‹ De la logique d'AristoteChapitre 69 sur 244 · ANALYSE PE L UEUMÉNEIA. — CHAP. III · texte numérisé non relu

ANALYSE PE L UEUMÉNEIA. — CHAP. III

Il ÙLVX remarquer, en outre , que , dans toutes ces combiimisonsy le déplacement des termes ((AeTaTt- Ufuva QfvoputTa) n'a absolument aucune influence. Cette observation d'Aristote se rappofte à la £iculté d'inversion que possède la langue grecque, mais que n'a pas la nôtre. Ainsi, 671 >.euxo; avifMBoçj est absolument la même cl|ps0, pour le sens, que içvi avâpcoiroç Xeuxoç» Autrement, il y aurait plusieurs négations pour une seule et même affirmation, ce qui est impossible (è^^^eucTo oti (jLia

|ttîç).

Cb* 1I9 do, b, i3. Un soin également important, c'est de bien distinguer les propositions simples des propositions multiples: quand une seule chose est dite d'une seule chose, ou quand plusieurs sont dites d'une seule. Cette distinction est particulièrement utile dans les interrogations dialectiques; car, avec des propositions multiples, ily a, non plus une réponse unique, mais des réponses nombreuses, et il faut bien connaître ce pi^e, signalé même dans les Topiques.

Cette citation des Topiques paraît exacte, et peut se rapporter au liv. 1 , ch. 10, p. 104.

aOy b, 3i. Mais, ici, se présente la question desavoir, si des attributs, étant vrais pour une même chose, quand ils sont séparés, ils le sont encore quand on les réunit; et réciproquement, d'attributs, vrais quand ils sont unis, {)eut-on conclure la vérité de ces mêmes attributs quand ib sont séparés? Ainsi: de l'homme , on peut dire ,

en isolant les attributs, qu'il est animal , qu'il est bipède; et l'on peut dire, avec non moins de vérité y en les réunissant y qu'il est animal bipède; mais supposons un antre cas: que tel homme soit bon, qu'il soit cordonnier, on ne peut en conclure , par composition ( wç ïv ), qu'il soit bon "Cordonnier.

îii,a, 5. Voici les règles pour les deux cas supposés : on ne peut avec vérité réunir les attributs que, quand , pris ensemble, ils forment un tout unique (eçai ev); par conséquent, on ne le peut, quand ils sont de genres différents; on ne le peut pas non plus, quand ils sont tous deux des accidents du sujet (cuaêeêrxoTa yàp i^Lf^iù tô oùtô), ni quand les deux attributs sont accidents Ttin de l'autre, ni quand l'un des attributs est sujet de l'autre. En second lieu, la division des attributs ne peut être vraie, si, dans les attributs , il y a quelque contradiction au sujet lui-même; ainsi, d'un homme mort, on ne peut dire qu'il est liomme; on ne le peut pas davantage, lorsque, même sans contradiction, l'un des attributs n'est qu'accidentel, au lieu d'être essentiel ; ainsi , de la proposition : Homère est poète, on ne peut passer avec vérité à cette autre assertion : Homère est ; car la qualité d'être n'est ajoutée à Homère qu'accidentellement, ^t non en soi. C'est seulement en tant qu'il est poète que l'existence lui est attribuée (foi yàp icoiTrnfç èçiv, o^' oi xoô' aùrè, xaTYiyopeîrai xaraTOu ÔfAifpou

iÀ eçiv ). Ainsi , on peut diviser les attributs avec

▲MALT8I Dl L'HSBM&aOÀ* — * CBAP. 01. 499

yérilé, dès qu'il n'y a pas de contradiction , en exceptant toujours de Taffirmation lenon*étre, qui n'est qu'un être de raison ( ^oÇa(7(Sv ) j et qui n'est pas , à proprement parler, quelque chose y puisque la pensée qu'on s'en forme, est, non pas qu'il est, mais au contraire , qu'il n'est pas.

Ch. 12, 21, a , 34* Aristote aborde ensuite la théorie des propositions modales , qui , comme il le dit lui-même, offre des difficultés ( ijt\ yàp dhrofiaç Tivaç ); et c'est peut-être , dans l'Organon, un des sujets qui ont le plus généralement causé d'embarras. Il se propose d'examiner, d'abord, les oppositions, par négation et par affirmation, des modales , qu'il borne à quatre : possible et non possible, contingent et non contingent, (ev^e^^opicvov xol ffA 2v$6]^d|Jicvov), impossible, et enfin nécessaire.

