TROisiimÊ partie. ^ sicnoN lu
Le seul point sur lequel nous devions insister, c'est que la doctrine de Locke combattue par Leibnitz | est Toubli , sinon la destruction , de la science ancienne, au profit d*une science nouvelici qui est celle de l'origine de la connaissance.
Cependant Locke n'avait pas tellement proscrit la Logique que son école , au début» ne s*occupât, comme les autres , de refaire l'ancienne logique en l'exposant et en la simplifiant. A ce titre l'abrégé de Logique et de Métaphysique de S' Gravesande mérite d'être remarqué. Il a en outre le mérite d'être parfaitement clair , et, sans aucuu étalage de science^ il expose tous les principes essentiel! de la théorie. C'est la même manière, et la Tûêïxyd date à peu près que pour l'ouvrage dupèreBuffier; la direction générale des travaux, à cette époque y tend partout comme en France, à la clarté 9 dont Voltaire fut le modèle le plus achevé. L'école elle-même de Leibnitz ne peut se soustraire à cette influence, et Wolf, malgré l'appareil formidable de ses divisions et de ses distinctions, a cependant une netteté d'ezpositioD, et, l'on pourrait même dire, une transparence, qui s'effaça plus tard dans l'école de Kant et les écoles qui suivirent.
On peut comprendre sans peine comment les travaux de Condillac reçurent un si prodigieux accueil : les esprits étaient parÊûtement disposés à les recevoir, par tout ce qui avait préoédé, et Condillac vint servir merveilleusement oe besoia
général de simplification , en poussant la sim* plification à sa limite extrême. Il réduisit tout à une seule idée ou plutôt à un seul £ait : la sensa« tioui base à la fois de la pensée et de Fexistencei des arts et des sciences , de la Logique et de la Métaphysique,' de l'histoire et de la nature, etc.
D'abord Gondillac part, comme Bacon, d'un sentiment de profond mépris pour l'antiquité. Les opinions de Platon sont pour lui un vrai délire , et, s'il fait quelque grâce au Stagirite, c'est en &veur surtout du temps où il a vécu. Gondillac n'a pas assez de dédain pour les philosophes latins^ les commentateurs arabes, les Scholastiques qu'il appelle aussi les scholiastes, en leur attribuant Finvention du syllogisme. Il pousse même cette manie, ou pour mieux dire, cet aveuglement de critique jusqu'au paradoxe le moins concevable, et il affirme que la prise de Constantind^le, loin de servir les lumières, comme on le croit ^ en a retardé au contraire le développement. Je craindrais vraiment de paraître m'acharner, à l'imitation de quelques esprits de notre temps, sur une des gloires de l'école sensualiste, si je voulais ici relever toutes les erreurs historiques de Gondillac. Mais , si l'on veut savoir jusqu'où ses préventions contre l'antiquité
pouvaient être poussées, qu'on lise son Gours d'histoire ancienne et moderne, et Ton restera convaincu qu'il était impossible de mettre un plus beau talent d'exposition , nette et lucide, au service d'idées plus fausses et plus petites* Gondillac
t8S TAOïaiÈliE PARIUC. — SECTION UI.
est le disciple de Voltaire en histoire ; mais il est ici son disciple étroit , mesquin , son imitateur exagéré et faux, comme tous les imitateurs. Voltaire, malgré son apparent mépris , comprend la gloire partout où elle brille, et lui rend hommage, si ce n'est formellement, du moins par le fond même de sa pensée. Condillac ne parait pas même se douter que y sons ces doctrines qui cependant ont remué des mondes et conduit deux mille ans l'humanité, il y a quelque chose de profond et de vrai. Chose bizarre , le siècle qui devait revendiquer si haut et si justement les titres de l'humanité, est celui qui les a le plus méconnus historiquement! C'est que la philosophie de l'histoire était encore à faire, bien que le nom en fût déjà créé.
