‹ De la logique d'AristoteChapitre 84 sur 244 · ANALYSE DES DERN. ANALTT. — LIV. II. CHAP. V · texte numérisé non relu

ANALYSE DES DERN. ANALTT. — LIV. II. CHAP. V

« La nécessité est de deux sortes ; Tune est selon la nalure et la spontanéité des choses; l'autre au contraire est de violence, et opposée à cette spon* tanéité. Ainsi , c'est bien par nécessité que la pierre monte, ou qu'elle descend; mais la nécessité n'est certainement pas la même dans les deux cas. Dans les choses que produit l'exercice de rintelligence , il n'y a jamais pour les unes, comme une maison, une statue, ni de spontanéité, ni de nécessité , mais une cause finale; pour les autres, il y a aussi du hasaixl , comme la santé, la conservation de l'existence. C'est surtout dans les choses où il peut en être d'une façon aussi bien que de toute autre, et dont la pï*oduction n'est pas fortuite, que la tin bonne qu'elles poursuivent s'accomplit en vue de quelque but , soit parla nature, soit par l'art humain. Le hasard n'a jamais de cause finale.

«Ch. la, 95, a, 10. La cause, du reste, est toujours la même pour ce qui arrive , est arrivé ou arrivera, que pour ce qui. est. C'est toujours le terme moyen qui est cause : seulement dans ce qui est, il est; dans ce qui arrive, il arrive; dans ce qui est arrivé, il est arrivé; dans ce qui arrivera, il arrivera. Ainsi, par exemple, pourquoi y a-t-il eu éclipse? Parce que la terre s'est interposée. L'éclipsé aura lieu parce que la terre s'interposera : elle a lieu parce que la terre s'interpose. »

Quel est donc le rapport de la cause à l'effet ? Le

S2S nDUiMB PARTIE. — SIGTION I.

-voici. Jjk cause peut être ou n'être pas simultanée à TefFet : la cause simultanée est la plus fréquem* ment employée pour terme moyen; et alors elle varie avec l'efFet, relativement au temps présent, passé et futur. Quand elle n'est pas simultanée k l'effet I elle lui est nécessairement antérieure. On peut donc conclure démonstrativement la cause, de l'effet qui l'a suivie faire toû û^^pou yi^^inçi <Tu>XoYtc[x^) , mais on ne le peut pas réciproquement de la cause à l'effet.

Aristote renvoie ici (gS , b, 1 1), pour plus de clarté ((toXXov çovcpcuç), à ses généralités sur le mouvement, sans doute dans la Physique, liv. 3 (èv

ToTç xaOdXou npt xiVTfaecoç).

Dans les démonstrations circulaires (96, a, 1) dont il a été question antérieurement (iv tok irptitoi;), les causes et les eflTefs peuvent être démontrés circulairementy c'est^-dire, les uns par les autres. Ainsi, quand la terre est humide, il se forme de la vapeur, et par suite de la vapeur, un nuage, et par suite du nuage, delà pluie; par suite de la pluie , l'humidité de la terre : mais ceci est précisément le point de départ, ot l'on y est revenu circulairement (xuxX<p iripteXTiXuOev).

Enfin dans les choses qui , sana être étemdies , sont le plus souvent (ûc M to iroX^i ) d'nne cerf aine façon , il faut que le moyen , c'est«à<lire la Ornse, soit aussi de la même espèce; et les principies immédiats en sont alors également»

