I. lO
446 DEUXIÈME PARTIE. — SECTIOM I.
Tfiç Oîràp^ccDi;) : le second, le sujet d^attribution (suljecium prœdicationis , en grec t^ç xanfiyopiaç ). Ici se représente encore le double caractère des Catégories, puisque le premier de ces sujets est réel, physique, tandis que Tautre est tout moral, tout logique.
Après avoir exposé ce que sont en eux-mêmes le sujet et l'attribut, Aristote passe à leurs rapports , et établit comme règle générale :
Que, lorsqu'une chose est attribuée à une autre, prise comme sujet, tout ce qui s'applique à l'attribut s'applique également à son sujet. Ainsi, homme peut être attribué à tel individu, mais animal l'est à homme : donc animal sera également l'attribut de l'individu ; car un individu homme est à la fois homme et animal.
Puis, Aristote ajoute deux remarques à cette règle générale, c'est que : i® dans les choses de genres divers , et non subordonnés entre eux , les différences sont aussi d'une autre espèce ; a^ dans les genres , au contraire , qui ont entre eux quelque rapport de subordination (tûv W oXXYiXaTeTûcypivcDv), les différences peuvent être identiques. Ainsi, pour l'animal et la science qui sont de genres divers et non subordonnés, les différences^ sont spécifiquement autres, puisque l'animal es^ ou terrestre, ou aquatique, ou volatile, diiE^ rences qui ne vont pas du tout à la science : dans les genres subordonnés, au contraire, toutes les
A1UI.TSX DES CATEGORIES. — ClIAP. II. •147
différences de l'attribut peuvent être en nombre égal celles du sujet lui-même.
ll^est besoin de faire remarquer ici que cette doctrine se lie intimement à celle du Syllogisme , et lui est tout-à-fait indispensable. C'est la base de la £ameuse règle de omrU et de nullo , xaTa
Après avoir ainsi classé les choses qui peuvent servir de sujets et d'attributs , et par conséquent aossi les mots qui les représentent , Aristote re- ^t à la division qu'il a faite plus haut entre €eux-ci , et il pose en principe que les mots , pris séparément , ne peuvent exprimer qu'une des dix choses suivantes : i^ substance; n^ quantité; 3*^ qualité; l\^ relation; 5° lieu; 6° temps; 7" situation; 8^ manière d'être ; 9** action; lo*' passion ou souffrance: Par exemple, la substance, c'est homme, cheval; la quantité: de deux coudées, de trois coudées (^ittyi^u , TpiTnjjj^u) ; la qualité : blanc, gramnaatical ; la relation : double , demi , plus grand; le lieu : dans le Lycée, dans la place publique; le temps : hier, demain; la situation : il est couché , il est assis ; la manière d'être : il est chaussé, il est armé; l'action : il coupe, il brûle; b passion ou souffrance : il est brûlé, il est coupé.
Voilà la proposition fondamentale des Catégories. Comment Aristote y est-il arrivé? Rien ne nous fapprend. Il faut ici l'accepter telle qu'il la donne, *Uif à en apprécier plus tard la réalité et la valeur.
Ainsi, Aristote parti de simples distinctions
entre les choses et entre les mots , arrive à cette conclusion que les mots, indépendamment de leur combinaison, dont il s'occupera plus tard, ne peuvent représenter les choses que sous dix aspects différents; et comme les mots ne sont que l'image des choses (ôuiouoaaTa, cuilSoXx tôv xpoyjjiaTcov. — De Interpret., ch. i , p. 16, a, 7 ), il s'ensuit que les choses , ou pour prendre le mot qui les comprend toutes , l'être , ne peut avoir que ces dix modes d'existence. Ce sont donc à la fois les catégories de la pensée et les catégories de l'être (ai
xaTT^yoptat tou ovtoç).
Aristote ajoute que les mots pris h part, comme ils le sont' ici, n'expriment ni vérité ni erreur, et ne forment par conséquent ni affirmation ni négation , puisque toute affirmation et négation doit être vraie ou fausse.
C'est avec cette énumératîon des Catégories que commence la Oewpta proprement dite, c'est-adire la seconde section des commentateurs^ et l'examen détaillé des catégories»
Catégorie de la substance , Tj t^; oicia; KarTiyopia.
Ch. 59p.2,a, ii.La substance, proprement dite, la substance première et supérieure, est celle qui ne peut ni être dite d'un sujet, ni être dans un sujet; ainsi, un homme, un cheval.
La substance réside donc essentiellement dans l'individu, et n'est point ailleurs, comme l'avaient
ANALTSB DES CATÉGORIES. — CHAP. 11. 44i)
prétendu Platon et dautres écoles. Aristote, sans désigner ici son maître , l'a certainement en vue, comme le prouvera bien mieux encore la suite de cette discussion.
La substance se divise en substance première et substance seconde : la première comprend les individus; la substance seconde comprend, d'abord les espèces dans lesquelles se répartissent (wapyoj- «v) les substances premières, les individus ; et ensuite, les genres de ces espèces (TaiÎTà Te xal tix tûv Mm TOUTOJV yév>î).
Les premières substances sont la base et le principe de tout le reste ; cai^Ues servent à tout de sujet, ou d'attribution, ou d'inhérence (xà 5*aX>.a wwra -ÎTOi xaO' uTroxcijJLevcov "kéyzTon tôv içpwTwv oùgiwv % h u7rox£t(jLévatç aÙTatç cçtv. ) Sans elles , rien ne serait (p.*^ oOdôv ouv tôv irpcircov oùaiôv â^'JvaTov tôv ûXwv Ti eïvai.)
Ainsi, le particulier (yk xaô* exaç-a) , l'individuel , est, pour Aristote, le fondement de toute sa doctrine, tandis que, pour Platon, c'est au contraire le général, l'universel. Il est impossible de trouver une opposition plus complète.
L'espèce est plus substance que le genre, car elle est plus voisine de la substance première, («Iflfwv tK; t^ftarriç oO<Tta;) de l'individu. L'espèce est âu genre ce que la substance première est à l'espèce: l'espèce sert de fondement au genre (i/îroxeÎTai y^ To eï^oç Tc^ Y^vei). C'est qu'en effet pour définir h substance première , un individu homme^ par
exemple, on se fera beaucoup mieux compn en prenant l'espèce homme qu'en prenant le \ animal.
Du reste, les espèces ne sont pas, l'une tivement à l'autre, plus ou moins substa elles le sont également (ov^àv [jiaXXov ïrepov oùffta èçi^); et de même, les substances pren ne le sont entre elles ni plus, ni moins: l'hoi le bœuf, sont également substances.
Après les substances premières, on ne si compter d'autres substances que les subst secondes, espèce et genre, parce que s< parmi les attributs, elles désignent la subs première. Ainsi, la définition de l'homme l'animal , qui sont l'espèce et le genre d'un ind homme, conviendra encore à l'individu; nn définition d'aucune autre chose ne lui convie De plus, les substances secondes, les espèc les genres, sont à tout le reste ce que leur se substances premières : elles sont les sujets Ai les accidents.
3, a, 7. La substance ainsi divisée, Aristote à ses propriétés , et lui en reconnaît six , qui a tiennent, soit à la substance première, soi substance seconde.
La première propriété de la substance, et qui en quelque sorte la constitue puisq figure dans sa définition même, c'est de i dans aucun sujet. Cette propriété convient à la substance, première et seconde. La pren
ANALYSE DES CATÉGORIES. — CHAP. II. -l54
en effet, n*est ni dans un sujet, lû diîe d'un sujet; la seconde n'est pas dans un sujet, mais elle peut être attribuée à un sujet , c'est-à-dire à la première, sjnonymiquement. Mais , peut-on dire, cette propriété de n'être point dans un sujet, n'est pas spéciale à la substance; elle appartient aussi à la différence qui n'est non plus dans aucun sujet. Aristote répond que la différence est comme la partie dans le tout, relativement à l'espèce qu'elle constitue; et Ton a vu ( p. 1 45) qu'il a formellement établi ne point entendre ainsi l'expression d'être dans mi sujet; donc, la différence ne saurait être regardée comme une véritable substance.
La seconde propriété de la substance , propriété qui du reste est essentiellement commune aux différences, c'est que « tout ce qui provient «d'elles est dit synonymiquement (3, a, 33); en « effet , toutes les catégories , toutes les attri- « butions qui en dérivent, s'appliquent ou à des < individus ou à des espèces. Pour la substance » première, il n'y a pas d'attribution possible, < puisqu'elle ne se dit jamais d'un sujet; mais dans « les substances secondes , l'espèce est attribuée «à l'individu, et le genre l'est à l'espèce et à «llndivîdu, et de même les différences sont «attribuées aux espèces et aux individus. Les ■substances premières reçoivent la définition des ■espèces et celle des genres, comme l'espèce «reçoit celle du genre. Tout ce qui est dit de Tat- « tribut se dit en effet également du sujet; de
« même encore, les espèces et les individus ad- <c mettent la définition des différences; or , on a €c dit ci-dessus que les synonymes étaient ce dont a l'appellation était commune et la définition « identique ; il s ensuit donc que tout ce qui « dérive des substances et des différences est « nommé par synonymie. »
3, b, 10. La troisième propriété de toute substance, c'est de désigner quelque chose de réel (to 8é Tt oyjpLaivgtv ). Ceci est incontestable pour les premières, puisque ce qu'elles désignent, c'est l'individu. Pour les secondes, il ne faut pas se laisser tromper à l'apparence. Elles semblent bien désigner, par la forme même de leur appellation, homme , animal , quelque chose de réel ; ce serait plutôt une qualité qu'une essence (i'k'kx [aoXXov TCotov Tt <r/)[jt.atv£t ). Le sujet ici n'est pas simple comme pour les substances premières; il est, au contraire , fort multiple ; mais il ne faut pas croire non plus que ces substances secondes désignent une simple qualité; elles déterminent la qualité en substance (to &è eïSo; xal to y^voç irepl oùaïav TO Tuotov a<yopî^£t). Elles désignent une substance qualifiée; carie genre est plus large que l'espèce, puisque le terme d'animal a certainement plus d'étendue que celui d'homme.
