ANALYSE DES TOPIQUES. — UT. I. CHAP. TI. S4T
animal et oiseau s'appliquent tous deux, comme* genres, k corbeau (107, a, 33). Cet examen des genres doit s'étendre de la chose même à son contraire. Il faut aussi décomposer les définitions, et , en retranchant Tattribut, voir si ce qui reste est identique (107, a, 37); ainsi, voix claire, couleur claire : Claire étant ôté, reste voix et couleur, qui ne sont pas identiques; donc Claire est homonyme, mais non pas synonyme (Voirie début des Catégories). Souvent cette homonymie fait que Ton compare des choses qui n*ont aucun rapport de plus ou de moins, ni de ressemblance : ainsi, Ton compare une* voix et une couleur, parce que l'une et Tautre sont claires. Les synonymes , au contraire, sont toujours parfaitement compara- ^
blés (i07,b, ig). Il se peut aussi que, sous le même mot, se cachent des différences de genres dissemblables, et non subalternes. Quand les différences sont autres pour les genres contenus sous le même mot,c*est que le mot est homonyme : tel est le mot Couleur, dont les différences ne sont pas du tout identiques, si Ton applique cette expression aux corps, ou si on l'applique à la nuance des mélodies. Enfin, comme l'espèce ne peut jamais être la différence, il faut voir si, des deux significations contenues sous le mot. Tune n'est pas différence, et Tautre, espèce : ainsi, Claire peut-être une espèce de la couleur ; il peut être une différence pour la voix ; car une voix se distingue d'une autre en ce qu^êlle est plu9 ou moins claire.
54 s oicrxiicMB pàrtii. — section 1.
' Cb. i6, J07, b, 39. Restent les deux autres instruments dialectiques : la différence et la ressemblance, beaucoup plus simples l'un et l'autre que les précédents. La différence doit être cherchée dans les genres eux-mêmes, comparés les uns aux autres. Dans le même genre, ou les genres voisins, la différence est difficile à saisir; dans les genres éloignés , au contraire , elle est très aisée à distinguer.
Ch. 17, 108, a, 7. La ressemblance (6(i.oioTy)Ta) peut être cherchée dans des genres divers : ainsi, la vue pour l'œil, l'entendement pour l'âme : le calme sur la mer, la sérénité au del; ou bien, dans le même genre, comme, dans le genre animal, l'homme, le chien , le cheval , peuvent avoir des ressemblances; mais il vaut mieux s'exercer dans les genres fort éloignés les uns des antres.
Ch. 18, 108, a, 18. Voici maintenant l'utilité des trois derniers instruments dialectiques. La connaissance des significations diverses, de l'homonymie, doit servir à rendre les raisonnements plus claira , et à les appliquer à la chose elle-même, et nop pas seulement à son appellation (xal [AYjxpic T ouvofiia). Quand on ne connaît pas les sens divers d'un root, il peut arriver que le répondant porte sa pensée sur un de ces sens , et l'interrogeant, sur un autre. Gettedistinction bien observée empêchera le premier de faire des paralogismes, et permettra au second de confondre son adversaire. Du reste, le dialecticien doit bien se garder de discuter surit
A19ALT8B DES TOPlQUBfl. — LIT. I. CHAF. TI. 549
mot seul (to irpoç t ouvofjia 8%eùJrft(Aai\ à moins d'absolue nécessité.
108, a, 38. La connaissance des différences est utile dans les raisonnements, qui ont pour but de savoir si une chose est autre ou identique (irepl ToeÙTou xal ér^pou) , et pour donner clairement l'essence des choses (ti içi).
108, b, 7. Enfin , la connaissance des ressemblances est utile pour les inductions, pour les syllogismes hypothétiques (i^ ùiroOldectK), et pour les définitions. Comment peut-on faire une induction, si Ton ne connaît pas les semblables de la chose qu'on veut démontrer ainsi (rà opia)? Quant aux syllogismes hypothétiques* il en est de même , parce qu'il est probable, que ce qui est pour un des semblables sera aussi pour les autres: de sorte que , ceci posé {iTçohéyLi^oi) , ce qu'on démontrera d'un sembicible sera aussi démontré pour l'objet en question (7;poxei[Ji£vov). En dernier lieu, la connais^ sance des ressemblances est utile aux définitions, parce qu'en sachant ce qui est identique dans chaque choseà définir, on n'aura point à élever de doute sur le genre dans lequel le défini doit être placé, et l'on ne se trompera pas en donnant pour genre dans la définition, ce qui est commun aux choses comparées.
Tels sont les instruments qui forment les syllo* gismes dialectiques (Spyava ^i' âv). Oiï exposera, dans le livre qui suit, les lieux auxquels ils peuvent s'appliquer utilement.
Comme on le voit, toute cette exposition de l'objet de la Topique, et de ses procédés fondamentaux, est parfaitement nette: il n'a fallu ici que suivre Aristote pas à pas, en Tabrégeant, pomr rendre sa pensée fort claire. On doit remarquer, en outre, que toute cette théorie, sans rappeler for* mellement celle du syllogisme, la suppose; et qu'après avoir lu ce premier livre, il est bien difficile de pensef qu'Âristote n'eût pas fixé déjà les bases des Catégories , du Traité du langage, et des * deux Analytiques. L'examen des livres suivants M pourra que confirmer cette opinion.
Analyse da livre second.
Aristote s'occupe d'abord du quatrième attribat dialectique, de l'accident: il ne donne aucun motif de cette préférence; mais on a pensé , et c'est avec raison, qu'il commence par cet attribut, parce qu'il est le plus commun de tous. On peut ajouter que beaucoup de lieux qui appartiennent à l'acddent, se trouvent également appartenir aux autres attributs, pour lesquels il suÛira de Texposition qui les aura précédés.