Après avoir ainsi étudié les causes, cfetti»à»dîre,

A1IALT8B tXËM DBRN. AilAI.VT. ^ Uf » U, CHAP. V. SfS

le mojren de la démonstration , Arislote pa38a au sujet de la démonstration (ob. iS^ 96, a, a3)i et il trace les règles de la définition qui consiste k radieroher les attributs essentiels de la cbose («rà ri «^ SI iciv xaTTiyopoufuva)* Lbs attiîbuts essentiels peuTent être égaux à leurs sujets» ou être plus étendus qu'eux {hn^^thu im 'KÏhij, Ainsi Timpaîr est l'attribut essentiel du nombre trois; mais il est auW à d'autres choses que trois, et le dépasse par conséquent : il est par exemple k cinq; mais on voit que, du moins, cet attribut essentiel ne sort pas du genre, puisqu'il iaut toujours que l'impair s'applique à |iq nombre. Ou aura de cejtfee &çon des attributs essentiels, qui pourront chacun, pris à part, dépasser le sujet; niais qui, tous réur nisy ne le dépasseront pas, c'ef»t-à-dire que l^r^ ensemble ne pourra convenir qu'i^ lui seul* H faui dooc, pour bien Taire la définitiopt du sujet (97, a, s3), n'admettre que le^ attributs esjsentiels , \^$ classer sd<w r<>rdre qui leujp appartient , et n'm omettre aucun. JL<e premier attribut essentiel est celui qui est la conséquence de tous les autres t mais dout tous les autres ne sont fm la oou^ quence;etainsi de suite pour tous les attributSf w exeeptant d'^dieord le prem^ert puis h secpud $ elQ. Du reste (97, b, 26), toute définition est tou^ jows «nivenftelle, c'estrà-dive qufilW couirii^Dt à tout le défini Ce qu'il faut recJUeriïjher dans Im démonstrations» c'est la vérité (v»ip4fx^^)f <1^>^ Iw défimtwns , c'est h çlavié (4 fMfftc)# #t| pimr r^->

524 rauxikifB partie. — section i.

tenir, il faut soigneusement éviter les termes homonymes et les termes métaphoriques (i|Awvu(uaC| (UTftfopaiç ).

Ch. i4 9 98 , a, L.Pour bien poser les questions à démontrer (toc rpoêX/i^ara ) , il faut dégager (hîkiyti^) le sujet, auquel appartient primitivement la qualité particulière qui fait Fohjet de la démons-» tration (ch. ]5, 98 , a, ^4)* Le^ questions sont les mêmes (ta ai>Tà) dans le moyen commun qui serf à les démontrer : elles peuvent être identiques^|)ar le genre, et diverses par l'espèce. Par exemple, s'il s'agit de savoir ce qui produit l'écho, ce qui produit la vision , et ce qui produit l'arc-en-ciel , c'est pour tous ces phénomènes une seule et même question en genre, puisque la cause de tous n'est qu'une réfraction , un brisement (ccvaxXaaiç) ; mais ces questions sont spécifiquement différentes; ici c'est le son, là c'est la lumière. Le moyen, d'une question, sa cause, peut aussi être subor^ donnée au moyen, àla cause d'une autre. Pourquoi le lit du Nil est-il plus plein k la fin du mois? Parce qu'il pleut davantage à la fin du moi» : et pourquoi pleut- il davantage à la fin du mois? Parce qu'il n'y a pas de lune, et c'est parce qu'il n'y a pas de lune que le Nil se gonfle à la fin du mois.

Ch. 16, 98, a, 35. On peut se demander commenl l'existence de l'effet donne à connaître l'en»* tence de la cause, et réciproquement, commentla cause fait connaître l'eflet Quand la cause est

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connue, il faut nécessairement que l'effet soit connu ; mais on peut connaître l'effet snns en savoir précisément la cause (98, b, aS), parce que plusieurs causes peuvent concourir à un effet unique. Dans la démonstration proprement dite (laV axm)f dans la démonstration de la cause , il n*e8t pas possible qu'un seul effet puisse être rapporté à plusieurs causes , puisqu'on y considère la chose en soi, et non pas les accidents, et les signes particuliers qui peuvent la révéler ((i-^ xarà eniteïby); seulement, le moyen y est pareil à la question elle-même : homonyme, par exemple, si elle est homonyme , etc. Le moyen alors constitue la définition même de la majeure {lç\ èi to (ugov Xoyo; ToS irpa>TO*j cexpou).

Toutes les questions qu'Aristote traite ici sont peu développées, et manquent peut-être aussi de clarté, à cause de cette précision même. Mais on peut penser qu'il s'est abstenu d'une discussion complète, parce qu'elle devait mieux trouver place dans la Métaphysique.