3, b, a4* La quatrième propriété de la substance , c'est de n'avoir point de contraires ; qu'y a-t-il en effet de contraire à l'individu, àThomme, à l'animal? Cette propriété, du reste, n'appartient
pas seulement à la substance. Bien d'autres catégories la possèdent aussi, et, entre autres, celle delà quantité discrète. En effet, qu'y a-t-il de contraire à un nombre ?
3,b, 33. Une cinquième propriété, c'est que la substance n'est susceptible, ni de plus, ni de moins. Une substance n'est ni plus ni moins substance qu'une autre substance ; elle n'est ni plus ni moins, ce qu'elle est. La substance homme n'est ni plus ni moins homme, dans tel cas que dans tel autre, etc.
n faut se rappeler ici que quand Aristote a dit que la substance première é^ait plus substance <{uela substance seconde, que l'espèce et le genre, il parlait, comme on voit, d'ordres différents de substance, tandis qu'il parle maintenant de la substance en soi, prise dans le même ordre.
4, a, lo. Enfin, la dernière propriété de la snibstance, c'est que, tout en restant identiquement une, elle peut recevoir les contraires, par un ample changement survenu en elle. Celte propriété est tout-à-fait spéciale à la substance ( jjLaXiça «ï4wv 5oxet eîvai TYiç oudiaç); elle appartient en outre i toute substance; c'est donc la propriété complète : omni et solL
Ch. 5, p. 4* a, '2 1 . «La substance a donc cette pro- '^ priété spéciale que tout en restant unique et la '^ même , elle peut recevoir les contraires. Or, rien *< dans la nature ne présente ime propriété pareille, * à moins qu'on ne soutienne que la parole et la
454 JSiËVXiiSMR PARTIt. — SECTION I.
« pensée peuvent aussi recevoir les contraires , « une même assertion semblant en effet pouvoir a être vraie et fausse: par exemple , si Ton dit avec ce vérité de quelqu'un assis, qu'il est assis, cette (c assertion deviendra fausse, si cette personne ce vient à se lever; et la pensée serait ici dans le t( même cas que la parole; car si Ton pense vrai ce en pensant que quelqu'un est assis, cette pensée «deviendra fausse si cette personne se lève, et ce queFon conserve, relativement à elle, la première ce pensée. Même en admettant la réalité de cette ce objection , il n'y en a pas moins ici une difFé- « rence dans la forme. C'est qu'en ce qui concerne a les substances, elles ne sont susceptibles des ce contraires que par suite d'un changement qu'elles ce éprouvent elles-mêmes: ainsi, le corps qui de ce chaud devient froid a subi un changement, ce puisqu'il est autre; ou bien, de noir devenant a blanc, de mauvais devenant bon; et de même ce pour tous les cas où les choses ne reçoivent les ce contraires, qu'en subissant elles-mêmes des roodice fications. Au contraire, la parole et la pensée ce demeurent absolument et toujours immuables, ce et les contraires n'existent pour elles que parce ce que l'objet lui-même vient à changer. Cette ce assertion que quelqu'un est assis, n'en demeure ce pas moins toujours la même; c'est seulement ce parce que l'objet vient à changer qu'elle est a tantôt vraie et tantôt fausse. La pensée est ici <r comme la parole. Ce serait donc utie ptopriété
ANAIT8E DES CATÉGORIES, — CHIP. H. 159
«de la substance, et qui hii serait spéciale, au moins pour la forme, que d'être susceptible des contraires par un changement qu'elle éprou- Tprait en elle-même; et, en ce sens, il n'est pas exact d'admettre que la parole et la pensée puissent recevoir les contraires. On doit dire, qu'elles sont susceptibles des contraires, non parce qu elles reçoivent elles-mêmes quelque modification, mais parce que quelque chose d'extérieur vient à être modifié. C'est uniquement parce que l'objet est ou n'est pas de telle façon, que l'assertion peut être aussi dite vraie ou fausse; ce n'est pas du tout parce que la parole elle-même admet les contraires. La parole, la pensée ne sont sujettes à aucun changement, et s'il n'en survenait point dans les objets mêmes, elles ne recevraient en rien les contraires; mais la substance est dite susceptible des contraires parce que c'est elle-même qui les reçoit. Elle reçoit en effet et la santé, et la maladie, et la blancheur, et la noirceur; et c'est parce qu'elle subit toutes les modifications de ce genre , qu'on dit qu'elle reçoit les contraires.
« Ainsi, la propriété spéciale de la substance serait, tout en ne perdant rien de son unité et de son identité, de recevoir les contraires par ttn simple changement survenu en elle. » Ainsi donc, des six propriétés de la substance, quatre lui sont communes avec plusieurs autres iiotions; mais deux, la troisième et la sixième , ne
456 DEUXIEMS PARTIE. *-« SECTION I.
sont qu'à elle seule, avec cette différence touteft que la troisième n'est pas à toute substance , qu'il n'y a que la ^sixième qui soit à la siibstanc soli et omni. Aussi est-ce la propriété principa ( (xo^iç-a tJww ) , bien qu'Aristote ne l'ait énumér qu'en dernier lieu.
Ici, l'on ne peut s'empêcher de faire une r marque, sur laquelle, du reste, on reviendra pi tard avec étendue, mais qu'il est bon déjà d*i; diquer, c'est l'admirable délicatesse et la sagaci profonde de cette analyse de l'idée de substanc Ce qui mérite surtout attention , c'est qu'en y r gardant de près , on peut se convaincre que rii ici ne porte ce caractère de subtilité si souvei reproché aux Grecs , et particulièrement au St girite. L'idée dont il part, et qui résume tou cette Théorie de la substance, est extrémeme simple et claire : hors de l'individu , il n'y a réell ment rien. L'espèce et le genre , loin de lui et supérieur, reposent sur lui comme ils vienne de lui ; sans lui , ils ne seraient rien. La substan* première , l'individ u , est la substance vraie (tq xupi Tara Te xat TTpwTcoç xal (JLa>.i7a >.£YO(i£vyi ) , la seule q mérite réellement ce nom. Les autres ne so: que des Xoyoi, des notions, des mots; elles neso: substances, selon l'expression descommentateiii que é'770(x.^va)ç y à la suite. La substance premier au contraire, est quelque chose en soi; c'e quelque chose d'isolé, x^i^^^ '^^\ ^^ reste n'exis que par abstraction, non seulement dans les su
ANALYSE DIS CATÉGORIES. -* CHAP» ». iVl
Stances secondes, mais encore dans toutes les autres catégories.
On s'est étendu , peut-être un peu trop longuement y sur cette théorie de la substance; mais c'est d'abord a cause de sa valeur ^Aopre , et ensuite, pour donner une idée de la manière si originale, si sagace et si profondément vraie, d'Aristote. On sera un peu plus bref sur les catégories qui vont suivre, parce qu'elles ont moins d'importance. Du reste, les trois principales : la quantité, la relation et la^ qualité, sont exposées d'une manière aussi remarquable et aussi complète.
4> b, ao. Catégorie de la quantité ^ Ka-noyopia to5
Aristote n'a point défini la quantité; mais, comme il établit que la parole est évidemment de la quantité, puisqu'elle se mesure par les syllabes brèves et longues, ()taTa[jLÊTp£ÎTai yàp eyuXXaêTj ppaj^eia X» |Axxpa) , il s'ensuit que, dans sa théorie , la quantité est proprement ce qui est susceptible de Dicsure. Il divise la quantité : i^ en discrète et continue; 2^ en quantité formée de parties qui ont entre elles une position, et en quantité qui n*ttt pas formée de parties ayant une position par '«apport les unes aux autres (t^ [xèv è$ s/ovtcov ô^exiv , ^ JèoJx iÇ eyovTcov Géciv).
La quantité finie ou discrète (Âia>pi(T(x.lvov) , c'est
460 DEUXIÂMX PARTIE* — SECTION h
Sans doute : mais ce ne sont pas là des quanti ce ne sont que des relatifs; et comment peut dire qu'un relatif ait un contraire ? Si Ton sout que petit et grand sont des quantités vraies , il s suivra, assertion absurde, qu'une chose pour être contraire à elle-même (oljio éauTôeïvi àv fevovr puisqu'une chose peut être à la fois grande et tite , selon qu'on la compare à telle chose ou à t autre.