On tombe vraiment dans un bien vif étonuement, quand on voit ce que la Logique est devenue entre les mains de Condillac. De ces théories si justes^ si sagaces, si vastes, sur le raisonnement humain, qu'est-il resté? quelques lambeaux sans lien , sans couleur, sans vie ; une analyse maigre, desséchée , sans instruction comme sans valeur réelle. En poussant la simplification un peu plus loin encore , il était facile de se dispenser de faire une pareille théorie ; car il est évident qu'elle n'apprend rien. U fallait être conséquent jusqu'au bout, et déclarer nettement que la Logique n'était ni une science, ni un art, qu'elle n'était pas, et que , pour quelques remarques sans portée et sans fruit que cette prétendue doctrine pouwlt oAir,
DES. TBBnATPfËB DS IJFOBM,*— CBiF> XU. . S8S
ce n'était vraiment pas la peine de s'en occuper. Est-il croyable que l'école de Tobservation y Técole qui se fait gloire de suivre l'expérience à l'exclusion de tout autre guide , en soit arrivée à oe degré d'aberration? Quoi! c'est là tout ce qu'elle découvre dans l'esprit humain : l'analyse , et l'analyse toute sèche y toute vide, sans lois, sans procédés réguliers, sans éléments autres qu'une sensation transformée. Quoi! le raisonnement nr'est qu'une langue bien faite ! nous ne raisonnons qu'avec les mots 1 Pourquoi donc alors ne pas réduire la Lo- .gique à la grammaire, et les règles du raisonnement à celles de l'accord du sujet et du verbe, de l'adjectif et du substantif? Cependant Ck)ndillac doit avouer que nous ne connaissons rien qu'à la condition d'aller du connu à l'inconnu, et qifon ne peut découvrir une vérité qu'on ne connaît pas , qu'autant qu'elle se trouve dans des vérités' qui sont déjà connues. Il était, comme on -voit, sur la trace du grand principe aristotélique de la démonstration, et par conséquent de tout le syllogisme; mais il ne pousse pas plus loin. Puisqu'il niait la doctrine de la démonstration, il fallait qu'il allât jusqu'à soutenir, chose d'ailleurs qui n'était pas nouvelle, que la démonstration est circulaire, et qu'il n'y a pas de principes. Condillac n'osa point aller jusque-là.
Toutes les préventions de Condillacse retrouvent dans M. Destutt de Tracy , qui fiit l'un des pre*i> miers , apr^ la tourmente révolutionnairei à faire
284 i TROISliOlS PARTIS. "-« SECTION ID.
revivre les études philosophiques, mais qui eut le grand tort de les renfermer dans le cerde étroit où le dix-huitième siècle les avait étouffées. AL de Tracy place la Logique après la grammaire, et n'en &it, pour ainsi dire, qu'un corollaire, fqrmation des idées : idéologie , expression des id^ : grammaire, combinaison des idées : Logique. Quant i la Métaphysique, M. de Tracy la proscrit, ou plutôt , il l'absorbe dans la science du raisonnement , comme devait le faire plus tard Hegel, mais par un chemin tout opposé. La Métaphysique o^ dinaire n'est pour lui qu'un art d'imagination, destiné à nous satisfaire , mais pas du tout à nous instruire. Locke est, à ses yeux, le premier des hommes qui ait tenté d'observer et de décrire l'intelligence humaine, comme a l'on décrit et Ton observe les propriétés d'un minéral et d'un végétid. » Je ne parle pas de cette singulière comparaison, qui assimile l'intelligence à un corps brut ; mais on ne saurait trop s'étonner de cette inadvertance singulière, qui fait commencer à Locke l'étude de l'intelligence humaine. M. de Tracy, en fidèle disciple de Condillac, a pris en profond mépris toute l'antiquité , et il ne craint pas de déclarer que l'histoire de Bacon est l'histoire de l'esprit humain , attendu que tout ce qui précède ne mérite pas l'attention des philosophes. Quant à h théorie d'Aristote, qui a régné si long- temps, fl affirme que « c'est elle qui, pendant dix-huit cents ans, a empêché le genre humain de ùàre un seni
DIS TBMTATnnBS IHB BifORHS. — CBAF. Xn. 285
pas. Cette première tentative a été complètement malheureuse; et, puisque cette doctrine na pas fait de progrès d'Aristote à Bacon , c'est qu'elle . reposait sur des bases fausses.» La conclusion beaucoup plus simple à tirer de ce fiiit merveilleux, c'est que la théorie d'Aristote était vraie , et qu'il n'est pas possible d'ajouter à la vérité une fois qu'elle est connue. Toutes les grandes idées, toutes les grandes découvertes en sont là. Une fois acquises à l'humanité , elles ne meurent ni ne s'accroissent. Elles peuvent s'adjoindre les unes aux autres , mais elles ne se développent pas, chacune en particulier. La théorie du syllogisme était une des vérités de cette espèce , et voilà pourquoi elle est restée et restera immuable.
