‹ De la logique d'AristoteChapitre 206 sur 244 · DES TENTATIVES DE RÉFORME. -^CHAP. XU · texte numérisé non relu

DES TENTATIVES DE RÉFORME. -^CHAP. XU

que à toutes les sciences ^ comme on Tavait si long-temps prétendu.

En même temps que la logique d'Âristote était ainsi attaquée de toutes parts j le reste de son système ne Tétait pas moins; et Télésio, en physique, lui portait à cette époque de rudes atteintes. Les découvertes des sciences naturelles commençant dès lors les progrès rapides qu'elles n'ont cessé de faire depuis ce siècle , ébranlaient Tautorité du Stagirite. L'émancipation était générale. Dans les écoles mêmes qui jadis avaient été toutes dévouées à son culte, s'élevait contre lui une opposition violente et publique. Ainsi en i575,Persitis se présentait à Padoue pour soutenir, contre les parties diverses du système d'Aristote, deux mille questions qu'il était prêt à débattre contre tout venant, le jour de l'Ascension et les jours suivants. Il est vrai que la jeunesse de Padoue et de Venise

ne permit pas au nouveau champion de défendre sa cause, et qu'elle le força au silence; mais Persius n'en demeurait pas moins convaincu , et il invitait les tenants à se présenter chez lui, ou à écrire contre les thèses qu'il n'avait pu exposer^ mais qu'il avait fait publier. Ces thèses, bien qu'elles ne soient qu'indiquées dans le livre de Persius , et qu'elles ne soient pas développées , méritent une attention spéciale. C'est là que pour la première fois peut-être la Logique est nettement réduite à n'être qu'une théorie. C'est . la science de la raison, rationis doctrina : elle n'a pas II. 17

25S TEOISIÈME PAETIE. — SPXTIOM m.

pour objet suprême la démonstration'^ comme le voulait Philopon , ni la définition , comme le prétendait Averrocs, ni TargumentatioD-, comme le disait Albert, ni le syllogisme, comme Favançait DuDS Scot. Sa fin unique et perpétuelle, c'est de tracer les lois du raisonnement. Aristote a eu tort de placer les substances premières dans les iDdi- Tidus; elles sont plutôt dans les genres, comme le voulait Platon. La théorie du verbe et du nom qui se trouve dans Fllerméneia , devrait être renvoyée à la grammaire; les Topiques et les Réfutations des Sophistes appartiennent plus à la Rhétorique qu'à la Logique.

Persius soutenait du reste toutes ces propositions, alors très hardies , avec une modération qui le mit sans doute à Tabri des persécutions; mais, en Italie, l'intolérance philosophique, aussi bien que l'intolérance religieuse, était beaupoup moins violente qu'en France et en Allemagne; et les thèses de Persius ne nous intéressent aujourd'hui que comme une indication de la direction des esprits vers la fin du seizième siècle.

A ces travaux des ennemis du péripatétisme|il faudrait ajouter ceux des purs péripatéticiens qoii tout en conservant la doctrine du maître, s'appii* quaient à l'approfondir et à l'étendre. Tel fut iu^ tout Zabarella , dont j'ai déjà parlé plus haut, et dont les recherches, bien qu'enfermées dans le cercle du système d' Aristote, ont certainement contribué beaucoup aux progrès de la Logique.

BKS TIITTATIVB8 DS BEFOEMB. — CflAP. XU. 259

On voit donc où en était le péripatétisme quand Bacon vint à son tour l'attaquer : violence des novateurs qui ne frappaient pas toujours juste; discrédit de la Scholastique; essais heureux des purs péripatéticiens; et d'autre part, progrès immenses des sciences naturelles , et diminution toujours croissante de Tempire d'Âristote , qui n'en restait pas moins, pour les bons esprits, un génie profondément admirable. Bacon ne tint pas sufGisamment compte de toutes ces circonstances , et avec un or^ gueil démesuré, il prétendit se donner pour le restaurateur des sciences , et Ton peut dire , le second créateur de l'esprit humain. Je crois que c'est avec raison que M. de Maistre , dans son ouvrage posthume , lui a fait ces reproches, qui pouvaient être d'ailleurs exprimés avec moins de haine et d'emportement.Bâcon me semble tout-à-&it inexcusable sur un autre point, &ussi important que le premier, c'est dans son mépris aveugle et intolérable pour Fantiquité.Les Grecs, les Latins, Platon, Ans tote, ne trouvent point grâce devant sa superbe. Il les traite d'enfants , de rêveurs , de bavards , de détestaji>les sophistes : il ne loue, parmi les anciens, que ceux dont les ouvrages ne sont pas arrivés jusqu'à nous : Xénophane, Ëmpédocle, Pythagore, etc. Dans ces déclamations déjà usées de son temps, et qui portèrent plus tard de si triAes fruits , la philosophie et la raison ne sauraient trop blâmer l'erreur de Bacon. Il est vrai de dire que , dans ce siècle > la philosophie de l'histoire n'était pas née , et que

260 TROISIÈME PARTIE. — SECTION ni.

le développement normal et successif de rhuroanité n'avait point encore été étudié. Mais il appartenait à un esprit tel que Bacon de pressentir ces grandes idées et de les respecter instinctivement Bacon pécha ici encore par le cœur, et il se montra aussi ingrat enversFantiquitéàquile seizième siècle et la renaissance devaient tant , qu'envers le malheureux Ëssexy son bienfaiteur, dont il ne craignit pasdedemanderla téte,dansdes réquisitoires dictés par Elisabeth. Par une autre conséquence de cet orgueil et de cette ingratitude , jamais philosophe ne mérita mieux que Bacon le reproche atroce qu'il fait au Stagirite, «d'avoir égorgé ses frères pour régner plus sûrement, à la manière des sultans de Constaiifinople ». Que resterait-il des ouvrages antérieurs à Bacon , si les siens étaient seuls à en conserver la mémoire ? Et n'est-ce pas Anstote qui a fondé l'histoire de là philosophie?

Je fais donc, avec M. de Maistre, une large part aux vices philosophiques de Bacon , comme aux hontes de sa vie; mais , à mon avis, M. de Maistre a méconnu la véritable gloire de Bacon. Voici, en peu de mots , où elle réside : par suite de l'obéissance vouée au péripatétisme et à l'antiquité en général , par suite des circonstances qui depuis douze ou quinze siècles pesaient sur l'humanité, et surtout par une coniêquence inévitable des lob mêmes de l'esprit humain , qui ne vit et ne s'accrwt que par héritage et mémoire du passé, une foofe de principes généraux en Physique, en Logiquei

Page 1