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272 TROISIÈME PAETIE. — SBCTION ni.
moins 9 plus simplifiée, et dégagée du mélange de métaphysique et de rhétorique qui la gène encore dans le Stagirite. Port-Royal a eu, comme Gassendi, le tort de ne pas assez reconnaître les mérites du philosophe grec, et de Tattaquer tout en suivant fidèlement sa trace. La partie la plus neuve de cette logique est, sans contredit, celle qui renferme la méthode , et c'est là surtout que les solitaires de Port-Royal firent de nombreux emprunts à Descartes. Du reste, ils adoptent toute la théorie du syllogisme, et tirent de la Scholastique, pour les éclaircir , toutes les règles qu'elle avait accumulées sur ce sujet.
Certes, si quelque chose eût pu prévenir en France la décadence des études sérieuses en Lo« gique, c'était le livre de Port-Royal. Modèle de style , dans un moment oii le goût n'était pas en* core formé , dépositaire de la science du passé , i l'approche d'un siècle où le passé devait être si complètement méconnu et méprisé , cet ouvrage doit passer pour un des monuments importants de la littérature du dix-septième siècle, antérieurement à la période qu'on peut attribuer just^ ment au grand roi. Mais la force des choses détruisit cet excellent exemple comme tantd'autreç et les seules traditions, en Logique, dont le dixhuitième siècle hérita, furent le dédain de Descartes pour la science , et l'élégance de Port-Royal pour l'exposition nette et facile des idées.
Cette tendance est très remarquable dans tonte
DS8 ramrms m r^foriik. -^ cbap. xn« 275
récole de Descartes , mais elle Test surtout dans Mallebranche, qui ne fit guère que suivre et développer, il est vrai, avec une admirable sagacité , les règles générales de Descartes ; et dans Crouzas, qui est si loin du mérite de Mallebranche. Elle est enfin arrivée à son dernier terme , dans le père Buffier, dont l'ouvrage, bien que fort court, mérite une sérieuse attention.
Les Principes du raisonnement du père Buffier parurent en 17^5 (in-ia, Paris). Ce livre se compose de plusieurs parties; d'abord, de deux lo^ giques , où les mêmes pensées se trouvent repro* duites sous des formes différentes; puis, d'exercices de logique , et enfin d'une critique des principaux ouvrages publiés récemment sur ce sujet , et entr^autres, delà logique de Port-Royal, et de celle de Gassendi , abrégée par Bemier. C'est surtout la première logique du père Buffier qui doit nous arrêter. Sous forme de lettre, avec tout le laisser-aller d^un commerce épistolaire, et avec une facilité gracieuse, il essaie de vulgariser, autant qu'il le peut, les principes fondamentaux de la Logique. Il s'attache surtout à deux points importants ; d'abord , l'identité des propositions négatives avec les affirmatives, auxquelles il les ramène; puis la simplification de toutes les règles du syllogisme. U les réduit à une seule , à savoir : que ce qui est dans le contenu est aussi dans le contenant; seule formule vraie et complète, que n'a point donnée Aristote dans ces termes , mais qu'il a virtuellement II. 18
S74 TaoïflŒHS PARTIE. — sEcnoif m.
exprimée dans toute sa théorie , quand il dit A est dans B, etc.
Cette formule qu'on a trop souvent attribuées l'illustre £uler, n'appartient même pas au père BuflQer, qui la donne quarante ans avant lui; caril avoue modestement qu'il ne réclame pas pour lui la gloire de l'invention (page io6), et qu'elle est à un autre ; mais il n'a pas eu le soin de nous ^prendre à qui nous la devions. C'est à LeibnitE qu'elle appartient très probablement (Voir la remarque 299 sur l'ouvrage de Locke ). On doit dire qu'avant cette formule , la nature du syllogisme, et sa force nécessaire de conclusion avaient été généralement plutôt senties que comprises. C'est à Leibnitz qu'il convient de rapporter cette admirable réduction ; c'est à lui qu'il est équitable d'en laisser la gloire. Mais c'est le père Buffier, qui le premier l'a rendue vulgaire parmi nous; c'est à lui que ce mérite secondaire appartient.
Voilà donc la formule définitive , où viennent aboutir les travaux immenses de la Scholastique, des commentateurs latins, des commentateurs grecs, des commentateurs arabes, et de touski philosophes qui, de près ou de loin , s'étaient occupés de la théorie du syllogisme. Chose inouïe! c'est à un résultat aussi simple, à un axiome de parfaite évidence, que tant de labeurs viennent se réduire! Ici, la marche de l'intelligence humaine est aussi nettement indiquée qu'on peut le désirer: d'une apperception vraie et profonde duprind|M^
DESTlQnrATnrSS DE REVOBin. «— CBAP* XH, 275
yufl d'une apperception dénuée de réflexion déve- »ppée et complète, Fesprit humain arrive, en deux lilleansyàriutelligence réfléchie de ce mêmeprinipe , qui se trouve être l'un des axiomes les plus Lilgaires, mais en même temps les plus féconds, uisqu'il ne coiïtient rien moins que le raisonnelent tout entier.
