‹ De la logique d'AristoteChapitre 212 sur 244 · f TROISIÈME PARTIE. — SECTIO.N Ul · texte numérisé non relu

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après le plus profond et le plus sérieux examen » comme une science faite et désormais acquise à l'esprit humain. Il déclara qu'elle était complète et que les siècles n'y avaient rien ajouté et n y ajouteraient rien. On peut voir en effet que la logique de Kant, publiée sur ses cahiers et sous sa direction par Jœschéy est toute aristotélique. Ainsi, aux yeux du philosophe de Kœnigsberg, la théorie du raisonnement était achevée; elle Favait été par l'inventeur lui-même. Aussi tout son effort porta-t-il ailleurs; du raisonnement, il remonta à la raison elle-mcme, et de là, toute la théorie de la raison pure, c'est-à-dire, de la raison dégagée de toute application, de la raison en elle-même et dans SCS formes essentielles. C'était la question de l'origine des idées posée par les écoles de Locke et de Condillac, mais développée et approfondie par un esprit de premier ordre.

Ce n'était plus là, comme on voit, le terrain d'Âristote, ou du moins, les théories de Kant ne se rattachaient plus à celles du philosophe grec que par l'ontologie. Les Catégories placées sur la limite de la Métaphysique et de la Logique élsôent le point de jonction , et c'est en effet sur les Catégories que s'exerça toute la puissance du génie de Kant. Les Catégories, dans Aristote,étaientpresque entièrement objectives; Kant au contraire les objectiva, pour nous servir de la terminologie nonvelle, et désormais indispensable, de la philosophie allemande. De là, toute la théorie fondamentale

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(lu Criticisme et les quatre idées primordiales de la raison : quantité, qualité , relation et modalité , avec les douze formes de jngement^dDécessaires, qui sortent trois à trois de chdtune de ces idées.

On voit donc qu'au-delà de la science créée par Aristote, Kanten fondait une toute différente, qui était antérieure et supérieure à l'autre. Au-dessus du raisonnement, étudier la raison même et le mode nécessaire de la connaissance , tel fut l'objet de Kant. Si l'on se rappelle ce qui a été dit plus haut, dans l'exposition de la Théorie de la connais* sance d'après Aristote , on reconnaîtra sans peine que l'importance suprême donnée à l'entendement par le Stagirite , est un des premiers anneaux de cette théorie transcendentale, qui est bien un légitime produit de la science , et que Kant a eu la gloire de systématiser le premier. On peut dire qu'il a ouvert à l'intelligence humaine un champ tout nouveau; et les travaux qui ont suivi l'impulsion de Kant depuis cinquante ans, promettent à l'avenir la plus splendide moisson.

Fichte, emporté par son idéalisme enthousiaste, Schellirrg, paf son naturalisme transcendental, ont l'un et l'autre négligé la Logique. Quelques-uns de leurs élèves , il est vrai , ont essayé de la traiter pour eux; mais il n'y a eu là ni originalité, ni développements remarquables.

C'est avec Hegel que commence véritablement, vers i8ia,une phase nouvelle de la Logique. Kant, renfermé dans les Catégories de l'entendement IX. ao

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pur y avait bien essayé la transition de la pensée transcendentale aux lois du raisonnement; il avait fait une distinction profonde entre les jugements d'analyse et ceux ^e synthèse , les premiers dans lesquels Tidée du prédicat ou attribut n'ajoute rien à Fidée du sujet , que seulement elle développe; les seconds y où l'attribut ajoute quelque chose à l'idée du sujet. Mais telle avait été la direction des recherches deKant, qu'elles menaient nécessairement à un idéalisme absolu , et qu'elles n'allaient à rien moins qu a nier le monde extérieur. C'était confiner la logique dans le domaine de l'entendement y sans lui donner aucune valeur ontologique. Ces conséquences furent rapidement tirées de la doctrine kantienne; et le maître lui-même eut beau se défendre contre elles et renier l'idéalisme transcendental de Fichte, l'histoire de la philosophie ne pourra cependant point l'attribuer à d'autres que lui. L'idéalisme de Fichte était le résultat légitime du Criticîsme. Dans les discussions que sof^leva le système de Fichte, Bouterwerk , Krug et Bardili se distinguèrent surtout, en revendiquant contre lui tes droits de la Logique oubliée et méconnue. Bardili eut la gloire de tenter le premier une alliance de TOnto* logie et de la Logique, et prépara les voies à HégcL Schelliug , qui devait opérer une réaction contra les abstractions de Kant et de Fichte, ne fit que les accroître encore; mais du moins il dégages plus nettement l'opposition apparente de la penifa

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et de Tobjeti et il essaya de les confondre dans un ternie plus élevé, dans l'absolu, qui n'est ni la pensée ni l'objet, mais qui est à la fois l'un et l'autre « comme le milieu d'Aristote n'est aucun des extrêmes , bien qu'il les réunisse et les confonde. Schelling rendit du moins à la philosophie allemande ce grand service, de la rappeler à l'étude de la nature , trop négligée par les écoles antérieures. L'enthousiasme tout platonique qu'il y porta, fit, pour la nature, ce que le Criticisme de Rant avait fait pour les notions de l'entendement pur. Sur les pas de Schelling, le génie allemand retrouva le second des deux grands termes que Fichte et Kant lui avait fait perdre ; il retrouva le monde extérieur. Mais l'ivresse des spéculations , qui se traduisit bientôt en apostasies religieuses et en poésie cosmogonique , avait enlevé à Tétude de la philosophie toute rigueur et toute régularité.