M. de Tracy déclare donc que cette logique tant vantée est bien loin de mériter le nom fastueux d'Organon , qu'il attribue au Stagiritc lui-même ; et tout en reconnaissant, «qu'elle suppose une force de tête prodigieuse, et une sagacité admirable, x) il en tient fort peu de compte. L'ouvrage de Locke est toujours pour lui le premier ouvrage de science logique qui ait jamais été fait y et c'est le meilleur que nous ayons. Du reste , M. de Tracy regrette que rOrganon ne soit pas traduit en français , avec tous les éclaircissements nécessaires ; et pour ses propres études sur ce grand monument , il se sert de la paraphrase française de Canaye, qui devait en effet lui en donner une bien confîise et bien incomplète idée.
286 TEOisikiiB pa&th. ^^ sEcnoN m.
Je professe pour le talent et pour le caractère de M. Destutt de Tracy le plus profond et le plus juste respect. Je le regarde comme le plus éminent et le plus sagace des disciples directs de Gondillaq son style a tous les mérites de celui du maître, avec moins de sécheresse. Mais je ne saurais toutefois assez déplorer les funestes influences, qui ont étouffé un si beau talent et un si vigoureux esprit Ce qui manque surtout à M. de Tracy, comme à toute son école, c'est une vue générale des choses, c'est une connaissance exacte des monuments et de l'histoire réelle de l'esprit humain. Le dix-huitième siècle, parce qu'il devait tout détruire, croyait que tout commençait à lui. De là, cette injustice criante, ou, pour mieux dire, si parfaitement aveugle, eu ce qui concerne le passé. L'humanité aura travaillé deux mille ans et phis à produire toutes les pensées du dix-huitième siède^ à lui transmettre la force irrésistible qui l'anime , la généralisation puissante qui en Êiit, à tout prendre, le plus grand de tous les siècles; et le dix-huitième siècle , enfant ingrat et cruel , méconnmtra tout ce qu'il a reçu, tout ce qui prépart et £sût encore sa propre vie. Dans la Scholaatique^ il frappera sa mère ; dans le christianisme , il flétrira celui qui lui transmit toutes les grandes idées politiques d'égalité et de fraternité humaines; il intronisera la souveraineté de la raison , jusque dans les carrefours , et il ni/era la Logique et les lois du raisonnement.
Mais notiB^ ses fils> et qui nous faisons ' gloire d'hériter de lui, nous profiterons de son triste exem^» pie. Kous rendrons hommage, dans le passé, à tout C8 qui mérite la reconnaissance étemelle de l'hu* nuottté : et même , tout en blâmant les fautes de no^ pères , nous les excuserons en les comprenant. Nous D*oublieMns pas qu'ils ont marqué par une révolution à jamais admirable , malgré les souil«^ hires dont elle est entachée, cette grande période de l'humanité, où la raison deFhomme, découverte^ jadis par Socrate et ses illustres successeurs, ravivée par la Scholastique, proclamée en philosophie par Descartes, a reçu une sanction inébranlable dans des constitutions politiques , où désormais elle est écrite pour ne plus en être effacée. Mais aux pieds des autels de cette raison dont Socrate , Maton, Aristote , Bacon , Uescartes, Leibnitz, Kant,' Fichte , Hegel, ont été successivement les grands*' prêtres, nous ne nous laisserons pas, àFetempIé de nos pères, éblouir de ce prodigieux éclat. Le ver* tige ne nous prendra pas au miUeu des splendeurs^ dont èios esprits soat enivrés^ Âu-dessusde la raison humaine, planera toujours pour nous cette raison supréoM , étemelle, absolue^ dont nous ne sommet que les rayons réfléchis. Nous admirerons en si*^ lence les décrets de cet être qui nous domine , et? dont nous sentons partout l'irrésistible puissance; Noos ne croirons pas que <ktis cette route eSMf'^ pée, suivie par le genre humain, nous ÈOfotiÉ les siub qu'il ait fovoirisés de ses btenfiaits : nous né
288 iioiflitia PÀRTiB. — sBcnoir m.
croirons pas qu'il ait déshérité nos ancêtres , pas plus qu'il ne déshéritera nos fils , et notre soin le plus cher sera de bien comprendre le menreilleux héritage que nous avons reçu du passé, pour l'accroître encore , et le transmettre plus grand et plus utile aux successeurs à qui nous le devons.
