux de Lauren tins. D'abord ses travaux sont moins étendus, puisqu'il se borne à la Topique; et 9 en second lieu, Agricola a certainement beaucoup moins de profondeur et de science logique. On ne peut nier toutefois que sa méthode ne soit facile et parfaitement claire. Ce qui distingue le professeur d'Heidelberg , c'est qu'il a proclamé le premier , en Allemagne , la né* cessité de la réforme logique; mais il ne Ta point faite. Agpcola peut être regardé comme l'héritier très légitime des traditions déposées, dans toute l'Allemagne, par Occam et par les nominaux ; mais il a déjà la réserve qui plus tard distinguera Mélanchthon ; *il ne va pas au-delà des fautes de la Scholastique ; c'est elle seule qu'il prétend réformer; ce n'est pas Aristote lui-même, pour lequel il à la plus sincère admiration. On Terra, du reste, un peu plus loin, comment la voie tracée par Rodolphe, fut suivie par les protestants àa seizième siècle.

Avec le quinzième siècle, nous sommes arrivés à la décadence de la Scholastique, hâtée encore par la découverte de l'imprimerie, et par l'étude du platonisme, que les Médicis secondèrent de tous leurs efforts sous le beau cki de l'Italie. De plus 1 ks traductions nouvelles que Nicblaii Y fit ftiré des

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