Ici se termine, comme dit le philosophe luimême, la théorie du syllogisme et de. la démonstration (9u\^oYi<7{Aoij»xaicc7ro^ei^e&>ç).L<'i seule question qu'il reste à éclaircir, c'est de savoir comment se Forment, dans l'intelligence, ces principes qui servent de base à la démonstration comme au syllogisme, et quelle est dans l'âme la faculté qui les connaît, et qui les subit (Yvo^piZ^ouoroc tl%q). C'est

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Tune des questions les plus graves que puisse se poser la logique ; et dans ces derniers temps, c*èst sur ce problème qu'ont porté presque tous les efforts de la philosophie du dix-huitiémësièdei et de Celle du Aôti'e. Dans le inoyen-àgii^ bn s'occupa Surtout dé saroir ce qu*étûient en soi ces principes y se fbi^tnulant en idées Universelles^ et de là lès ddctrines du i^liéme et du nbminalisme. Ici Aristt)te se propose de rechlSi^ cher^ non point ce quesotit, dans la naturel les tuii- Versaux y qui ^ comme il Ta dit hii->méme plusieill^ fois, ne lui paraissent qU*titlé affaire de forttie, mais bien y d'où viennent ces principes immédiats, iudémontrables, sans lesquels il n'y a ni (ionnaiësance ni démonstration. Il importe d^ lé laisser parler lui-même , de peur d'altérer sa petisée dans tin sujet si délicit, où la moindre nuance niai saisie peilt causer de gravés eri*eurs.

Ch. 19» p- 999 b, 17. ce Quant à savoir, dit-il, ^ commetit les pridcipé^ eux-mêmes nous sont « connus, et quelle est en nous la faculté qui les « connaît, voici ce qui nous l'apprendra, après « toutes les questions éclnircies plus haut

«» Ofi a dit antérieurement que là démonstration k ne peut donner la science , qu'à la condition de « donnaitre préalablement leâ principes immédiats. « Mais on peut se demander si , pour les prin- « cipes immédiats ^ lé tuode par lequel où en ac- « quiert là connaissance , est le même que podf lés « autres» ou s'il est différent; s'U y a sdedctt pour

▲NÀlTSB Dtt DUUf . AMàLTT. — UT. U. CHAP. T. 817

ceux-là comme pour ceux-ci; s'il y a seulement science réelle pour les uns , et un mode divers d'acquisition pour les autres; et enfin , si les acuités qui en nous connaissent ces principes , a'aoqiHèrent sans être innées, ou si, étant innées, elles nous sont inconnues^ Il est absurde de penser que nous ayons ces principes ; car alors , tout en ayant une connaissance plus exacte que là démonstration même, nous n'en saurions rien. Mais ai nous supposons que nous n'avons pas antérieurement ces principes, comment pour^ riona-nous en acquérir la connaissance, et les apprendre sans connaissance préalable? La chose, en effet, est impossible, ainsi que nous l'avons prouvé en traitant de la démonstration. 11 est donc clair qu'il est impossible à la fois , et que nous ayons ces principes, et que nous les acquérions, sans avoir antérieurement aucune connaissance quelconque. Il £aut donc nécessairement que nous ayons Une certaine faculté de les acquérir y sans que toutefois cette faculté 6oit plus précise et plus relevée que les principes eux-mêmes.

« Or, cette faculté semble se trouver*dans tous les animaux. Ils ont ime faculté innée de jugement, qu'on appelle la sensibilité. Dans quelques animaux, cette faculté native est accompagnée de la persistance de la sensation; dans les autres^ elle ne l'est pas. Dans ceux pour qui cette persistance u n'existe point , la connaissance ne va pas au-<lelà

« de la sensation ^ soit d une manière absolue , soit a pour les objets dont la [)erception est tout aussice tôt effacée. Ceux au contraire où elle persiste, V conservent ^ outre la sensation , quelque modifi- « cation dans Tâme. Ces modifications , se muiti* « pliant, prennent un caractère distinct, et c'est <c de cette permanence que se forment la raison a chez certains animaux, tandis queid'autres n'en « ont pas. De la sensation vient donc la mémoire, « comme nous le disons, et de la mémoire vient <c rexpérience, quand un même feit se répète plu* <c sieucs fois. Les souvenirs, quelque nombreux « qu'ils soient , ne forment cependant qu'une seule « et même expérience. Cést de l'expérience et a de tout objet général s'arrétant dans Tàme, « c'est de toute unité qui ressort de la pluralité, ce en étant une et identique dans tous les cas parte ticuliers , que se forme le principe de l'art et de <( la science; de Tart, quand il s'agit de produire et quelque chose; delà science, quand il s'agit seucc lement de ce qui est.