Le premier point , c'est de savoir où doit être ici placée la négation. Dans les propositions catégoriques examinées jusqu'à présent, elle l'a toujours été au verbe; et la négation de : l'homme est, a été, non pas : le non-homme est, mais: l'homme n'est pas. En suivant cette méthode, qui s'applique à tout autre verbe que le verbe substantif, car marcher, par exemple , est la même chose qu'être marchant, il s'ensuivrait que la négation de : possible d'être , serait : possible de ne pas être, en mettant la négation au verbe; mais alors, il en résulte que les propositions opposées sont vraies pour le même sujet ( %txxk Tou oÙTOu â^7)6euea6ai rk^ ovTixetjJiévaç faae^); car une chose possible peut également

202 OEinufcMB PAETIB. — • SBCTlOff I.

qu'elle soit^ mais, au contraire^ qu'elle ne soit pas; (aa, b, 6), et s'il est impossible qu'elle ne soit pas, il est nécessaire qu'elle soit. En un mot, pour qu'impossible et nécessaire se suivent , il ne faut pas, comme pour le possible et l'impossible, placer la négation au mode ; il faut , au contraire, la placer à la proposition sujet.

La discussion à laquelle se livre ici Arifetote semble indiquer, que ces consécutions des modales avaient été traitées avant lui , et que la série en avait été mal disposée par d'autres logiciens.

asi , b , 29. On peut se demander comment le possible est bien la suite du nécessaire; s'il ne le suit pas , ce serait alors sa contradictoire : pas possible ; et si l'on dit que ce n'est pas la vraie contradictoire , ce sera donc : possible de ne pas être ; mais, pas possible d'être et possible de ne pas être sont tous deux faux , comme suite de nécessaire. Comment donc, encore une fois^ possible suit-il nécessaire? Le voici ; c'est que le possible a deux sens : tout possible ne peut pas les les deux choses opposées ( Ta âvTlxeb(^6va où ^uvaTai uôcv ^uvaTov). Pour certains possibles, ceci est vrai; pour d'autres , ce ne l'est pas. D'abord , dans les possibles qui sont dénués de raison ( ^l tûv ^Lii xaxk >oY^ ^uvaTûv), quelques-uns ne peuvent pas les contraires : ainsi, le feu, force irrationnelle et de nature , ne peut que brûler, qu'être chaud. Dans les forces douées de raison (al [urà Xoyou Âuva|i.ei{) les contraires sont également possibles; et toutes

ANàLTBB de L'HEBllKMfcU. •— GOâP. m. 206

fës forces rationnelles ont cette propriété , tandis que, parmi les forces irrationnelles, il n'y en a que quelques-unes qui la possèdent. Seulement, ce qu'on prétend établir ici, c'est que toute puissance n'est pas susceptible des opposés (Snoù i^iaoL ^uvajiiç tûv âvxuceipcivcov ) , non pas même toutes les puissances de même espèce (xaTs to oiM el&oç), attendu que les puissances sont souvent homonymes ( âviai èi &uva[^sic 6(i.cdvu(i(.o( eîaiv). On peut comprendre ce qu'Aristote entend , ici , par puissance homonyme, si l'on se rappelle sa définition des homonymes , au début des Catégories; ce sont les puissances qui, sous un même nom, reçoivent cependant une définition différente, par suite de la différence même des effets qu'elles produisent.

C'est qu'il feiut bien distinguer les deux sens de possible; possible est ce qui est déjà en acte ( xact' èvepyeiav ov ) , quand on dit d'un homme qui marche, qu'il peut marcher; et ce ^ pourrait être en acte, quand on dit d'un homme valide, qu'il pourrait marcher. L'un des sens de possible s'applique seulement aux choses tnobiles et passagères (xivtîtoi;); l'autre s'applique en outre aux choses immobiles et constantes (scal flbuvifToiç).

Ainsi donc, le possible, pris d'une manière absolue, le possible ne suit pas^vérit^iblement le nécessaire , mais l'un des deux possibles le suit ; et de même que l'universel suit le particulier, de même aussi le possible, ou du moins « une partie

'204 DKUXIÈME PARTIE, — SECTIOM 1. •

« du possible , sait le nécessaire ( a3 , a ^ 1 7*) ; le ce néœssaire lui*méine est peut-être la source {ifyii « U(ùç ) de tout ce qui est , comme le noii«>néce8cc saire, la source de ce qui n'est pas, et Ton « pourrait commencer par le nécessaire les consé- « cutious présentées ci-dessus. C'est que le né- « cessaire est en acte, en réalité j de sorte que si les « choses éternelles sont antérieures, l'acte aussi « serait àntéraeur à la puissance , et , parmi .les « choses ^Mes unes sont actes (év^pysteei et^iv ôfveii « ^uva^6K )j sans puissance , comme les premières ce substances ; d'autres sont actes avec puissance , « et sont antérieures à la puissance, par nature, et a postérieures par le temps; d'autres, enfin, ne «c sont jamais des actes , et restent toujours de ce simples puissances ( èui^oifuiç (xavov ). »