6, a, 12. Peut-être encore dira-t-on que c dans l'espace que la quantité a des contraires cette assertion a du moins plus d'apparence; Ton pourrait soutenir, jusqu'à certain point, le haut et le bas sont des contraires; mais ce sont encore là que des relatifs par position.
6, a, 19. La seconde propriété de la quant c'est de n'être susceptible ni de plus ni de mo En effet, toutes les quantités énoncées plus t ne sont pas plus quantités les unes que les aut) trois n'est pas plus trois, que cinq n'est cinq ; e même pour le temps.
Cette propriété, attribuée par Aristote à quantité, étonne sans doute, au premier co d'oeil, et paraît absolument contredire cette tion fondamentale par laquelle s'ouvrent tous traités d'arithmétique : la quantité est tout ce est susceptible de plus et de moins. Mais il i bien remarquer qu' Aristote n'entend pas du 1 dire ici qu'une quantité quelconque ne puisse • augmentée ou diminuée : il veut seulement <
que les quantités ne sont ni plus ni moins quantité les unes qufe les autres.
Enfin, la troisième propriété de la quantité, et qui lui ^t tout-à-fait spéciale (6, a, 26), c'est qu'elle peut être dite égale ou inégale. Cette propriété est à la quantité omni et solL En effet , tout ce que l'on compare en dehors delà quantité, est dit semblable ou dissemblable ; la quantité seule est dite égale ou inégale.
On voit que, pour cette seconde catégorie, la marche suivie par Aristote est identique à celle de la première. D'abord énumcration des espèces , puis énumcration des propriétés , dont la principale vient en dernier lieu. C'est là, du reste, la méthode que nous retrouverons dans toutes les autres catégories développées.
Catégorie de la Relation , KaTTiyopia tûv xpo; Tt.
6, a, 37. On appelle relatif tout ce qui est dit <| qu'il est à cause de choses autres que lui-même, ^ ou qui se rapporte à une chose .autre que lui , de qudque façon que ce soit (irpoç ti 5è ra ToiaOra «yeTai oca airà axep içlv âréptov etvai XeysTai 71 ottwçoOv ûiwç rpoç ÊTepov). Ainsi, plus grand ; ainsi, le double, qui ne sont dits ce qu'ils sont que par rapport à «autres choses; ainsi, la capacité, la disposition , '^ sensation, la science, la position, toutes choses T^i ne sont dites que par rapport à quelques autres ; car la science est la science de quelque I. II
^f,2 DEUXIÈME PARTIE. — SECTION 1.
chose, la sensation est la sensation de quelque chose, la position est la position de quelque chose : l'extension , la station , le séant ne sont que des positions; mais être étendu , être debout, être assis, ne sont pas, à proprement dire, des positions ; ce sont des dérivés, des paronymes de position (TrapwvuuLw; Se cctto twv Oececov ^eyerai).
6, b, i5. Les relatifs ont quatre propriétés, dont la première est qu'ils ont aussi les contraires; ainsi la vertu est le contraire du vice; la science, de l'ignorance ; car ce sont là des relatifs : mais tous les relatifs n'ont pas cette propriété; car il n'y a rien de contraire au double, au triple, etc.
6, b, 20. La seconfle propriété des relatifs, c'est qu'ils sont susceptibles de plus et de moins ; mais il faut faire une remarque analogue à celle qui précède : ainsi pareil, égal, peuvent être susceptibles de plus, de moins; mais double, triple, ne le sont pas.
6, b, a8. Les relatifs ont tous, sans exception, cette propriété qu'ils sont dits de choses réciproques ; ainsi , l'esclave est l'esclave du maitr#i comme le maître est le maître de l'esclave. Parfois* cette réciprocité n'est pas évidente , et cela tient à ce que le relatif réciproque n'a pas de nom dans la langue , ou n'a pas un nom qui représente sa relation vraie. Pour la découvrir, et la montrer dans tout son jour, il faut forger des mots («va-^'xarov fcw; ovo(jLaT07:oieîv ) qui rendront alors la relation de toute évidence. Si l'on rapporte aile à oiseau, assu-
ANALYSE DES CATÉGORIES. — CIIAP. il. -1 65
rément on ne verra point nettement la relation , la réciprocité : mais ce n'est pas en tant qii'oiseaii qu'on lui attribue l'aile, c'est en tant qu'animal ailél De même pour le gouvernail d'un navire; ce n'est pas eq tant que navire qu'on le lui attribue; c'est en tant que machine gpuyerrmlîsée , munie d'un gouvernail (ttyi^ocX^ov 7nri5a>.i(i)Tou). Aristote forge ici ces différents mots de TTepcorov, Tr/jJa^icoTov, xeça- IwTov, pour montrer cette trace de la relation. Il faut en outre avoir le soin ^ quand il n'y a pas dp mot spécial, de ne s'arrêter qu'aux choses relativement auxquelles le relatif existe ; car si au lieu de prendre celles-là, on en prend d'autres qui ne sont qu'accidentelles, (7, a, 27) (làv irpoçri tûv (jupêeêv)- 3«{twv ocTTo^i^oTat xal (jL-f) Tçpoç aÙTo ô "kéy&Tai)^ toute relation disparaît. Par exemple , si l'on attribue esclave à homme ou à bipède , au lieu de l'attribuer à maître , il n'y a plus de réciprocité (oOk qtvTiçpeçei); car l'esclave n'est pas à l'homme, à l'animal bipède, mais au maître, qui n'en est pas moins homme, et être à deux pieds, mais qui n'a pas d'esclave à ces titres. Toutes les fois donc que le noni qui soutient la relation a été bien discerné , la réciprocité est facile, ainsi que l'attribution (pa^ta TQ âxo^odiç yiverai).
7, b^ 1 5. lia dernière propriété des relatifs , c'est qu'ils coexistent naturellement (a(iLa t^ fuGEi elvat); c^r du moment qu'il y a double, il y a moitié , et réciproquement : du moment qu'il y a esclave, il
y a maître, et réciproquement. De plus, ils se détruisent également les uns les autres ((luvavaiper aX>.y)>.a); car s'il n'y a pas double, il n'y a pas moitié, etc. Toutefois, cette propriété ne semble pas appartenir à tous les relatifs. £n effet* la chose à savoir, l'objet de la science (to s77trTiTov) , parait antérieur à la science qui le sait. Bien rarement, pour ne pas dire jamais, la science est simultanée à l'objet su. De plus, l'objet détruit, il n'y a pas de science ; mais la science peut fort bien ne pas être, et que l'objet à savoir soit encore. Ainsi, la quadrature du cercle, en supposant toutefois que ce soit là une chose susceptible d'être sue (etye içh sriTTiTov), la quadrature du cercle existe comme chose à savoir, mais la science n'en existe pas encore : de même pour la sensation; l'objet à sentir, l'objet senti (to aicOviTov), parait antérieur à la sensation. L'objet sensible disparaissant, fait avec lui disparaître la sensation, mais non pas réciproquement. La sensation n'est coexistante qu'à l'être qui sent (à[JLaTa> aiaOriTiKô)), mais ne l'est point à l'objet senti.
Ainsi donc, la plupart des relatifs, mais non pas tous, sont simultanés et coexistent. Les commentateurs ont levé cette difficulté en distinguant ici, d'après la doctrine si connue d'Aristote, l'acte de la puissance, le fait de la possibilité. En fait, l'objet senti n'est point antérieur à la sensation : il ne devient objet senti que du moment où la sensation
s'y applique : auparavant, il nest qu'objet sensible, objet à sentir, c'est-à-dire qu'il n'est senti qu'en puissance , et non point en fait.
Il faut donc ici avoir toujours le soin de comparer l'acte à Tacte, la puissance à la puissance : il Êiut prendre garde dépasser de Pacte àla puissance, de la puissance à l'acte; autrement, la nature des relatifs ne serait pas bien comprise.
8, a, 1 3. Mais on élève une objection , un doute (airoptav Tivà) , contre cette définition des relatifs , et l'on demande si elle ne comprend pas , outre les relatifs , quelques substances dans cette catégorie. S'il suffit, en effet, pour être relatif, d'être dit relativement à quelque autre chose d'unefaçon quelconque , il sera bien difficile de démontrer que cette définition ne s'applique pas à des substances, soit premières, soit secondes; les premières y échappent certainement ; la plupart des secondes aussi; mais quelques-unes de ces dernières semblent y rentrer (eTC- èvtwv ^è tûv ^eiiTepwv oùaiôv ly et fltpLÇKjêvîr/idiv) : ainsi la main, la tête, sont dites la main, la tête de quelqu'un, et sembleraient par là des relatifs , bien que ce soient des substances secondes partielles. C'est que la définition (opKjpç) des relatifs donnée plus haut, est insuffisante
{pï Ixovtaç aTTO^É^OTai).
Il faut donc lui en substituer une plus complète, et dire que les relatifs sont les choses pour lesquelles l'existence se confond avec leur rapport même, quel qu'il soit, à^une autre chose
(oîç To sïvai raÙTov Içiv tw rpoç Tt tucoç e/jw). Il importe de ne pas coniFondre cette seconde définition avec la première.
