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CHAPITRE DEUXIEME

Analyse des Catégories.

Les commentateurs grecs et latins , et , à leur suite, tous ceux du moyen-âge et de la Renaissance, ont en général divisé les Catégories eD trois parties distinctes , qui sont en e£Eel

X. Voir plu loin dans cette partie^ Topîq. , fin do Uftû 4* 9. Voir pins loin, dtni là 3* ptrtie , ch. 6.

AMALTtE DES CATÉGORIES. —CHAP. U. '144

nettement tranchœs dans l'ouvrage lui-même. bien qu'aucune indication formelle ne les établisse. La première est appelé Prothéorie, la seconde y Théorie, et la dernière, Hypothéorie, c'est-à-dire: Préliminaires de la Théorie, Théorie, et Appendice *de la Théorie. Cette division est à conserver parce qu'elle est exacte, et Ton se gardera d'y rien changer ici. La Prothéorie correspond aux trois premiers chapitres des éditions ordinaires , et comprend des définitions de diverse espèce, la division des mots, selon qu'ils sont unis ou séparés , et enfin les règles les plus générales de leurs rapports , comme sujets et attributs. LaThéorie proprement ditecomprend, du chapitre quatre au chapitre neuf inclusivement, l'énumération et l'examen des Catégories, traitées, selon leur importance^ avec plus ou moins de développements. L'Hypothéorie , ou appendice de la théorie, renferme le reste du traité , c'est-à-dire une explication détaillée de plusieurs expressions employées dans les Catégories , et tout-à-fait rîécessaires à qui ^eut les bien comprendre. C'est là cette troisième partie qu'Andronicus de Rhodes prétendait rejeter, Biais à tort, comme on l'a vu plus haut.

Dés les premières lignes du traité des Catégories, ^ manière vive, serrée, et l'on pourrait dire, impérieuse , d'Aristote, se peut aisément apercevoir. Il aborde son sujet par des définitions qui ^. s'y rattachent que de très loin , et dont il ne

442 DEfJXièMC PARTIE. — SECTION I.

prend pas la peine de montrer la liaison avec C( qui va suivre :

Les choses sont dites homonymes (ô(x.(âvu(ta) quand leur appellation est la même , et que leiu définition essentielle est dififérente (ô >oyo; t^ç oùaiaç) Ainsi un homme réel et un homme *en peinture sont» homonymes; car Thomme réel et l'hommi peint reçoivent le même nom^la même appellation mais leur définition essentielle est toute différente

Les choses sont synonymes (mjv(ovii(ia)y quanc elles reçoivent le même nom et la même définition: homme et bœuf sont synonymes en tant qu'am* maux; car ici le nom et la définition de l'homme et du bœuf 9 en tant qu'animal l'un et l'autre, sont essentiellement identiques.

Les choses sont pardtaymes ou dérivées ( Tropéivti|xa)y quand leu;' nom est tiré d'un autre mol dont le leur ne diffère que par la terminaison: comme grammairien de grammaire.

Cette introduction des Catégories a donne lieu, parmi les commentateurs grecs , à une discussion qu'il serait, aujourd'hui même, difficile de vider bien complètement. S'agit-il ici des mots ou des choses mêmes qu'ils représentent? On peut voir dans Ammonius, dans David ^, dans Simplicius , que cette question n'est pas sans impor<« tance ^ et que les deux opinions contraires ont été soutenues par des noms illustres. Elle a été traii-

X . On troaveni dans les annexes k ce Mémoire , le résnmé qu'a fipil David de tonte cette discussion.

chée en faveur des choses, dans la courte analyse qu'on vient de lire; mais il est bon de déclarer que le texte même d'Aristote où l'expression est tout-à-fait indéterminée (ôjiwvujia, <n>v(oYtjjjt.aXeyeTai), peat prêter à une double interprétation , et qu'ici l'on pourrait entendre également que ce sont les mots qui sont appelés homonymes, synonymes et paronymes. Il est certain que dans le reste du traité, il s'agit plus des mots que des choses; mais la double nature, logique et ontologique, des Catégories, est cause de l'incertitude , et l'on peut à la fois comprendre, mais sous des points de vue différents, qu'il s'agit des choses et qu'il s'agit des mots.