En résumé , le possible et l'impossible se suivent . contradictoirement, mais à l'inverse ( avnçaTtx£»ç , ôvTeç-paiJLfiivfldc ) ; l'impossible et le nécessaire se suivent par contraires (fvoevTia>ç) ; enfin , le néctossaire et le possible se suivent àvTtfoertxûç èv«vTittc, c'est-à dire avec double opposition au mode et au sujet, modo eu verbo.

Ch. 14» ^3, a, 37. Pour compléter cette théorie de l'opposition des propositions , une dernière question reste à éclaircir : c'est de savoir précisément, si Taflfirmation est contraire à la négation; ou bien , si l'affirmation est contraire à une affirmation contraire. Si, par exemple, à cette affirmation : Tout homme est juste , le contraire est :

AKALTSS DE L*II£RllËNBlÀ. — CHÀ^* 111. 205

Aucun homme n'est juste ; ou bien: Tout homme est injuste : quelle est , de ces deux dernières propositions, la vraie contraire? Comme la'parole n'est que la conséquence forcée de la pensée , cela revient à demander, quelle est dans l'esprit la proposition.co]itraire : est-ce là proposition négative , ou celle qui affirme le contr^iQ^,(inST«afiy i s|ç âiroi^ttûç 4 Ji liD JvavTiov mui '^«Çâ^ouac^ Si y « par eœnqilM Vàn dit que le Men ^t^^i^ ; Fopinion £eius8wlSnhnée : Le bien esfttnal, ne paraitraij^nt à l'esprit aussi contraire que Topinion faus^i né«* gative : Le bien n'est pas bien. C'est donc à tort qu'on a dit que les propositions contraires sont les propositions des contraires: ail ne faut point s'arrêter aux Î!bro||osilions qui établissent que ce qui n'est ^a»^jp>iftu que ce qui est n'est pas> parce qt^e la sine qes unes et des autres serait infinie (iMuipoi ytfgl; il^faut s'arrêter uniquement à celles qui renfiofinent l'erreur (i4 iicomt), et ce sont les propositions génératrices (è^ mv aî yevémç). Les générations des choses viennent des opposés, et par suite les erreurs aussi. Si donc le bien est, à la fois, bien et non-mal, et que la première proposition soit en soi (xoO' éouro), et l'autre seulement accidentelle (xorà oufiSeêYixo;) ; car ce n'est qu'un accident du bien de n'être pas un mal; la proposition en soi est certainement,ou plus vraie, ou plus fausse, par la même raison. Donc, cette proposition ^le le bien n'est pas bien , est la proposition fiausse de ce qui est en soi ; et la propo-

206 DBUXliOiB PART». — SEGTIOll I.

« sition que le bien est un mal, est la proposition « fausse de ce qui n'est qu en accident; d'où il suit^. a que la proposition négative du bien est plus «fausse, que la proposition affirmative du con- « traire. L'erreur la plus forte résulte de la propo- <c sition contraire , puisque les contraires sont les a deux jpoinb^ les pl^^ opposés relativement^ une « méaië c]ij||sè. » ]|<J&ftnriétnarquer ^e plus que cette propoû^tftft &us4^ , que le bien «ist^. mal » est com^xe (ov(&9r$?7^r]r[ié«^) ^ et ne saurait Sjnqp^re à elle-q^éme par conséquent; car, pour dire que le bien est mal, il a fallu prouver d'abord qu'il n'est pas un bien. De plus, quelquefois il n*y a pas de contraire qu'on puisse affirmer : et alors, il ,£aut bien que la proposition fausse soU Popposée de la vraie (i ttj àX^îôei âvTwcÊi(jiivYi). 'jJ^ .y... ^ ■

a3, b, 35. Mêmes obs^vafiom^si l'on* se donne cette proposition, que le ijpn-bien n'est pas bien y et qu'on se demande quetle ^t sa contraire? Ce ne sera certainement pas que le non-bien est un mal : car les deux propositions seraient vraies à la fois ; et jamais le vrai n'est contraire au vrai. Reste donc que lenon*bieu est bien. Mêmes observations, si l'on joint aux propositions un signe d'universalité, au lieu de les laisser indéterminées.