La seconde définition donnera cette conséquence f que , connaissant d'une manière déterminée , précise (âçwpt(X(xivw;) , Un relatif, on connaît aussi, de la même façon , la chose à laquelle il est relatif. Si je sais que telle chose est le double, je sais aussi sur-le-champ quelle est cette chose et Taulre, dont elle est le double. Je le sais déterminément et non indéterminément (âcpwpKjfjLsvwç oùx ûcopiçw;) ; autrement, ce serait une simple conjecture et non poiiït une science réelle ('jttoXyi'Ik , oux è7riç7f(i.7)). t*our la main , la tête, et toutes choses de ce genre, qui sont des substances, je puis fort bien savoir ces choses, sans savoir précisément à quoi elles se rapportent, à qui elles sont : c'est que ce ne sont pas là des relatifs. « Il serait bien « difficile, au reste, de se prononcer nettement « ici sans un long examen : mais il n'est pas sans a utilité d'avoir discuté ces objections. »
En substituant une nouvelle définition à l'ancienne, que les commentateut^s grecs appellent la défitiition platonicienne, Aristote a partagé les relatifs en deux classes : les relatifs communs et les relatifs propres. C'est ce que lesScholastiques, et, à leur suite, les commentateurs du seizième siècle, ont appelé les relatifs secundum dici et secundum esse, t^ distinction du Stagirite n'est pas, en effet, de moin(tre importance. Entre les
relatifs communs et les relatifs propres , il y a tout cet intervalle cfune simple appellation à la réalité, secundum dici^ secundum csse^ d'un mot à une chose, du fait à la pensée.
Catégorie de la Qualité ^ KaTTiyopiaTîiç'roio'niToç.
8, b, a 5. La qualité est ce qui fait qu'on dit des êtres qu'ils sont de telle ou telle façon (itbioTYiTa il Xéyw xaO' vjv tcoioi Tiveç XsyovTai). La qualité est un mol à plusieurs sens (twv iwT.eovay wç T-eyoïx^vcov) : elle peut être de quatre espèces diverses.
La pi!%mière espèce de la qualité , c'est la capacité et la disposition (g^i; xal Jtaôeci;). La différence de l'une à l'autre, c'est que la ?$iç est beaucoup plus durable, beaucoup plus stable que la ^làôectç. La science et la vertu sont donc des e^eiç, des capacités ; car elles sont quelque chose de permanent , de peu facilement ébranlable (tôv irapajjLovtjJLwv xal ïucxtvvfTwv); les dispositions, au contraire, sont aisément et rapidement muables (eùxivYiTa xat Taj^ù (ttTaêàXXovTa). Par exemple, la chaleur, le refroidissement, la maladie, la santé, etc., toutes choses variables et passant sans peine de l'un à l'autre , du chaud au froid, de la santé à la maladie, etc. Les capacités sont donc aussi des dispositions; mais les dispositions ne sont pas nécessairement des capacités.
9, a, i4« La puissance et l'impuissance naturelle forment la seconde espèce de la qualité, d'après
-108 DEUXIÈME rAiniE. — SECTION' I.
laquelle on dit que les ^tres sont susceptibles de faire, ou de souffrir, certaines choses, avec plus ou moins de facilité. Ainsi, Ton dit d'un homme qu'il est sain ou valétudinaire (ûyieivoç y; voccoSvfç), selon qu'il a la faculté naturelle de ne pas souffrir, ou de souffrir aisément, des mille accidents qui menacent la santé de Thomme (Otto tûv tu^ovtwv). C'est encore ainsi, qu'on dit des choses qu'elles sont molles ou dures , selon qu'elles ont cette puissance ou cette impuissance d'être aisément divisées (paSio;
9, à, a8. La troisième espèce de qualité comprend les qualités affectives et les affections (raôr,- Tixal TcoioTviTe; xal raôr^); par exemple, la aouceur, l'amertume, etc., la chaleur, le froid, la blan- . cheur, etc. Ce sont évidemment là des qualités, puisque les objets qui les reçoivent (xà Se^syjjisva) tirent une appellation de ces quîilités mêmes. Le miel est appelé doux parce qu'il a de la douceur. Les qualités affectives se distinguent des affections par cela même : les qualités affectives sont ainsi nommées, parce qu'elles causent luie affection au dehors, et non point parce que le sujet qui les possède , est lui-même affecté. Ainsi la douceur affecte le goût, la chaleur impressionne le toucher : mais la blancheur et les autres couleurs , en général, ne sont pas qualités affectives de la même façon : elles sont dites ainsi, parce qu'elles viennent elles-mêmes d'une affection, d'une impression sensible (â7:o iraôo'jç). Une foule d'affections di-
verses, d'affections morales, peuvent changer les couleurs; la honte, la peur, font rougir et pâlir. Par une modification analogue à celle qui survient dans ces diverses circonstances, la nature peut donner une couleur pareille, niais stable et permanente. Ce seront alors des qualités affectives ; mais quand, au contraire, la modification est fortuite et passagère , ce n'est qu'une affection , mais point une qualité. D'un homme qui pâlit ou qui rougit dans une circonstance donnée , on ne dira point qu'il est pâle , qu'il est rouge, on dira qu'il éprouve quelque chose qui le fait rougir ou pâlir. De même aussi , pour les affections et les qualités de l'âme : ou ne dira point d'un homme qu'il est colère, parce que. dans tel cas il se sera mis en colère : ce ne sera là qu'une affecliou (ttscOo;), ce ne sera point une qualité de son âme (izoïovriç). Pour qu'il y ait qualité, il faut que les modifications, presque immuables, datent de la naissance même (ev vh ycvécei
lo, a, 1 1. La dernière espèce de la qualité, c'est la figure , et la forme extérieure essentielle de chaque chose (<r/r^^i Te xal -h Tcepl exaçov ÙTrapyouGa (wpçrQ : ainsi là courbure , la droiiesse d'une chose. Dense et rare,ttni et rude, seraient plutôt de la position que de la qualité : car dense et rare , uni et rude, ne concernent guère que la position des parties , à l'égard les unes des autres.
Les quatre espèces de qualités qu'on vient d'énumérer sont les principales : mais on n'affirme
pas qu'il n'y en ait point encore d'autres (ïexwç (xev o5v xal oX'Xo; av ziç çaveiv) xpoTTOç) .
On appelle qualitatifs (xi Tuota) tout ce qui est dit par dérivation, ou autrement, des qualités (7cap(ovu(x.(oç Y) Ô7C(o(7ouv aX>.(oç) : ainsi, blanc venant de blancheur est un qualitatif. Parfois, la qualité même dont le qualitatif est tiré, n'a pas de nom spécial : ainsi , on dit d'un homme qu'il serait bon lutteur, bon coureur (ttuxtixô; , Jpopxoç) ; et il n'y a pas de mot pour la qualité qui le fait dire tel, bien qu'il y en ait pour les sciences dont l'exercice le rendrait bon lutteur, bon coureur. Parfois il y a un nom^ mais le qualitatif n'en est pas dérivé: ainsi , (XTcouSaîo; est le qualitatif d'apgTrf , bien qu'il n'en dérive point parony iniquement.
La qualité a trois propriétés : d'abord, elle reçoit les contraires, (lo, b, 12); ainsi, le noir est le contraire du blanc : et les qualitatifs dérivés les reçoivent également. Pourtant cette propriété n'appartient pas à toute la qualité , puisque Içs couleurs moyennes, le roux, le pâle, n'ont point de contraires. Il faut remarquer ici que , quand l'un des contraires est qualitatif, l'autre l'est 2|ussi. Il sufHt, en effet, pour s'en convaincre, ^ parcourir les autres catégories. Ainsi , la justic^est le contraire de l'injustice : or, la justice est de la catégorie de la qualité; l'injustice en sera donc aussi; car évidemment aucune autre catégorie ne peut lui convenir.
10, b, 26. La seconde propriété delà qualité.
ANALTSe DES CATÉGORIES. — CHAP. II. ^T\
c'est qu'elle reçoit le plus et le moins : ainsi on est plus ou moins juste , plus ou moins sain. Mais la quatrième espèce de la qualité, la figure, ne reçoit pas cette pt-opriété. Un triangle n'est ni plus ni moinÈ triangle qu'un autï-e, etc. C'est qu'en général, pour qu'il y ait rapport de plus et de moins entre deux objets, il faut que tous deux reçoivent la définition de la qualité en question; ainsi, uû quadrilatère n'est pas plus cercle qu'un isocèle.
II, a, i5. La propriété spéciale de la qualité, c'est que les idées de similitude et de dissemblance ne s'appliquent qu'à elle seule; puisqu'une chose ne peut être dite semblable à une antre que par ce qui la qualifie (tlolt oiXko oO^èv r, xaÔ' o ::oiov fVtv).
On peut objecter ici qu'on a compris des relatifs datîs la catégorie de la qualité. La remarque est vraie; c'est que souvent le genre fait partie de la catégorie du relalif , sans qu'aucune de ses espèces en puisse être : ainsi, la science est^u relatif, et la grammaire, qui est une espèce de la science, est de la qualité, ainsi que toutes les sciences spéciales : si on les prend pour des relatifs aussi, ce ne peut jamais être que sous la notiôh de leur genre (xaTi to yevoç), mais non Individuel*bernent (or/ «l xaô' Exa^a).