Tel est l'oubli du - passé au dix-huitième siècle, qu'il se retrouve , non pas seulement dans la philosophie sensualiste j mais encore dans l'école écossaise qui , pour la France, a commencé la réac* tion contre la philosophie sensualiste. Reid^ malgré toute la justesse et la sagacité de son esprit ^ n'estime guère plus Aristote que ne l'estiment Goddillac et M. Destutt deTracy. Mais, du moins, il tente ime analyse de la logique , qu'il ne lit, da reste, qu'à moitié, comme il l'avoue naïvement Reid est encore porté contre le Stagirite du mauvais vouloir de Bacon , bien que parfois il le dissimule. Il doute que le philosophe, dans Aristote, l'emporte sur le sophiste; il prétend que pour cacher son ignorance , le Stagirite la couvre sous des mots barbares , et qu'il calcule son obscurité.
Par suite , sans doute, de ces préventions , Reid analyse avec la plus grande négligence les idées d'Aristote; et par exemple, il n'aocorde à la substance que quatre propriétés , et il croit reproduire en cela les idées de son auteur. U renouvelle l'accusation de plagiat qu'on pouvait croire à jamaii oubliée, et les Catégories appartiennent, selonM au pythagoricien Archytas. Elles ne tiennent en
DES TEKTATIYBS DE RÉFORUE.^-CHAP* XU. 289
rien à ce qui suit Bon plus que rHerméneia.Il expose le reste de la théorie aristotélique avec aussi peu de soin; et Fun des motifs qu'il en donne^ c'est que l'étude de TOrganon ne peut plus , aujourd'hui, £EÛre la fortune de personne : excellente raison pour un philosophe , de négliger la vérité parce qu'elle ne peut , ni lui donner de la gloire , ni lui faire des rentes. Reid mêle , en outre ^ à son exposition, la quatrième figure du syllogisme dont Aristote n'a jamais dit un mot , et les lettres techniques de la Scholastique, qui j du reste , suivant une de ses conjectures , les aura reçues par transmission de quelque disciple indiscret du Stagirite.
Je ne prétends pas pousser plus loin cet examen de l'analyse de Reid. Je ne crois pas qu'un seul juge compétent puisse en penser plus de bien que je ne ^ viens d'en dire. U est évident que Reid a parlé de chosesqu'ilneconnaitpasyetqu'il n'a pas assçz étudiées. L'histoire de la Logique et de l'esprit humain lui est d'une autre part aussi étrangère qu'à Condillac et à' M. Destutt de Tracy. L'école écossaise a suivi ces traces funestes jusqu'à nos jours. Mais à l'heure qu'il est , et sous les inspirations des fortes étades philologiques de l'Allemagne , l'école écossaise paraît destinée à prendre des développements tout nouveaux. C'est, comme je lai déjà dit plus haut, à M. Hamilton qu'elle les devra; c'est lui qui semble devoir lui donner cette connaissance-^u-r: dite et intell^ente de l'antiquité , qui manquait aux j^rofesseors écossais comme à tout te dix-haHième II. 19
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siècle. Il serait difficile de prévofr ce que ce mou- Tement produira un jour; mais nous souhaitons bien aincèrenient aux efforts de M. Hamilton toat le succès qu'ils méritent. Il est peut-être placé sur un sol ingrat , où la philologie et l'érudition n'ont pas été très fécondes depuis longt-temps ; mais il est impossible ^cependant ^ que ses travaux demeurent stériles, et, à défaut de l'Angleterre, c'est la France, c'est TAllemagne qui les feront fructifier.
Les conséquences extrêmes que Condillac et M.deTracy lui-même n'avaient pas tirées de lenrs principes, c'est un de leurs élèves, M. Thurot, qni les a nettement déduites; c^est-à-dire qu'il a nié, non seulement le syllogisme, mais aussi la Logique. Il a voulu la réduire, tout entière, k qodques r^Ies de Pascal, de Descartes, de Newton. Son ouvrage intitulé, de TEntendement , publié en 1 83a , ne doit nous intéresser qu'à cet ^ard.