^égel, au milieu de ce tourbillon étincelant, où le vertige prenait à tant de têtes, eut la force de s'arrêter. Il conçut le vaste projet de réunir toutes les directions éparses de la philosophie et de les centraliser dans un système qui les comprit toutes. On ne peut pas dire qu'il y ait complètement réussi, et déjà le faisceau qu'il avait uni tend à se séparer de toutes parts; mais du moins sa tentative n'a point été stérile, et produira cer- ' tainement de grands résultats. Le point de départ de Hegel, c'est l'idée, se développant dans l'homme,

comme elle se développe dans le monde de la nature et celui de l'histoire. L'être et la raison, l'Ontologie et la Logiqne se confondent.

Voici le point fondamental de la doctrine de Hegel : la pensée que l'homme porte en lui, et qui le fait cause, ou , pour prendre le langage hégélien, l'idée (efcr Begriff)^ est l'être en soi, et pour soi, l'être qui se connaît lui-même et se saisit. La cause qui anime le monde n'est pas autre que la cause qui nous anime nous-méme. Or, cette cause, il nous a été donné de la penser et de la connaître (vovfai; vorfccw;). Par la connaissance de l'idée s'appliciuant à elle-même et à ses lois fondamentales, nous arrivons à la connaissance du monde et de Dieu. La Logique et l'Ontologie ne sont donc qu'une seule et même chose.

C'est là, peut-être, l'idée la plus hardie et la plus avancée que la philosophie ait atteinte jusqu'à ce jour, et pour notre part, nous la croyons profondément vraie. Elle est déjà en germe dans Kant, dans Fichte, dans Schelling, dans Bardili, malgré leurs oppositions apparentes. Hegel eut assez de puissance pour ne point tomber dans Tabime d'idéalisme où cette idée semble tout d'abord conduire. Il rétablit la rigueur de méthode que ses rivaux avait trop oubliée, et Tune des sanctions les plus belles et les plus graves de son système a été la fondation définitive de k philosophie de l'histoire.

Je crois que de ce mouvement de la philosophie

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allemande, de Kant à Hegel, doit sortir un développement tout nouveau de pensée. Â mon sens, c est une des phases les plus importantes et les plus décisives de l'esprit humain. Au milieu des nuages qui voilent encore pour TÂlIemagne ellemême ces éblouissantes théories, et que l'esprit français ne tardera pas à percer/iil apparaît une lumière aussi féconde que l'a été jadis celle d'Élée, cachée aussi , à la naissance du monde grec , sous la métaphysique et sous une ontologie enthou* siaste. De cette pensée allemande, qui vit si près de nous et qui nous est cependant si étrangère , nous ne connaissons encore réellement que ce que nous en a raconté' un illustre professeur. Grâce à ses inspirations ^ nous avons appris à estimer nos voisins, à les admirer, comme nous avons appris aussi à nous tenir en garde contre l'obscurité et les écarts de leurs abstractions. Bientôt, grâce à l'initia tivëque vient de prendre l'Académie des Sciences morales et politiques, la France pourra donnerune juste valeur à tous ces systèmes; et le magnifique sujet que l'Académie propose à l'examen des esprits sérieux, éveillera sans aucun doute l'ardeur d'études qui n'attendaient que cette noble excitation. La gloire de la philosophie allemande ne peut que s'en accroître, et la pensée française elle-même y fera un large profit.

Mais on le voit, avec Hegel , la Logique a complètement changé de domaine; elle s'est prodigieusement agrandie, ou, pour mieux dire, elle a

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tout absorbé, rhoinine , la nature et Dieu. Qu'est devenue cependant la logique péripatéticienne? a-t-ellc péri dans ces gigantesques conception8?Non sans doute, elle ne pouvait périr. Hegel aussi bien que Kant, l'accepte tout entière; comme lui, il déclare que c'est une science faite de toutes pièces. Plus que Kant kii-ménie, Hegel admire Aristote auquel il a fait les plus vastes et les plus graves emprunts. C'est Hegel qui a rétabli , Ton peut dire, la gloire du Stagirite, et il n'a pas craint de proclamer hautement que, parmi les anciens, il était le plus digne d'étude; il l'a proclamé l'instituteur du genre humain ; mais il a dit aussi que le trésor d'Aristote était aussi peu connu qu'il était précieux. Sur les pas de Hegel , et à son exemple, la philologie et la philosophie allemandes ont, depuis quelques années, commencé sur les œuvres du philosophe grec les plus sérieux et les plus beaux travaux. Cette direction £é* conde a trouvé en France d'énergiques soutiens, et c'est encore ici M. Cousin qui nous a donné l'exemple et l'impulsion, comme il l'a fait pour toutes les parties de la philosophie depuis Platon jusqu'à Proclus, Abeilard, Descartes et Hégd.

Ainsi donc, la logique d'Aristote, loin d'être ébranlée par les travaux de la philosophie allemande, en a reçu au contraire une consécration nouvelle; seulement elle aétédépassée, agrandie; mais elle n'en subsiste pas moins , et, dans le do* maine jadis si vaste , aujourd'hui plus reatrtiat

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qu'elle avait embrassé, elle est reine et le sera éternellement. C'est par l'entendement et les catégories que la philosophie moderne a fait sa voie j c'est-à-dire par l'Ontologie. Quant aux règles du raisonnement, telles qu'Aristote les a tracées il y a vingt-un siècles, elles sont désormais à l'abri de toute atteinte. Toutes les écoles sans exception j d'Abeilard à Hégei , les ont sanctionnées par un suffrage unanime et irrécusable.

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