On doit donc concllUtî qu'il y a déi choses qiii sont à la fois dans les deux genres, et qui ajVpartietthent siiriultanénlent à la catégorie de la qualité et à celle de la relation.
Telle est l'analyse fidèle iles quatre premières catégories; et nous croyons n'avoir omis ici aucun des points importants de la doctrine d'Aristote. Les autres catégories sont traitées avec beaucoup moins d'étendue; et le philosophe s'y arrête peu, parce qu'il les trouve suffisamment claires par elles-mêmes (5tà to Tcpoçavvi elvai) : il s'en réfère donc à ce qu'il a dit au début , et se contente de faire remarquer, que l'action et la passion reçoivent les contraires (échauffer, refroidir, être échauffé, être refroidi), et le plus et le moins ( échauffer plus où moins, être échauffé plus ou moins). '
C'est ici que commence l'Hypothéorie, ou appendice aux Catégories, renfermant l'explication de plusieurs termes employés dans la discussion précédente, et qui certainement, sont d'une impor- < tance presque égale dans l'ensemble du système. C'est l'examen des quatre idées suivantes : i® opposition; a® priorité; 3*^ simultanéité; 4*^ mouvement. Aristote n'a point indiqué non plus ici le lien de cette partie de son ouvrage aux parties antérieures : mais ce n'est point un motif suffisant pour la rejeter, avec Andronicus, comme apocryphe. L'eiwpreinte d'Aristote n'y est pas moins évidente que dans tout le reste.
L'opposition (rà âvTixeijuva) peut être de quatre espèces. Il y a : i® celle des relatifs; 2? celle des contraires ; 3^ celle de la privation et de la posses-
sion (ç£py;(7i; xal £;t;) ; 4° enfin celle de rafïirmation et de la négation. Relatifs : double, moitié;-— contraires : bien , mal : — privation , possession : aveuglement, vue; — affirmation, négation: il est assis , il n'est pas assis.
i],b, a 4* Les opposés comme relatifs, sont dits réciproquement l'un par rapport à l'autre, quel que soit, du reste , leur rapport ( ÔTroxy^rlTTore
1 1 ,b, 35 . Ce rapport n'existe point du tout entre les opposés comme contraires (svavria) : ils sont seulement dits contraires les uns des autres. Ainsi le bien n'est pas le bien du mal ; mais le contraire du mal. Les contraires peuvent avoir ou n'avoir pas de termes moyens (tI avi (jl^cov); il n'y a pas de moyen, quand l'un des deux contraires est de toute iiécessitéauxobjets naturellement propresàles recevoir, ou auxquels ils sont attribués; ainsi, pas de terme moyen entre la santé et la maladie ; car l'un des deux doit être au corps de toute nécessité. Mais il y a terme moyen entre les contraires , quand l'un des deux n'est pas nécessaire : par exemple, entre blanc et noir, car il n'y a pas nécessité que tout corps soit l'un ou l'autre. Parfois ce terme moyen n'a pas d'appellation propre, et ne se détermine que par la négation des deux extrêmes.
12, a, a6. L'opposition pai* possession et privation a ceci de propre, que l'une et l'autre se trouvent dans le même sujet, sont dites d'un même su)^t (i^epl TaÙTov Ti); mais il faut que ce su-
il^ DEUXIÈME PARTIE. — SECTION |.
jet doive, par les lois nfiémes de la nature, avoir ou n'avoir pas cette qualité dont il est privé, ou qu'il possède ; il fi^pt, en outre , que la privation et la possession soient considérées dans le temps même où la nature les place toutes deux. Ainsi, l'on qe dit pas d'un être qu'il çst édeplé, par cela seul qu'il n'a pas de denfs, ou qu'il est aveugle, p^r cela seul qu'il n'a pas }a vue; il faut encore que ce soit uq sujet qui doive naturellement avoih ou des dents ou la vue ; il faut, enfin, que ce soit dans le temps marqué par la nature ; certains animaux , en eflet, au moment de leur naissance, n'ont ni dents, ni vue , et pourtant l'on ne saurait dire qu'ils sont édentés et aveugles.
Il faut distinguer, au reste, avec soin, être privé et posséder, de privation et possession ; ces deux premières expressions sont opposées comme les deux secondes, mais ne leur sont cependant pas identiques. C'est ainsi que ce qui est placé sous la négation et l'affirmation n'est cependant pas affirmation et négation. (12, b, 6.) Ainsi, sous ces deux expressions affirmatives et négatives : r} est assis , il n'est pas assis , il y a ces deiix autres : être assis, n'être pas assis , qui ne sont pas cependant de la négation et de l'affirmation.
Aristote, sans le djre formellement, veut sans doute distinguer ici les termes abstraits: vue, aveuglement , des termes concrets : voir , être aveugle.
Il ajoute encore deux observations smr les op-
ANALYSE DES CiTÉGORlES. — * CIIAP. II. ^T'i
posés par privation et possession : d'abord ces opposés ne le sont pas comme relatifs , car l'un n'est pas dit par rapport à son opposé, et il n'y a point d'attribution réciproque (où rpoç ôvri^plçovra léyeToi). On ne saurait dire, en effet, que l'aveuglement est Taveuglement de la vue; on dit qu'il est la privation de la vue. La vue n'est pas davan* tage la vue de l'aveuglement. En second lieu , les opposés par possession et privation, ne le sont pas comme les contraires. ( 1 2 , b, a6.) Us n'ont point, en effet, ce caractère de nécessité qui fait que, dans les contraires naturels sans intermédiaires , l'un des deux est au sujet qui les peut recevoir (to icxTixov). Us ne sont pas non plus entre eux comme les contraires médiats, à intermédiaires : car il faut que l'un des deux , privation ou possession, soit nécessairement, dans un certain temps, au sujet qui les reçoit, l'un ou l'autre indifféremment (oTCOTgpov Ipjycv), et non point l'un plutôt que l'autre , d'une manière déterminée (âçwpKîiJtivcoç). Or, ceci n'a point lieu dans les contraires médiats. Enfin les contraires, ( 1 3, a, 18), sauf le cas de nécessité naturelle, peuvent se changer l'un dans l'autre (ctç Sk'kn'koL [JL£Taêo>.yiv Y{v£<r6at); mais jamais la privation ne se change en possession , bien que la possession puisse se changer quelquefois en privation.
i3, a, 37. Reste le quatrième mode d'opposition: l'affirmation et la négation, tout différent des modes qui précèdent. C'est en effet le seul qui
porte le caractère de vérité , c'est-à-dire , où il faille que Fun des deux membres soit vrai, et l'autre faux. C'est que , dans les autres modes d'opposition, il n'y a pas combinaison des mots (aveu <;u(alî^Xoxviç). Il faut ajouter qu'ici, ce caractère de vérité est immuable (âel), tandis que, même dans les contraires où l'on fait une simple combi* naison de mots, les deux membres de l'opposition peuvent être faux à la fois. Ainsi , dans ces deux contraires: Socrate est malade, Socrate est bien portant,où les mots sont cependant combinés, l'un comme l'autre peut être faux, si, par exemple, Socrate n'existe pas. Mais dans les opposés par négation et par affirmation : Socrate est malade, Socrate n'est pas malade, l'un des deux est toujours vrai, l'autre toujours faux, que Socrate d'ailleurs existe ou qu'il n'existe pas.
Cette théorie des oppositions joue un grand rôle dans le système d'Aristote; et la dernière partie, surtout celle qui regarde l'affirmation et la négation, va recevoir bientôt une application directe dans le Traité du Langage, dans rép[jLirlv8ia, qui se fonde complètement sur elle!
Ch. Il, i3, b, 36. Aristote revient ici sur quelques propriétés générales des contraires, qui sembleraient mieux placées dans le chapitre précédent, à la section où il examinait l'opposition par contraires. Qboi qu'il en soit , il donne quatre nouveaux caractères des contraires : i*^ le mal est nécessairement le contraire du bien ; on peut s^n
ANAK.TSE DES CATÉGORIES. — CIIAP. II. Ml
convaincre parTincluction; le contraire d'un mal peut être, tantôt un bien, et tantôt un mal ; le milieu (tJ [uitot/ïç) , le ternoe moyen , est contraire aux deux extrêmes , et il est un bien (oy<ya âyaôov). 0« reconnaît ici la théorie des vertus. 2® Entre les contraires, il n'y a pas réciprocité d'existence : l'un peut être, sans que l'autre soit nécessairement; 3® les contraires ne s'appliquent évidemment qu'à des choses de même espèce ou de même genre (toutôv 7) eïJet ^ y^vfit) ; la justice et l'injustice sont toutes deux dans le cœur de l'homme; 4** enfin, les contraires doivent de loute nécessité, ou bien être dans le même genre, ou dans des genres contraires , ou bien constituer eux-mêmes un genre : ainsi, blanc et noir sont dans le même genre; justice et injustice, dans des genres contraires; la vertu et le vice , bien et mal , sont des genres contraires. i^, a, i5. Après l'idée d'opposition, Aristote passe à l'idée de priorité ; il en reconnaît cinq espèces diverses, bien que d'abord il n'en annonce que quatre. La première et la principale, s'applique au temps (xupwoTaTa xarà ypcJvov). La seconde a lieu pour celle des deux choses qui ne rend pas à l'autre la réciprocité d'existence successive (jiii avTiçpé9ov xoLTx t?1v tou eïvat âîcoXou9vi(ytv); ainsi, un est antérieur à deux , parce que de deux suit aussitôt l'existence de un , tandis que de un , ne suit pas nécessairement deux. La chose donc qui ne rend PI? la succession d*existence, paraît antérieure. En troisième lieu, antérieur et postérieur peuvent I. 12
471^ DBDXlàilE PàATIS. — SRCTION I.