Donc , toute proposition qui iaffirme ime chose avec vérité, en a deux fausses qui lui sont opposées : l'une , qui nie que la chose soit ce qu'on affirme qu'elle est, l'autre, qui affirme que la chose eat autre chose. La plus opposée f et par consé-

AHlâliTII Dl L'HBMiintU. — CHA». 01* 20T

qaent la contraire , est la première, c*e8t-à-dire , odiequi nie, et non la seconde, c'est-à-dire, celle qui affirme le contraire.

Id finit le Traité du langage; voici les sujets qu'Aristote y a traités :

Après avoir examiné, dans les Catégories, les idées et les choses qu^expriment les mots simples, sans oombinaison les uns avec les autres'(âcveu au|A7rXox^c}y il étudie y dans Touvrage qui suit les Catégories , les lois de la combinaison des mots, en tant que cette combinaison produit une expression (ép(XYfveia) de la pensée. Ainsi, le Traité du langage est donc tout entier la théorie de la proposition : et quelques commentateurs ont pu l'intituler, avec raison : (icepi irporaaeiiiç) de proposùione logicd.Aristote analyse d'abord les éléments de la proposition : le nom et le verbe ; puis, s'attachant à la proposition significative du vrai et du faux (âiroçovrixàç X({yoç), il la considère successivement, dans sa qualité : négation et affirmation, etdans sa quantité: universalité et particularité ; il en recherche , avec un soin tout pa||Rculier, les lois sous le rapport de l'opposition , et se demande en quoi consiste la nature contradictoire, et contraire, des propositions. Il p|isse ensuite aux propositions appelées modales, c'e$t-2idire, celles dont le sujet apparent est affecté d'un signe particulier de nécessité , ou de simple possibilité : et il étudie, dans ces propositions modales , comme il Fa fait pour les propositions simples,

SOS DBUXlàllB PJULTK. — * SECTION I.

leor opposition et leur équipollence : entin , arri^ vant aux propositions, dont l'opposition est , non plus dans le sujet , mais dans l'attribut, il pose les principes , d'après lesquels se forme réellement celte opposition quelquefois difficile à discerner.

Il semble qu'après cette analyse, on voit mieux U place considérable que le Traité du langage tient dans l'Organon ; il est évidemment le lien indispensable de^ Catégories et de l'Analytique , puisque la proposition est , elle-même , intermédiaire entre les notions simples qui la constituent, et le syllogisme, qu'elle forme en se combinant de diverses façons. En se plaçant à ce point de vue, qui nous parait de toute exactitude, on a peine à comprendre, comment Andronicus de JÊlhodes pouvait contester l'authenticité de ce traité entier, et Ammonius, celle de la cinquième partie. Il faut croire que, ni l'un , nil'autre, n'ayant suffisamment approfondi les questions de l'ippLTfveia , ils portaient leur sentence de condamnation avec un peu de légèreté. L'empreinte aristotélique nous y parait tout aussi peu contestable que dans le reste de l'Organon. Seulement, la matière est plus difficile , et peut donner naissance à des doutes , comme Aristote lui-même en avertit ses lecteurs; mais l'épiAïQveia appartient , sans aucune incertitude, au Stagirite, et par -son style, et par sa connexion intime avec tout ce qui la précède et tout ce qui la suit.

On voit sans peine, que cette théorie de la pro«

A5ALTSB DE Ii'UERMÉNEU. — GBÀP. lU. 209

position est absolument indispensable à celle du syllogisme, non pas seulement dans son ensemble, mais jusque dans ses détails. Sans la discussion de la quantité y de la qualité , et de l'opposition des propositions, il est tout-à-£ait impossible de comprendre la conversion des propositions dans le syllogisme, et le mécanisme particulier du syllogisme par Tiropossible. Sans la discussion des propositions modales , on ne saurait suivre toute la méthode des : syllogismes y dans lesquels Tune des propositions est ou contingente , ou nécessaire , tandis que l'autre est catégorique et absolue. . On peut enfin remarquer que cette longue et délicate analyse de la contradiction, dans les fiiturs contingents y tient à la polémique philosophique contemporaine, et qu'avaient soulevée Antisthène , en niant qu'il pût y avoir une contradiction réelle; Protagore, en soutenant que les deux membres de la contradiction étaient également vrais, et Anaxagore, qu'ils étaient également &UX. Aristote se montre ici , comme dans tous ses autres ouvrages , l'adversaire de la doctrine du hasard qu'il a si souvent combattue, et qui révoltait s|}n admiration profondément enthousiaste pour la sagesse et la prévoyance de la nature. (Voir nolàmment Z<^ |i.opui>v, liv. i, ch. f , page 64^9 a, lo.)

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