‹ De la logique d'AristoteChapitre 205 sur 244 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

Dcsdifenes tanlativesde réforme en logifiiey dspoif BaiMi

jasqa't nos jours.

Telle était donc la situation de la logique péripatéticienne, quand Ramus l'attaqua vers i543. Vivant encore dans les éccJes catholiques avec k$ débris de la Scholastique, et renaissant grâce ans soins de Mélanchthon dans les écoles protesta Asi elle comptait presque partout de nombreux et chauds partisans. Mais avant de savoir ce que fat la réforme de Bamus, il fisiut se rappeler quettei tentatives avaieBt précédé la sienne.

On a vu , plus haut , Laurentius Valla s'efforGer, en Italie , de corriger la méthode aristotélique :

DES 1BNTA1IVE8 DE RéFORMB — GHAP. XII. i4S

on a vu aussi que ce mouvement^ imprimé par ub esprit sage et réservé, s'était bientôt étendu en Al» lemagne, par les travaux de Rodolphe Agricola, etque c'était à cette source que Mélancfathon avait puisé ses projets d'amélioration. H feut ajouter qu'une foule d'esprits très édairés, sans s'occuper spécialement de la Logique , avaient pro« damé hautement le besoin d'une réforme , avant que Ramus la tentât. Parmi eux , il faut distinguer l'Espagnol Louis Vives , instruit aux écoles de Belgique. Dans son ouvrage célèbre de Causis cor" ruptarum arù'um , il a posé ou entrevu la plupart des grands principes de méthode qui furent plus tards réalisés. Yivès est mort en i540) c'est-à-dire trois ans avant que Ramus publiât son premier ouvrage. Il est fort possible que le professeur de fiuîs ne connut pas jes trava«ix du professeur de Louvain ; mais on ne peut nier qu'il n'en ait subi rinfluenoe, comme il subissait l'influ^ice générale du besoin de progrès que ressentait son siècle.

La Logique ne pouvait échapper à la sagacité de Vives ; il lui a consacré tout un livre dans son célèbre ouvrage, qu'on peut considérer comme une critique générale des études de son temps. Mais les attaques de Vives , bien qu'elles ne portent pas toujours fort juste y ont dans la forme , si ce n'est dans le fond , une modération et une gravité dont ses successeurs n'auraient pas dû négliger l'exemple. Il professe une admiration sincère pour le génie d'Aristote i et, tout en blâmant la servilité des

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commentateurs de TEcoIe ^ il conçoit pourtant sans peine qu'ils se soien t soumis à un tel maître , dont il ne s'éloigne lui-même qu'avec une sorte de crainte respectueuse {verecundè ab eo disseniîo). Vives s'est attaché à prouver que la logique d'Aristote ne saurait être, ainsi qu^on Tadit, un instrument pour les autres sciences (p^ge 376, édit. de iSyS, Baie). Il adoptelâ théorie entièredu syllogisme, sauf quelques détails ; il admire hautement les Dernien Analytiques; mais il les croit de peu d'utilité ; etici le jugement de Vives est certainement en défaut. Il est probable que l'esprit facile et clair du professeur espagnol s'arrangeait peu des théories profondes et arides des Derniers Analytiques. Les Topiques ne lui semblent pas aller assez avant dans l'étude même des choses ; et il dit en termes heureux : a Non sunt pixides in quibus continentur a pharmaca, sed pixidum indices. » Il reconnaît, comme Jean le Petit , que Porphyre y a puisé son Introduction, et comme le philosophe de Sarisbéry, avec lequel il a plus d'un rapport, il penche à donner la préférence à la théorie des Topiques. Le Traité des Réfutations des Sophistes lui semble pouvoir être d'un utile usage, au moyen de quelques éclaircissements indispensables ; quant aux Catégories, Vives les renvoie à la Métaphysique; et nous ayons déjà vu que cette opinion, bien qu'elle ne ne soit pas très juste, a été depuis Ion plusieurs fois soutenue, et entr'autres par Tennemann et M. Ritter.

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 cette critique spéci^ de FOrganon, on pourrait ajouter: i* Le traitede Vives, de censurdfcUsi et^erij où il reprend presque tous les principes d'Aristote en excluant toujours les Catégories; a* Son livre de Inslrumenio probabilitatis j où il essaie, l'un des premiers sans doute , de soumettre la probabilité à une étude régulière ; S"" et enfin j son livre de Disputaùione.