s'entendre d'un certain ordre, comme dans les sciences de démonstration, dans la géométrie, les éléments précèdent en ordre les tracés des figures; comme dans la grammaire, les lettres précèdent les syllabes , et dans la rhétoriqi^ ^ l'exorde précède la narration. Premier, antérieur, peuvent se rapporter encore à la supériorité, à la considération (to ^êXtiov, t6 Ti{x.t(oTepov ). Tels sont les quatre principaux modes de priorité: on-pour^ rait toutefois en ajouter un cinquième; et dans les choses qui se rendent réciproquement Texistence, considérer comme antérieure celle qui, d'une façon quelconque, est cause d'existence pour l'autre. Mais je laisse parler Aristote , dont la théorie touche ici un pOi^t de haute importance, puisque c'est le rapport même de la pensée à l'être, du langage aux choses : « Outre ces quatre a modes de priorité indiqués plus haut, on poura rait en distinguer encore un cinquième. Dans les €( choses, en effet, qui se rendent la réciprocité a d'existence, celle qui d'une façon quelconque se- (c rait cause d'existence pour l'autre* semblerait , k ajuste titre, pouvoir être naturellement appelée a antérieure. On peut voir sans peine qu'il y a a des choses qui sont dans ce cas. Par exemple, a quand on dit : l'homme existe , il y a rapport ré- <( ciproque entre l'existence de l'homme, et le ju- « gement vrai qu'on porte sur cette existence* En « effet, si l'homme existe, le jugement par lequel « nous déclarons qu'il exi3t9, est vrai ; et récipro*
« quement, si ce jugement, par lequel nous déclat rons que rhomme existe, est vrai,rhomme existe «aussi ré^-llemeut. Mais un jugement, quelque •r vrai qu'il puisse être , n'est pas cause qu'une r chose soit; c'est la chose qui semble, au contraire, « être en quelque sorte la cause de la vénié du «jugement, puisque, en efFtt, c'est selon que la « chose est ou n'est pas, que le jugement est faux « ou "Vrai . »
i4» b, 24. A l'idée de priorité succède, pour Arisvote , celle de simultiinéité. Il en distingue deux espèces : l'une est supérieure et absolue dans le temps (sv tw aOrw xpovw) ; l'autre est de nature («[iia T^ çu<x6i), et s'applique aux choses qui se rendent la succession d'existence, sans que l'une pourtant soit cause de l'autre; ainsi, le double et la moitié, dont il a déjà traité dans la catégorie des relatifs, sont des simultanés de nature. On peut dire encore, que les divisions analogues d'un même genre ont cette simultanéité (rk U tou airOu Yévo'j^ctvTtîiT.pYijjLlvaoc^XYiO.oiç). Ainsi, terrestre, aquatique, volatile, sont des divisions analogues, relativement à un même genre, qui est celui d'animal, et sont simultanées de nature. Du reste, on pourrait, dans les divisions, faire des subdivisions, qui jouiraient de la même propriété. Mais les genres restent toujours antérieurs aux espèces; car, du moment qu'il y a terrestre, aquatique, il y a nécessairement animal ; mais il peut fort bien y avoir aniibaly sans qu'il y ait du tout terrestre, aqua-
tique 9 etc. En résumé, et d'une manière absolue, la simultanéité s'applique aux choses dont la naissance, la production, a lieu dans le même moment
i5, a, i3. Le mouvement ^e partage en six espèces , opposées deux à deux : la naissance ou production, la destruction; l'accroissement, la diminution ; l'altération et le déplacement (ylveciç çôopa, au^ViCt; (Jietaxji;, iXkoibiai^ -^ jcaTX tottov [xsTaêoXnf). Il est facile de voir la différence de toutes cesf espèces de mouvement. La seule qui pourrait offrir quelque difficulté , et qui semblerait se confondre avec les autres, c'est l'altération : en y regardant de près, cependant, on se convaincra que ce mouvement n'est pas moins distinct; car bien des choses subissent une altération, sans avoir aucun des autres mouvements, et vice versa.
Ces mouvements, en outre, sont contraires les uns aux autres en particulier, comme le repos est en général contraire au mouvenjent : mais pour le déplacement/ son contraire est le déplacement dans un lieu contraire: de bas en haut, de droite à gauche, etc.; et pour l'altération, c'est le changement en la qualité contraire: du blanc au noir, par exemple.
Aristote termine cet appendige des Catégories, par quelques remarques sur les différentes significations du verbe fyeiv. (i5, b, 17.) Ceci encore semblerait devoir être déplacé, et reporté plus haut y chapitre IX, à la catégorie spéciale d^i/tti.
À.NALTSE DES CATEGORIES. — CUAP. 11. ^${
Cest ce qu'ont fait quelquefois les commentateurs, et Zabarella entre autres. Ils n'ont peut-être pas eu tort; mais il convient aussi de faire observer que, dans ce dernier chapitre, ej^etv est toujours pris dans le sens actif, tandis que plus haut il était pris dans le sens réfléchi. Quoi qu'il en soit , Aristote distingue huit significations principales d'e/eiv : avoir une qualité, avoir une quantité, avoir autour du corps, comme un manteau , une tunique : ce sens rentre davantage dans celui de la catégorie d'e^civ ; avoir dans une partie de son corps , comme un anneau au doigt , avoir comme partie de son corps : pied ou main , avoir dans le sens de contenir : le tonneau a du vin i^ ty&iyt w; ev ayygiw ) , avoir dans le sens de posséder : avoir une maison (eyeiv wç xTf.jAa). Enfin, le sens le plus éloigné, est celui dans lequel on dit qu'une femme a un mari, et un mari une femme.
Telle est l'analyse fidèle des Catégories, un peu longue peut-être, mais qui peut servir à faire mieux comprendre l'importance fondamentale du traité qui ouvre la logique d'Arislote. Il esf évident que, là, sont jetées les bases générales de toute la doctrine qui va suivre , et que, sans les Catégories , elle serait incomplète ; et, comme le disent les commentateurs, elle serait àxâfaXo;, sans tête.
Voyons, en effet, ce qui vient d'y être exposé : d'abord, les rapports divers des choses entre elles , comme sujets et comme attributs; puis ensuite,
484 D£UX1£I1£ PAIITIE. — SECTION 1.
le sens du mot âp[jLY)V£ta; c'est, dans Tacception la plus large, toute expression de la pensée, mais surtout, expression par la parole. L'expression articulée de la pensée peut, du reste, être simple ou combinée, significative ou non significative, comme jugement complet, et proposition régulière. Le jugement énonciatif Çkoyoç aTuoçavTuto;), c'est-à-dire celui où il peut y avoir erreur ou vérité ( ev w to àXvîGeueiv y; iJ^euJeaôai ) , est l'objet unique de ce traité. Aristote en examine d'abord les éléments simples ; il considère le jugement . dans ses deux formes principales de négation et ^'affirmation, en uu seul mot, de contradiction; il analyse ensuite le jugement dans les énonciations simples ou multiples , ^ans les énonciations modales, et enfin dans les énouciations opposées par rapport à leurs attributs. Il serait difficile, comme on voit, dans un sujet aussi bien lié de distinguer les parties. On ne l'essaiera donc point ici, et l'on regardera le Traité du langage, d'ailleurs assez court, comme ne formant qu'un sAul tout, qu'il est inutile .de décomposer autrement que par une analyse qui s'applique à l'ensemble.
Aristote s'occupe en premier lieu des éléments de renonciation. La parole est la représentation des modifications de l'âme, comme l'écriture est une image des modifications de la voix. Les modifications de l'âme, ainsi qi^ les choses qui les provoquent^ et sur lesquelles elles se modèlent
ASKLY8E DE LUEAMJSNElÀ. — CHAP. III. -185
(6|Aoi(uLLaTa), sont identiques pour tous les hommes; mais la parole, non plus que 1 écriture, ne Test pas. (i6,a,6.) De même qu'il n'y a point d'acte de la pensée (votip.a) sans vérité ou erreur, de même pour la parole, dans laquelle c'est la combinaison , ou la division des choses (auvOediç ^ ^laipeaiç), qui constitue Terreur ou la vérité. Aristote ne s'arrête point, du reste , à ces rapports de la pensée et de la parole, et il renvoie à son Traité de Tâme, où cette matière est plus spécialement traitée. ( Voir plus haut, page53.!)M
Aristote n'étudier également que les deux éléments fondamentaux de renonciation ou jugement: le nom et le verbe.