« Ainsi donc ces principes ne nous sont pas préce cisément innés , ils ne procèdent pas davantage « de principes plus évidents qu'ils ne le sont euxcc mêmes; ils naissent de la sensation. Dans une « déroute, quand un fiiyard vient à s'arrêter, ce un autre s'arrête aussi, puis un autre, jusqu'à « ce que la tête même des fuyards cesse de « fuir. L'Ame est faite de manière à potivoir ce éprouver en elle quelque chose d'analogue. Cest

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:e qu'on a souvent répété; mais, connue on l'a joojonrs dit peu clairement, nous ne craindrons pas de le redire. Lors donc qu'un de ces objets lomogènes vient à s'arrêter, il forme le premier, iam l'âme, une idée universelle : l'âme en effet I Inen la sensation du particulier^ mais la sen- U^lkm s'élève à l'universel; c'est la sensation ferbomme par exemple, et non de l'homme in- Imduel, Callias ou tel autre. Le reste alors s'arrête aussi, jusqu'à ce que se forment ainsi les id4es indivisibles et universelles : par exemple, Je tel animal individuel se forme l'idée générale ft'ftoimal, qui sert également elleHijéme à eh former, d'autres.

nCest donc évidemment une nécessité pour nous d'arriver par induction à la connaissance des premiers principes ; car c'est ainsi que la sensation eUe*méme arrive à nous donner le généraL Mais, comme, parmi les facultés de l'âme qui nous servent à atteindre la vérité , les unes sont toujours vraies, et que les autres peuvent être busses: la conjecture, par exemple, et le raison- Qement; comme la science et l'intelligence sont éternellement vraies , et qu'il n'y a rien de supérieur à la science quti Tentendement lui-même; comme, en outre, les principes sont plus évidents que les démonstrations; et que toute science repose sur la raison , il s'ensuit qu'il n'y a pas de science pour les principes, parce qu'il ne peut y avoir que l'entendement qui soit plus vrai

S50 VmOJÈME PARTIS. — CIGTIOM I.

m que la science. L'entendement s'applique donc m aux principes, et cela même nous prouve que le ff principe de la démonstration n'est pas une dé* « monstration , et , qu'en un mot , il n'y a pas de « science de la science. S'il ki'y a donc au«delà de a la science aucun genre de vérité, c'est i'enten* « dément qui est le principe de la science; ainsi, ce il est le principe du principe , et tout principe « est dans un rapport analogue relativement à « tous les objets qui le concernent. »

Avec le second livre des Derniers Analytiques, finit la première moitié de TOrganon , et la plus importante, sans contredit. Op peut voir maia<» tenant que la méthode entière, partant des notions simples, sans liaison, comme sans vérité ni erreur, c'est*à-dire des Catégories,et arrivant, par le syllogisme» k la démonstration et à la certitude de la connaissance, est complètement achevée. Les principes sur lesquels repose la connaissance ont été développés, étudiés, depuis leurs éléments indivisibles jusqu'à leur combinaison la plus parfifiite et la plut reculée. S'il reste quelque chose à £iire, «'est uniquement de montrer comment cette constitution absolue de la science, donnée indépendamment de toute application , et par l'analyse la plus pure, s'abaisse devant la pratique , et descend du nécessaire et de Téternel , au probable et au contingent. Cette dernière partie de rOrgymon appartient donc à la science subalterne qu'Aristote nomme la Dialectique (Voir plus haut page »47)»

A5ALTSB tXÈB DÈRIf . kSiÂtti» — lit. H. CHAP. V. IM

de même que toute la première partie, oo du moitis celle qui concerne le syllogisme et la dé* ttiôàstfàtion, se rapporte à l'Analytique , t^^U Mitb^ k h science formelle de la vérité.

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