U faut remarquer que, dans ces idées de Vives ^ se trouvent les germes de réformes heureuses faites postérieurement. L'on reconnaît sans peine que son opinion générale sur la logique d'Aristote et ses rapports aux autres sciences, est précisément celle que Bacon et toute son école s'attachèrent à &ire prévaloir. Il est juste d'en faire honneur au professeur espagnol, qui, s'il ne l'a point conçue le premier, a du moins su la mettre le premier dans tout son jour et lui donner sa réelle valeur.

Ramus ne porta pas toujours dans ses attaques autant de modération que Vives ; mais il faut ne pas oublier cependant que ses violences furent provoquées par les violences même de ses ennemis , et que son premier ouvrage fut beaucoup moins amer que ceux qui suivirent. La persécution et l'iniquité l'aigrirent vivement ; et quand il put, avec le secours du cardinal de Lorraine, remonter dans sa chaire, il reprit avec une sorte de fureur la guerre qu'il avait déclarée à la logique d'Aristote. Ramus a combattu le système entier du Stagirite, mais l'on sait que c'est surtout à l'Qrganon qu'il

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s'attacha. Il le connaissait bien pour Tavoir étudié pendant trois ans et demi à l'université , comme fl le dit lui-même : et peut-être le souvenir d'é« tudes fastidieuses agissait-il encore sur le philosophe, quand il essaya les réformes qui devaient troubler sa vie et causer sa mort. Du moins , estil probable que Ramus n'avait guère que vingtcinq ans, quand il commença la lutte contre le péripatétisme.

Ramus a publié deux ouvrages principaux contre la logique d'Aristote, le premier en 1 543 , qui ftiE le prélude de la guerre et de la persécution ; le second, beaucoup plus complet , parut cinq ans pins tard, et lui suscita plus d'ennemis encore qpt l'autre; mais cette fois , le gouvernement ne se mêla point de la querelle , et Ramus n'eut pas contre lui un adversaire qui pouvait, par arrêt royal, lui imposer silence.

Le premier livre de Ramus parut d*abord sous le titre de : Dialecticœ partitiones , à Paris. H est très court , imprimé avec un luxe fort rare à cette époque , et dédié à l'Académie de Paris. Il débute par de grands éloges pour le père de l'École; mais, après cette introduction, en quelque sorte obligée, lûmus élève des doutes sur l'authenticité des ou- Trages que nous possédons sous le nom d'Aristote, et il assure que, probablement, des paraphrases seules d*Andronicus sont parvenues jusqu'à nous, n blAme, en termes assez vifs, l6S admirateurt •vw^ <iu Stagirite , tt il teuf propote Vtttm^

DS8 mVTATITBS DB AiFOUIB. «^ CUP. XH. 247

même de leur maître qui , sans respect pour Fantiquité , chercha ht Térifé avec une pleine indé*pendance. Le conseil était fort sage, mais la forme flous laquelle il était donné le rendait peu acceptable. Il ajoutait , ce qui était également vrai , que la dialectique de son temps était fort ténébreuse y et que l'étude en était beaucoup trop longue; mais y ici encore ^ ses avis n'étaient pas présentés en termes assez modérés.

Assuré de la justice de sa cause ^Ramus se por^ tait pour le réformateur de la dialectique, et il voulait prendre 9 disait41, la nature seule pour guide. U divisait donc la Logique en deux parties, comme jadis l'avait &it Cicéron : en invention et jugement ; puis , il passait aux spécialités de la science, et, tout en rejetant les formes de Técole, il expliquait la théorie des propositions et celle du syllogisme. C'était, du reste, ici tout le système . d'Aristole; et, peu conséqucJlit avec 4ui-méme , Ramus ne craignait pas d'appeler le syllogisme : umca veritatis explorandœ via. Du reste , plein d'enthousiasme pour la philosophie et la liberté, il s'écriait : ^ Ubertatsm ammi excelstun , amabi-mlemp gloriosam; servitutem autem^ caducam^ m d^testabilem , oàiasam semper esse duxi ; » et il ajoutait avec uu noble sentiment de ses forces et de sa conviction : Omnes in eàdem uwe hom^eê € jumusj natur4 nempe rationis pariicipe ; guber^ m neumhiin rutionis bma animo reg^ndum suscepL « • . . . diaieçtiçam lanfumnsùkmdiseipUaiinam

<c disputationumque omnium constituamus. » Enfin, il semblait, en terminant son petit traité, prévoir et défier les luttes qui l'attendaient.