Ch. 2, i6, a, 19. Le nom est un mot dont la signification, toute de convention, n'embrasse pas l'idée de temps, et dont aucune partie, prise isolément , n'a de sens (ovo|x.a [xèv ouv £71 çoiVTj (n)(^av- TUCTJ xaTa cuvOrlxTiv aveu ^povou, TiÇ (xinÂèv (lépoç è^i «ïjjijcvTixov xejrwptffjxcvov). On pourrait croire, mais ce serait à tort, que, dans les noms composés, une partie prise toute seule pourrait signifier quelque chose d'identique à rensemble. Si Ton dit que la signification des noms est toute conventionnelle , c'est que, naturellement, ils n'existent pas, et n'acquièrent une existence , qu'au moment où ils sont pris comme représentation. ( orav y^vTiTai oti(i.êdXov).
La négation mise devant le nom : par exemple, non honune, oùx avÔpcoTroç, ne constitue pas un
•186 DSUniME PARTIS. — SECTION I.
nom, à proprement parler : c'est un nom indéterminé (à(iptç^ avofjia), s'appliqnant aussi bien à l'être qu'au non-étre. locs génitifs, les datifs (comme fCXcovoç, çiXcovi), ne sont pas non plus des noms proprement dits; ce ne sont que des cas de nom ; et ce qui sert à les distinguer , c'est que, joints au verbe être, ils n'expriment encore ni erreur, ni vérité, tandis que le nom (au nominatif) exprime toujours Tune ou l'autre.
Ch. X i6, b, 6. Le verbe est un mol qui com* prend l'idée de temps. Aucune de ses parties, prise à part, n'a de sens, et- il est toujours la marque de lattribut. (^fi[ta èi ici to irpoafryifiotîVov j^povov, ou [xlpo; oùÂèv <77)[JLaivei X^P^^ 9 ^^^ ^^"^ ^^^ '^^ xolV irspou Xeyo[uv(i>v <77)[Ji€iov ). Même remarque que ci*des8us, pour le verbe précédé de la négation: c'est un verbe indéterminé (aopiçov fTi(jia), et tous les temps autres que le présent, c'est-à-dire le passé et le futur, ne sont que des cas du verbe
Ch. 4» 16, b, 216. Le discours (Wyo;) que composent le nom et le verbe, n'a également de sens que par convention ; mais chacune de ses parties a une signification spéciale « au moins comme simple énonciation (àç ^<nç), si ce nest comme affirmation et négation.
Tout discours, tout jugement énoncé a un sens, non point en lui-même, K par sa virtualité propre ( oùx àç opyovov ) , mais par convention. Mais tout discours n'est pas énondatif ^ parce qne tout
▲NALT8B Dl L'hCAMÉNVIA. — GBAP. Uî. ^87
discours n'exprime pas vérité ou erreur: une exclamiition , une prière , par exemple , est bien une expression de pensée; mais elle n'est ni vraie, ni Êiusse. On ne considérera ici que le discours énoncialif (o ^' ccicofavnxiç ttjç vuv OscAptaç); les autres espèces de discours appartiennent plutôt à la rhétorique et à la poétique; et c'est pourquoi il convient de les laisser de côté (i^M^kiGca).
Ch. 5. 17, a, 8. Après avoir ainsi étudié les éléments de renonciation, Aristote passe aux deux formes principales qu'elle revêt, l'affirmation {nard^Gi^) et la négation (iTi^oLoiç). Au moyen du nom et du verbe, le discours énonciatif est un {fk)f c'est-à-dire qu'il forme un tout complet, et n'exprime qu'une seule chose, soit simple, soit composée. S'il exprime plusieurs choses, il n'est pl:is unique; il y a plusieurs jugements séparés
17, a, a5. L'affirmation est renonciation qui attribue une chose à une autre (nvo; xara nvoç) ; la négation est celle qui sépare une chose d'une autre (tivoç im tivoç). A toute affirmation, il y a une négation opposée ( âvTixet[Aivv} ) ; à toute négation, une affirmation; c'est ce qui constitue la contradiction (âvrifa^iç). Il faut bien entendre ici l'opposition d'une chose à cette même chose ( To5 aÙTou xark tou aùrou ) , et non point une opposition de siiiiple homonymie ( ô{JL((>vu|Aaiç ) , comme le font souvent les sophistes, dont Aristote
a du reste démasqué les ruses (âcTrep 7rpo(i^topi^o{u6a Trpoç Ta; coçiçixà; evojf^XTicet;. Voir plus haut, p. 79).
Ch. 7, 17, a, 38. La théorie des propositions, selon leur quantité, est une des plus importantes de ce traité. Voici comment Âristote l'aborde :
Les choses sont universelles (xaOoXou ) , ou particulières (jcaO' exaçov); universelles, quand elles peuvent être attribuées à plusieurs choses (r>.6tov(dv xar/iyopeiGOai); particulières, quand elles ne s'appliquent qu'à une seule. Ainsi , homme est une chose universelle; Callias est une chose particulière. Ce n'est donc que ces deux ordres de choses que renonciation peut employer. Elle peut également , en énonçant les choses géraies , leur donner ou non , leur signe propre d'universalité : dans le premier cas , les énondations opposées par affirmation et négation sont contraires (èvavTiai); dans le second, elles ne le sont pas, mais les choses qu'elles expriment le sont; ainsi, Tout homme est blanc. Aucun homme n'est blanc, ce sont là des propositions contraires, s'appliquant à des choses universelles, marquées du signe d'universalité. L'homme est blanc ou l'homme n'est pas blanc , ce sont là des propositions exprimant des choses contraires , universelles, mais dénuées du signe d'universalité. Il faut bien remarquer que le mot Tout (mç) n'indique pas que la chose soit universelle; il indique seulement qu'on la prend universellement.
ànaltsb de l'herménbia. — « chap. m. -ISO
On ne saurait, du reste, altribuer l'universel à l'universel; par exemple: Tout homme est tout animal , marqués tous deux du signe d'universalité.
L'opposition des propositions est contradictoire ( âvnçaTixôç ), quand on affirme et qu'on nie pour une même chose l'universel: ainsi, Tout homme est blanc; Tout homt^le n'est pas blanc. Elle est contraire (èvavTiwç), quand d'une part on affirme , et que de l'autre on nie le général luimême : tout homme est blanc, aucun homme n'est blanc.
Les propositions contraires ne peuvent jamais être toutes deux vraies à la fois : tes contradictoires avec sigilé d'universalité doivent toujours être l'urie vraie et l'autre fausse; les contradictoires particulières également. Dans les contradictoires de choses universelles, mais dénuées du signe d'universalité , l'une n'est pas nécessairement vraie, et l'autre nécessairement fausse; lés deux peuvent être vraies à la fois : ainsi , L'homme est blanc y L'homme n'est pas blanc.
A une seule affirmation , il n'y a donc de réellement opposé qu'une seule négation contradictoire; mais il faut toujours que l'une et l'autre s'appliquent au même objet; autrement, cène sont plus des propositions opposées, ce sont des propositions différentes.
On a conservé ici avec soin la terminologie
490 nnniilEME partii. — iBcnon i.
d'Aristote, bien qu'elle soit peut-être un peu embarrassée et obscure : certainement, on aurait été beaucoup plus clair en parlant de la quantité et de la qualité des propositions; mais cette distinction, qui rend la théorie des oppositions sisimple, n'appartient point au Stagirite. Elle a été dérivée de sa doctrine pour l'éclaircir; elle ne se troiire^ pour la première fois, que dans Alexandre d'Aphro» dise j comme on peut s'en convaincre par la lecture de son commentaire sur le premier livre des Premiers Analytiques.
Ch. 8, \8j a 9 17. L'affirmation et la négation sont simples (pa), quand elles expriment une seule chose d'une seule chose (ev xoO' ivciç); multiples^ quand elles expriment plusieurs choses j même par un seul mot (ei ^uoiv h ovo[xa xeiraiK *
Ch. 9» i8f a, aS. Pour les choses actuelles ou passées, il y a nécessité que l'affirmation, ou la négation opposée, soit vraie ou fausse. En efiet, pour le- passé ou pour le présent, l'acte est accom« pli, ou s'accomplit sous nos yeux. C'est à notre pensée, et à l'expression que nous lui donnons, dé se modeler sur lui, et d'acquérir ainsi vérité ou erreur, selon qu'elle lui est ou ne lui est pas conforme. Pour les faits qui doivent être, et ne sont pas encore, ou pour ceux qui, devant être, ne sont pas d'action éternelle, il n'y a rien de p.ireil. Pour ces faits-là, l'affirmation et la négation opposées sont également vraies , également fausses ; et il est
ANAiTfB PB l'uKAM^HIU. •** CSAP. UI. 491
impossible de préciser laquelle des deux sera la Traie, parce que Tavenir est impénétrable aux yeux humains :