Le père BufBer ne parait même pas sentir. Li«>méme toute l'importance de cette simplificaon ; il a eu certainement le tort de ne pas la oursuivre assez loin dans ses appUcations; mais le n'en était pas moins importante. Et il £aut bieu \ remarquer ; elle est due , pour le dix-huitiènie . ècle , au même pays qui avait doté l'Europe de la cholastique , et de tout l'enseignement logique es sept ou huit derniers siècles.
Le père Buffîer adopta pour l'étude de la phi* isophie , la manière spirituelle et légère dans la )rme , mais ,au fond , sérieuse et grave , dont Vollire vint donner plus tard un si prodigieux exemle. Le père BufîQer innove aussi en orthographe; t il prétend mettre la Métaphysique etlaliOgiquo la portée de toutlemondeif^çsX déjà, au premier uart du dix-huitième siècle , le caractère entier ui le distinguera ; c'est déjà cette simplification ui finira par tout réduire en poussière : pensées et istitutions. Condillac, en philosophie, n'a pas été inventeur de cette méthode ; il n'a pas même, té le premier à l'appliquer.
Mais^ je le répète, le père Boffier, dont le nom
3T8 TEOISlIjfB PARTIE. — SSCnON lU.
l'accident sont de peu d'utilité en philosophie. Il est clair que, sous les inspirations et les entraînements de l'esprit nouveau , Locke obéit souvent "encore à l'esprit ancien , et il ne serait pas difficile de retrouver en lui des traces nombreuses de péripatétisme.
Tout le monde connaît la réfutation si simple et si admirable^ queLeibnitz afaite, dans des notes écrites en français , du système de Locke. Quant au fond mémo des questions , il ne doit pas nous occuper ici, parce qu'il est tout métaphysique; mais Leibnitz revendique, contre Locke , les titres de la Scholastique , ceux du syllogisme, et ceux, en un mot, de la Logique. Il défend les Catégories contre les attaques de l'anglais, et montre qu'on doit penser aies rectifier, non à les rejeter. Lui-même, il les réduit à cinq : substance, quantité, qualité, action et passion, et relation; il défend la théorie de la démonstration telle qu'elle est exposée dans les Analytiques, et il fait voir que la démonstration mathématique n'est qu'une extension , et comme il le dit, une promotion particulière de la Logique générale, de même que la forme des procédures n'est qu'une espèce de Logique appliquée aux questions de droit. Où le triomphe de Leibnitz estsu^ tout facile et complet ^ c'est quand il réfute les -mépris de Locke pour le syllogisme. Le philosophe anglais suppose que reconnaître la valeur de cette forme du raisonnement , et la gloire de œiai qui Ta expliquée le premier, c'est fidra injure ib
DIS iniTAflVlS DE HltlOBin. -— OHAF. XU. iTt
bonté de Dieu , et croire que la divinité a laissé au Stagirite le soin de rendre les hommes raisonnables, ce Ce n'est point par les règles du syllogisme que l'esprit humain , ajoute Locke , apprend à raisonner ». La chose est de soi trop évidente , et la question posée sur ce terrain est à peine discutable. Il est évident que Locke est ici dominé par ces fausses idées d'application , qu'on avait voulu dés long- temps trouver à la Logique , et qui lui avaient fait donner le nom d'Organon. Leibnitz lui répondait (liv. 4t cl^- 179 $ 4) «* « L'invention du sylloc gisme est une des plus belles et des plus considé- H rables de l'esprit humain. C'est une espèce de « mathématique universelledontl'importipce n'est « pas assez connue , et Ton peut dir^ qu'un art ^ d'infaillibilité y est contenu, pourvu qu'on sache fc et qu'on puisse bien s'en servir, ce qui n'est pas H toujours permis... Les lois de la Logique, ajoutait c encore I^eibnitz, ne sont autres que celles du bon « sens mises en ordre et par écrit... Rien ne serait « plus important que l'art d'argumenter en forme, fc selon la vraie Logique, c'est-à-dire pleinement <c quant à la matière , et clairement quant à Tordre « et à la force des conséquences, soit évidentes par (c elles-mêmes , soit prédémontrées. »
. Nous ne pousserons pas plus loin l'examen du système de Locke et des réfutations de Leibnitz^ Nous aurons plus tard à parler encore de l'admis rable auteur des Nouveaux essais, quand nous traiterons des géomètres logiciens.