Elles ne tardèrent point en efFet. A peine son livre avait-il paru , que le corps entier des professeurs péripatéticiens fut déchaîné contre lui. Antoine Govéa, Portugais, soutint ce combat an nom de toute TAcadémie de Paris. Des brochures violentes furent publiées de part et d'autre, et la Sorbonne déféra bientôt Taffaire au Parlement; mais comme sans doute la condamnation aurait été peu sûre devant un tribunal sérieux, ses ennemis, puissants en cour, en appelèrent au roi, et François I^ , tout protecteur des lettres qu'on l'a surnommé , s'entremit dans cette querelle ponr étouffer l'indépendance de la discussion. D'abord, on ne parlait de rien moins que d'envoyer l'audacieux aux galères; mais quelques %^gneurs plus sages^ et entré autres Pierre de Castellan, conseillèrent au Roi de faire convaincre Ramuspar dispute. Ce moyen, beaucoup moins cruel et beaucoup plus efficace, fut en effet adopté.

Les deux pfrtis désignèrent donc chacun deux jages,et François \^^ en nomma un cinquième, pour présider la discussion et départager les voix. Govéi choisit P. Danès et Yicomercatus , Ramus choisil J. Quintinet J. Bellemont. Le juge du roi fut J. Salignac. La dispute fut solennellement engagée et soutenue pendant deux jours entiers : c*était ua véritable diamp dos. Jadis, Othon ni avait fiût

DBS TBmrATITIS DE REFORIIB. -^ GHAP. XII. 249

lutter devant lui en une joute de dialectique , Fillustre Gerbert et un professeur italien; mais du moins Gerbert ne risquait ni sa liberté, ni ses hautes fonctions. Ici, au contraire, Ramus avait tout à craindre de Tachamement et de la foreur de pédants impitoyables, qui en voulaient à sa gloire naissante, et même à sa vie, comme ne le prouva que trop la nuit &tale du a5 aoûtiSyn. Les deux premiers jours, il eut tout l'avantage sur son adversaire , et la querelle allait tourner à la honte du péripatétisme de la Sorboune, quand le jour suivant, les trois juges hostiles à Ramus prétendirent que la discussion avait été mal engagée , et qu'il &llait la déplacer et considérer toute la lutte antérieure comme non avenue. Ramus et ses deux champions ne purent accepter ces conditions déloyales, et fe retirèrent du combat. £n leur absence, le juge royal assisté des deux autres docteurs, formula, contre les vainqueurs, un* arrêt revêtu le lendemain du sceau royal et converti en lettres patentes. Ramus y était déclaré « téméraire, arrogant et impudent , » de rejeter la logique admise par toutes les nations; défense lui était faite de pt>fesser , sans permission , ses principes , et même de s'occuper de matières philosophiques.

Nous avons peine aujourd'hui à comprendre comment le hvre de Ramus put exciter un si formidable orage , et nous cherchons vainement ce qui a pu le causer. Les attaques contre la Schc» lastique et le péripatétisme y sont assez vivto;

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dronicus, toutes les assertions de Diogène; il relève toutes les contradictions entre les citations réciproques des différents traités de l'Organon; mais il n'aborde pas le fond même de la doctrine. On ne reviendra pas ici siu* toutes ces questions qui ont été traitées avec un développement très suffisant dans la première partie (Voir Tom. i, page 63). On a montré que les assertions de PSh trizzi, toutes spécieuses qu'elles pouvaient être, n'avaient point de fondement réel. £lles n'ont point ébranlé la croyance générale; et le bon sens le plus vulgaire, joint à quelque étude, suffit poar juger combien les assertions du professeur dalmate sont légères et dénuées de vérité.

En se rappelant ce qui a été dit plus haut des réformes de Laurentius Valla et de Rod. Agricobi on voit sans peine que , dans le seizième siècle, la question fit peu de progrès. Ramus , Nizzoli, Patrizzi, n'avaient été ni aussi graves ^ ni aussi profonds que leurs prédécesseurs. L'esprit de haine et de parti avait triomphé. On avait abandonné la discussion sincère pour les emportements ; mais le système lui-même n'avait pas été ébranlé. Les novateurs auraient du le sentir : ils attaquaient les accessoires ; mais ils conservaient le fonds tout aussi bien que le conservaient leuis adversaires. Personne n'avait songé à renverser le syllogisme et la démonstration; et la pliis grande hardiesse , la pensée la plus originale avait été de nier que le syllogisme pût être solidennentappii-

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