« Pour les choses qui sont ou qui ont été, dit
c Aristote, il faut nécessairement que la négation
« ou Taffirmation soit vraie ou fausse; mais pour
«les choses à venir, il n'en est pas de même; et
« Ion ariwê à une foule d'absurdités, si l'on sup*
c pose que, dans toute affirmation ou négation,
« pour les choses universelles exprimées sous
«foripe universelle, ou pour les choses particu-
«lières, il y a toujours nécessité que l'une des
«deux propositions soit vraie, l'autre fausse; car
« l'on suppose qu'il n'y a rien d'arbitraire ni d'in*
c certain dans ce qui arrive , mais que tout est , et
a arrive de toute nécessité. Il ne serait plus besoin
t alors, ni de réfli^xion , ni d'activité, commç dans
« le cas où l'on suppose que, faisant telle chose,
c telle chose sera, et que, ne faisant pas telle chose ,
«telle chose ne sera pas. Rien n'empêche, en
c effet, que l'un ne renvoie son affirmation , l'autre
c sa négation, à dix mille ans, de sorte que, quoi
« que Ton disedans le moment actuel, l'unedesdeux
« choses sera nécessairement un jour. Mais alors,
« il vaut mieux ne pas faire de contradiction; car
a il est évident que les choses n'en seront pas
« moins ce qu'elles sont, quand bien même l'un
« n'aurait pas nié, ni l'autre affirmé. Ce n'est pas ,
« en effet, parce qu'on aura affirmé ou nié la
« chose I qu'elle «era ou ne sera pas^ dans
492 DBOXliElfE PARTIS. — 6ECTI0K 1.
a mille ans, plus qu'à tout autre moment donné. « S'il était bien certain que, dans l'étendue entière « du temps, l'une des assertions dût être vraie, il a était donc nécessaire que la chose fut, et tout ce « qui arrive devait nécessairemert arriver de tout c temps, de la façon qu'il est arrivé; car si Tou « disait, avec vérité, que la chose serait, il n'était « pas possible qu'elle ne fut pas ; et il étaiPvrai , toùce jours, dédire que la chose arrivée serait un jour.
« Mais que ce soit là des suppositions imposât sibles , c'est ce que l'expérience nous prouve « assez : ce qui arrive est causé sous nos yeux par « une résolution, par un acte antérieur; et nous ce voyons bien que, dans les choses qui ne sont pas <c éternellement en acte, il est également possible a qu'elles soient, ou ne soient pas. L'être et ie non- « éy*^ appartiennent tous deux à ces choses, de ce même qu'elles peuvent aussi bien avoir été que ce n'avoir pas été. Nous rencontrons sans cesse dans ce la vie une foule de choses de ce genre. Ce manie teau, par exemple, peut être coupé; et cependant ce il ne le sera pas ; il sera usé auparavant ; et de ce même, il peut aussi bien n'être pas coupé; car <c s'il a eu la possibilité d'être usé auparavant, <c c'est qu'évidemment il pouvait ne pas être « coupé.
(c II est donc de toute évidence que les choses « ne sont, ni n'arrivent, de toute nécessité; mais « que les unes sont entièrement arbitraires , et que ir pour elles l'affirmation n'est pas plus vraie que la
ASiXLfià DE l'hermbneia. — chap. m. ^95
négation; etqiie les autres sont plus habituellement de telle façon que de telle autre, mais que cependant celle-ci peut tout aussi bien éti^ que celle-là.
< Donc, que ce qui est soit quand il estAque ce qui n'est pas ne soit pas quand il n'est pas , il y a là nécessité : mais il n'y a pas nécessité que tout ce qui est soit , ni que tout ce qui n'est pas ne soit pas : car ce n'est pas la même chose de dire, que tout ce qui est esl nécessairement quand il est, et de dire, d'une manière absolue, qu'il est nécessairement : et de même , pour ce qui n'est pas. Ce raisonnement s'applique à la contradiction. Il est certainement nécessaire que tout soit, ou ne soit pas , dans le temps actuel aussi bien oue dans l'avenir : mais il est impossible de dire jprécisément que tel des deux est nécessaire, c^insi, par exemple, il y a nécessité que demain il y ait ou n'y ait pas, de combat naval; et pour* tant, il n'est pas nécessaire qu'il y ait demain combat naval , ni qu'il n'y en ait pas ; il faut seulement qu'il y en ait , ou n'y en ait pas ; et , comme les assertions sont aussi vraies que le sont les choses, il est évident que, dans les choses arbitraires et qui reçoivent les contraires, il faut nécessairement que la contradiction les suive et leur ressemble; c'est ce qui arrive dans les choses qui ne sont pas éternelles , ou qui ne sont pas toujours dans le non-étre. Il faut nécessairement, pour qes choses, que l'une des parties de la I. i3
4tM Diuiiioa paeth. — iBonmi i.
« contradiction soit vraie ^ et l'autre partie fausse; « maia ce n'est ni celle-ci ni celle-là j c'est l'une des « deux au hasard; Tune est peut-être plus vraie « que l'autre y sans que cependant l'une ou l'autre ce soit déjà vraie ou fausse.
a II n'est donc pas nécessaire que , dans toute « affirmation et négation opposées, l'une soit vraie « et l'autre fausse ; car il n'en est point de ce qui « n'est pas , mais qui pourrait être ou ne pas être, <c comme de ce qui est. d
Çb. lo, p. 19, by 5. La négation peut, comme on l'a vu , s'appliquer soit au verbe, soit au nom : appliquée au nom , elle forme les noms indéterminés, comme, non-homme (oOx avOpcoiroç), qui ne désigne rien précisément, et qui, par cela même, désigne tout, l'être comme le non-être. Diverses combinaisons peuvent donc se présenter ici , en prenant les propositions dans leurs formes les moins composées, c'est-à-dire, formées d'un nom et d'un verbe uniquement, éléments indispen-% sables, sans lesquels il ne saurait y avoir, ni négation, ni affirmation. Ces combinaisons, les voici : le nom peut être déterminé ou indéterminé, le verbe aussi, de sorte qu'on aura d'abord : l'homme est, l'homme n'est pas , première contradiction : le non* homme est, le non-homme n'est pas, seconde ^contradiction; et ensuite, tout homme est, tout homme n'est pas : tout non-homme est, tout nonhomme n'est pas , troisième et quatrième contra-»
AHàLTSS de L'HERMEIfEIA. — CHAP.-UI. ^95
dictions; il en est de raéme pour les temps en dehors du présent (xal èm tûv êxto; 8i j^pdvcav ô aÙToç >.oyoç).
Ici y comme l'on voit y le verbe substantif est pris seul, et sans aucun autre attribut. C'est ce que les Scbolastiques ont appelé le yerhe secundi adjecti. Mais, continue Aristote, quand le verbe être est attribué en troisième lieu {tertii adjecti j Srccyf to Içt, TpiTov 7rpo(7xaTY)YopfiTai) ^ les contradictions sont doublées (iix^ç i^n >.eYovTai). Il y aura quatre propositions au lieu de deux. Ainsi ^ l'homme est juste; la négation est: l'homme n'est pas juste. — L'homme est non juste ^ l'homme n'est pas non juste, a Telle c est l'ordre de ces contradictions, ainsi qu'on Ta « fait voir dans les Analytiques. »
Cette citation des Analytiques doit paraître d'autant moins exacte, que cette théorie dès oppositions n'est pas traitée positivement dans les Analytiques : elle n'y est que rappelée; et c'est dans le Traité du Langage, qu'elle est vraiment exposée , comme on le voit déjà, et comme on le verra mieux encore, parce qui va suivre. 11 faut se rappeler ici ce qu'on a dit plus haut (page io5), sur le titre d'Analytiques , qui n'est très probablement pas du Stagirite.
Aristote poursuit, en remarquant que ce mode de contradiction s'applique aussi bien, aux propo-* sitions marquées du signe d'universalité, qu'aux propositions où le verbe être est remplacé par un tout autre verbe. (i9,b, 35, et 20, a, 5.) Seulement, il£aut faire attention, dans les propositions mar-
495 DEUXlkMB PARTIE, — SECTION I. *
quées du signe d'universalité, que, si Ton vent rendre la proposition indéterminée, il faut mettre la négation au sujet , et non point au signe même d'universalité, et dire: tout non-homme (tcS^ oùx avOpcoiroç), au lieu de: non tout homme (où ir£ç avOpcdTTOç).
20, a, i6. Les oppositions par contraires ne peuvent, comme on Ta vu, être vraies toutes les deux à la fois; ainsi : Tout homme est juste, Aucun homme n'est juste, sont deux propositions contraires; et il faut nécessairement que Tune des deux seulement soit vraie. Pour les propositions simplement opposées , elles peuvent quelquefois être vraies toutes deux en même temps; ainsi: Tout être n'est pas juste; Certain être est juste. Ces deux propositions en effet se suivent (céxoXou- OoOffiv auTai); mais il faut ajouter que, pour les sujets universels , la négation , donnée pour réponse , s'adresse au verbe , et non pas à l'attribut de la question primitive.
ao, a, 3i. Pour bien comprendre cette théorie, il ne faut pas perdre de vue que les' termes indéterminés , noms ou verbes , ne sont pas de vraies négations, malgré leur apparence (îo'^ciev av). La négation, en effet, doit toujours être fausse ou vraie; mais quand on dit: nonhomme, loin de dire plus que par : homme, on exprime, au contraire, moins de vérité ou d'erreur, si l'on n'tijoute rien à cette expression tout indéterminée.