‹ De la logique d'AristoteChapitre 77 sur 244 · ANALYSE DES PREM. ANALYT. — LIV. II. CIIAP. IV · texte numérisé non relu

ANALYSE DES PREM. ANALYT. — LIV. II. CIIAP. IV

conclusions opposées (69, b, 4)- On a vu en effet plus haut (^Yoir page 227), que la seconde figure (69, b| 32^) ne renfermait que des conclusions particulières affirmatives ou négatives.

Cb. a7, 70, a, 3. Reste enfin l'Enthyméme ', qui est le syllogisme tiré du vraisemblable, ou du signe. Le vraisemblable (elxoç ), c'est ce qu'on sait être ou o'être pas , arriver ou ne pas arriver, le plus ordinairement (wç eVi to ttoW) ; le signe est une proposition démonstrative , nécessaire ou probable : en effet , ce qui a été précédé ou suivi d'une chose^ peut être regardé comme le signe de cette chose, qui a . été ou qui est. Le signe qui sert à fonder l!£nthyuiéme peut avoir trois positions (70, a, 12)^ comme le moyen dans les trois figures. Ainsi, on prouve parla première figure, que telle femme est grosse parce qu'elle a du lait : avoir du lait, est ici le moyen , et c'est aussi le signe. De même , on prouve, par la troisième , que les philosophes sont vertueux, car Pittacus est vertueux. Philosophes représenté par A, vertueux par 6, et Pittacus par r; comme A et B pourront être attribués à r, c'est la dernière figure. Ou peut prouver par la seconde figure qu'une femme est grosse parce qu'elle est pale; car être pâle est à toutes les femmes grosses, et celle-ci est pâle. Le moyen est attribut dans les deux propositions. Pâle représenté par A, être grosse par B , femme par r.

t. Aristote prend ici le mot d*Enthyméme dans un sens spécial et <|al ne répond pai eolièremeot à celui qn*o» lai donne maintenant.

274 DEUXIÈME PiUlTIE. — SECTION I.

Quand on ne met à rEnthyméme qu'une seule proposition y c'est toujours le signe qu'on prend, quand on y met les deux propositions , c'est une sorte de syllogisme complet On rétablirait ainsi : Pittacus est ambitieux : les ambitieux sont généreux : Pittacus est donc généreux. Ou bien : Pitt»» eus est philosophe ; il est humain : donc les phile* sophes sont humains. Il faut remarquer que l'Ënthyméme de la première figure est irréfutable quand il est vrai y car il est général ( oXuto;, sudBûixi yap er^v); celui de la dernière est £icilement réfu<* table, bien que la conclusion soit vraie, parce qu'il n'est pas général, ou ne s'adresse pas directement à la chose en question (où irpo^ to irpâypM); en effet, parce que Pittacus est vertueux, il ne s'ensuit pas que tous les philosophes soient vertueux. Celui de la seconde figure est toujours réfutable : il n'y a pas là de vrai syllogisme ; car si les femmes grosses sont pâles , et que cette femme soit pâle, U ne s'en^ suit pas nécessairement qu'elle soit grosse. Le vrai peut donc appartenir au signe, dans tous les sens qu'on vient de dire, mais aussi, avec les différences qu'on vient d'indiquer.

Une conséquence fort importante de ceci, c'est que le signe peut servir à connaître la nature propre des choses {fjawfitaiLWM)^ si l'on accorde que l'âme et le corps éprouvent des modifications simultanées , par suite de toutes les impressions physiques. Ainsi , supposons qu'un genre d'êtres ait une qualité qui lui soit propre (iiia)^ psr

ANALYSE DBS PREM. AffALTT. — UT. II. CHAP. IT. 27S

exemple : le courage aux lions; nécessairement ils auront un signe extérieur de cette qualité, et ce sera, je suppose, d avoir de fortes extrémités {fJyoikùL flbcpù>Tiffpia). On pourra donc connaître le courage des êtres par cette puissan ce des extrémités : mais il faudrait admettre que cette qualité et cesigne seraient uniques 9 la qualité unique étant représentée par signe unique, et réciproquement; on pourrait juger alors par ce signe du courage de rhomme, ou de tel autre animal. Il serait possible de construire le syllogisme physiognomonique dans la première figure, en admettant que le moyen est réciproque au majeur, et qu'il est plus étendu que le mineur (tou 8l Tp&Tou ÛT^epTeîveiv). Ainsi , courage représenté par A , avoir de puissantes extrémités par 6, et lion par r. B e&t bien à tout ce à quoi est r ; mais il est aussi à d'autres êtres : mais A est à tout ce à quoi est B, et non à d'autres : il lui est réciproque (âvTirpe9ei) : sinon , un signe imique ne représenterait plus une qualité imique.

Cette observation ingénieuse par laquelle se termine le second livre des Premiers Analytiques , aurait peut-être mérité de la part d'Aristote un plus long développement. Le pbilosophe alors aurait été conduit à^ous exposer la théorie de l'observation en bistoire naturelle, la théorie de Tétudede la nature, dont il a donné lui-même une si magnifique application dans l'Histoire des animaux j et dans ses autres traités sur leur Généra-

276 DECXlfeME PARTIE. — SECTIOIf 1.

tion, sur leur Mouvement, etc. Mais ce n'était point ici le lieu, et il lui a suffi d'indiquer le lien qui unit l'Enthymême et le syllogisme à la connaissance habituelle et vulgaire des phénomènes physiques.

Avec le second livre des Premiers Analytiques^ se termine la théorie complète du syllogisme. Pour la résumer, on peut dire qu'Aristote Va traitée, dans toutes ses parties, avec une sagacité^ une profondeur, dont rien depuis n'a reproduit l'exemple. 11 a considéré le syllogisme dans ses éléments simples et ses éléments composés, propositions absolues et propositions modales : il Ta considéré dans sa partie essentielle, le moyen, et ^1 a tracé la méthode des rapports du moyen à l'un et l'autre extrême : il a montré comment on pouvait dégager, des raisonnements ordinaires, les éléments du syllogisme régulier, et les discerner les uns des autres. Il a montré ensuite, quelles étaient les propriétés du syllogisme, relativement à la vérité de la conclusion : quels en étaient les défauts ; et enfin , pour compléter le système, il a parcouru les formes diverses de raisonnements autres que le syllogisme, et il a prouvé que toutes s'y rattachaient sans aucune exception.

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