Du reste, on verra plus tard , par l'analyse des autres parties de l'Organon , et la suite même de ceUedes Catégories , de quelle importance est cette doctrine préliminaire. Aristote en fait, dans ses divers ouvrages, un fréquent emploi, et l'on pourrait citer notamment Métaphys., liv. 3, ch. 2^ p. ioo3, a, 33; Mor. , Nicom. , liv. 5 , ch. a , p. iiag, ^t aj; Physiq., liv. 7», chap. 4> P- ^48, b, 16; etc., etc. *

Comment cette doctrine se rattache-t-elle à la suite du traité? Sur cette question, les commentateurs sont en général muets, et certainement die n'est point aisée à résoudre. Un examen ^Wentif m'a amené à cette conclusion , qu'Aristote a voulu spécifier ici la nature propre des ïïotions qui forment les Catégories, en traçant

I** Les rapports des espèces entre elles, d*api lation pareille sous un même genre , mais d'esse distincte; 9t^ les rapports des espèces à leur gei recevant, sous cette relation, un nom identi* et une définition semblable. Les espèces sont ei elles homonymes, et elles sont synonymes relat ment à leur genre. Les paronymes sont une > tinction à la fois réelle et grammaticale.

Cb. 2 , p. I , col. a, lig. i6. Les mots peuv être unis ou séparée : l'homme court, par exem| ou bien, homme, court, sans que ces deux n soient unis. Cette distinction mérite une attent spéciale ; elle sert à séparer nettement les Q gories du Traité du langage. Dans les premièi il ne s'agit que des notions exprimées par les no séparés (aveu oujjltu'Xoxïç) ; dans le second, contraire, c'est la combinaison des mots eu eux (tôv xaTa ^jjltu^oxtIv ^eyojiÉvcov), et leurs i ports, qui sont examinés.

Or, les choses qui servent de point de dépi et d'appui aux mots, se présentent, dans le relatioiji^ entre elles, sous Quatre aspects différei

i^ Les unes peuvent être attribuées à un si (xaO* Ù7rox£i(iivou >iyeTai), mais ne sont elles-méi dans aucun sujet. Ainsi, homme se dit de homme, de tel individu homme, et lui est tribué, mais ne se trouve cependant dans au( sujet; car quel est le sujet réel d'homme?

0? D'autres peuvent être dans un sujet, n'être attribuées à aucun sujet. Âristote enti

dPune chose qu'elle est dans un sujet, lorsque , sans y être comme simple partie, elle ne pourrait subsister sans ce sujet même (èv jTroxstjJLevû} 8ï ^éyco 0 & Tivt JI.Y: taç [xepo; urapy ov âouvarov /^wpU thcti toO èv i içiv). Ainsi , la grammaire est dans Tâme de rhomme, dans l'esprit humain ; elle y est comme dans son sujet, sans en être cependant une partie essentielle; et de plus, la grammaire ne saurait être dite d'aucun sujet (xaô* uT^oxeijjLevou 5è où&evoç W^Tai. )

'3® D'autres choses peuvent à la fois se dire d'un sujet et être dans un sujet : ainsi , la science est dans mi sujet qui est Tinlelligence humaine; et de plus, elle peut être attribuée à un sujet, à la gramniaire, par exemple.

4^ Enfin, certaines choses ne peuvent, ni être dans un sujet, ni être attribuées à un sujet. Ce sont eu général les individus et les unités (à7u>.<ôç 8ï*tx «îofia 3tal £v âptOjjLco) : pourtant quelques-unes peuvent être dans un sujet, mais aucune ne saurait absolument être attribuée.

Cette théorie est de la plus haute importance , puisque c'est, comme on toit, celle du sujet et deTaltribut, des rapports généraux et réciproques des choses entre elles.

Aristote distingue ici deux sujets différents , Inn, dans lequel la chose est, l'autre, dont la cbose peut être dite. Le premier de ces sujets est ce que Ton a nommé plus tard le sujet d'inhérence 'Mibjectum inhœrenliœ ou inexistentiœ , en grec

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