J'aurais pu , en traitant de la Logique au dixhuitième siècle, parler de Diderot et de d'AIeoH bert; l'un a fait l'article Logique, dans FEnçydopédie; l'autre a dit quelques mots sur la Logique, dans ses Éléments de philosophie , et dans smi &* meux Discours préliminaire. Je n'ai pas cru devoir m'y arrêter ; ce que j'ai dit de Condillac, et de mm siècle en général, convient tout-à*Êiit à Diderot et à d'Alembert , dont je reconnais , au reste , les immenses services sous d'autres rapports. Je dois dire, cepradant, que rariide de INderot^ toot l^jer 'et incomplet qu'il est^ ne semMe pas i
DES TXinrATITtt DE Bl^FOElfC. — - CBAP. XU. 294
pour la science,* le profond dédain et Tignoraticeda passé, qui éclatent dans Condillac. D'Alemberty mttaché sans doute à la Logique par les mathématiques , eu a du moins montré nettement la place dans son Arbre encyclopédique.
La science de l'homme se divise, pour lui, en Logique et en Morale ; et la Logique elle-même de partage en : art de penser, art de retenir ses pen-^ sées , art de les communiquer. Cest à peu près le système de Bacon. De plus , d*Alembert distingue, dans Tart dépenser, quatre parties principdes: appréhension, ou science des idées ; jugement, ou théorie des propositions ; raisonnement, ou art de rinduction ; et enfin , méthode, ou démonstration. Cest , comme on le reconnaît sans peine , le cadre aristotélique tout entier : Catégories , Hertnéneia, syllogisme , démonstration. Mais d'Alembert s'en est tenu là, et dans ses Éléments de philosophie il n'a rien réalisé de ce prograuème. Il est à croire cependant que ces idées si vraies et si justes n'auront pas été complètement perdues.
Au dix-huitième siècle, il n'y a vraiment qu'un seul homme qui apprécie la logique d'Aristote i sa juste valeur , et qni l'étudié ; et cet homm^, que des travaux d'un autre genre beaucoup moins graves semblaient devoir éloigner de ceux-là, c^est Marmontel. Dans ses Leçons d'un père à se^ enfants sur la Logique, il a fait une analyse à peu près complète de l'Organon ^ et s'est surtout arrêté aux ' Analytiques et aux Topiques. Les citations
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qu'il fait parfois des textes prouvent qu'il les avait étudiés avec la plus grande attention ; et certainement cet ouvrage , fruit des dernières années de Marmontel et publié en 1 802 après sa morty n'a pas peu contribué à entretenir en France des idées plus saines sur la Logique. Marmontel exalte avec une baute admiration et avec une pleine justice le génie d'Aristote, qu^il défend contre les attaques de Port-Royal. Il justifie d'une manière ingénieuse et plausible l'idée et l'étude des Topiques, et sans entrer dans de longs détails, ce qu'il dit suffit toutefois, pour faire bien comprendre et l'importance de la science et la gloire de son fondateur.
Certes, cette direction des études de Marmontel est fort remarquable , et je ne doute pas que son livre, écrit d'ailleurs avec la facilité et la netteté qui distinguent tous les siens , n'ait exercé une heureuse influence. Du moins, il est à mes yeux le premier symptôme d'une résurrection philosophique qui se continue, bien qu'avec on fort mélange de condillacisme , dans l'ouvrage de M. de Gérando sur la Génération des connsôssances humaines , dans le rapport trop peu connu de M.t)acier à Napoléon en 1 8 10, dans les travaux, malheureusement restés sans publication, de M. Royer-Collard , jusqu'à ce qu'enfin cette rénovation trouve un énergique et infatigable promoteur dans M. Cousin.
De nos jours, il n'est point de logique ^ui|
DES GÉOldsTRKS-LOGIClENS. — CHAr. XIU. 205
laissant de côté l'ancien programme des écoles normales, ne reprenne et n'expose, avec plus ou moins de détail, la théorie du syllogisme. L'un des livres les plus récents et les plus distingués à cet égard est celui de M. Genty, professeur de mathématiques. Ses éléments de philosophie , publiés en 1824 9 donnent une exposition complète, et neuve à.guelques égards, delà théorie du syllogisme, <mn 'î^ apprécie dignement toute Timportance. L'ouvrage de M. Perrard (Logique classique, Paris, 1827, in-8°), bien qu'entaché d'un esprit de parti très violent , qui doit paraître au moins fort déplacé dans un tel lieu, est conçu pour la théorie du raisonnement, sur les mêmes principes que celui de M. Genty ; mais il est moins complet. Enfin , je citerai la logique toute récente de M. Daniiron, où la théone du syllogisme est considérée comme une acquisition désormais in-^ ébranlabie de la science.