La première remarque qu'il convient de faire sur l'accident , c'est qu'il est toujours limité de quelque manière, et qu'il n'est jamais complète* ment imivcrsei^(cb. i, 109, a, a). Les propositiaoi
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universelles, négatives ou affirmatives, ont cet avantage, quelles peuvent également servir à établir, ou k réfifter, Tuniverselet le particulier. Ainsi, que Ton démontre qu'une chose est à tout, on aura démontré par cela même qu'elle est à quelque chose; et réciproquement, si Ton démontre qu'elle n'est à rien, l'on aura démontré aussi qu elle n'est pas à tout. Cette conversion est très difficile pour la dénomination propre (oixeiocv cv.otMLaiav) qui vient de l'accident. Pour la définition, pour le propre, pour le genre, la conversion est au contraire toute simple. Si Ton a démontré, pour la définition par exemple, que quelque chose est à l'animal terrestre bipède , il y a certainement un animal terrestre bipède : pour le genre, si l'on démontre que quelque chose est à l'animal, il y a certainement un animal: pour le propre, si l'on démontre que quelque chose est à l'être susceptible d'apprendre la grammaire , il existe certainement un être susceptible d'apprendre la grammaire. *L'existence de toutes ces choses n'est pas limitée (xocTa ti"!; elles sont absolument, ou ne sont pas. Pom' l'accident , au contraire , il peut être limité : il ne suffît pas en effet de démontrer que la blancheur, la justice, existent, pour prouver qu'il y a un homme blanc, un homme juste. U n'y a pas ici de nécessité, comme plus haut, pour la réciprocité.
On peut commettre d'ailleurs deux espèces de iaules : ou Ton se trompe complètement , en sou-
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tenant le faux (t^^ ^vj8t(^ciLi); ou Ton sort du mot qu'il s'agit de discuter (wapaSaiveiv t7;v xcif^évuiv W^ivj. Il faudra tenir compte de ces \leux genres d'erreurs, en recherchant si l'accident est bien ou mal attribué.
Ch, a, 109 , a, 34. Un premier lieu pour réfater l'accident, sera donc de voir si l'adversaire n'a pas donné, comme accident , ce qui existe de tout autre façon. Celte erreur s'applique surtout aux ge/ires: s'il a dit, par exemple, qu'un accideot de la blancheur , c'est d'être une couleur, ce n'est certes pas là un accident de la blancheur, c'en estle genre. C'est qu'en effet, l'attribution du £*enreà l'espèce se fait toujours sy nonymiquement, puisque l'espèce admet et l'appellation et la définilion en genre, et non point paronymiquement, commeoD l'a fait ici. Ainsi, en disant que la blancheur est colorée, on n'a dit la chose, ni comme genre, ni comme propre, ni comme définition, puisque le propre et la définition n'appartiennent jqu'à la chose seule, et que la blancheur n'est pas la seule chose qui puisse être colorée, une foule d'âutrcs objets pouvant l'être aussi bien qu'elle. On a Hune à tort attribué la couleur à la blancheur, comme accident.
On peut, pour défendre la question ou la réfuter, parcourir tous les objets auxquels il a été dit qu'une chose est, ou n'est pas , comme accident Si Ton a dit que les opposés' étaient simultanément connus, on examinera si les rdatifis, st
ANALTSE DBS TOPIQUES. — LIY. II. CHAP. VI. 355
les contraires 9 si les opposés par privation et possession , si les opposés par négation et affirmation , sont en effet connus simultanément : et si Ton prouve qu'un seul ordre d opposés ne Test pas, on aura réfuté , par cela même, l'universalité de l'assertion.
Il est à peine besoin de faii*e remarquer ici que toute cette théorie se rapporte à la doctrine des Catégories y qu'elle la suppose, et que, sans elle, tous ces passages des Topiques seraient à peu près inintelligibles.
Un troisième lieu (109, b, 3o), c'est d'étudier la définition même de l'accideut, et de la chose à laquelle on l'applique , et de voir si l'on n'y a point pris pour vrai quelque chose qui ne l'est pas. Quand on rencontre des termes obscurs, il Êiut leur en substituer* de plus clairs , jusqu'à ce qu'on soit arrivé à quelque notion parfaitement évidente (eiç yvwpipLov).
On peut aussi (i 10, a, 10) se faire à soi même une objection, que l'on tourne contre la question : ce lieu rentre dans le second indiqué plus haut, et n'en diffère que par la forme (tw rpoTro)).
Il faut prendre garde (iio, a, 14)9 soit qu'on réfute , soit qu'on soutienne la question , de ne point employer lesidées et les expressions vulgaires (6>ç ol TToXWi). Si, par exemple, Ton veut savoir ce que c'est qu'une chose vraiment salubre , il nQ faut pas s'en rapporter aux opinions de la foule , mais à celle des médecins ; et trai- I. i?.
ter en conséquence l'accident dont on s'occupe.
Ch. 5, I lo 9 a , 23. On doit observer avec le plus grand soin y de lune et lautre part, les significations diverses de la chose, soit que la différence tienne à l'homonymie et à la forme seule des mots, soit qu'elle tienne à la pensée entière.
Ch. 4 y m 9 â 9 8- Une attention que doivent avoir les adversaires, chacun de leur côté, c'est de prendre toujours dans la question des termes parfaitement compréhensibles.
Aristote énumère ensuite cinq lieux utiles pour connaître la fausseté des accidents. Voici le principal, qui repose essentiellement sur la doctrine des Catégories (i 1 1 , a , 33). « Il y a nécessité, dita il, que ce qui reçoit le genre comme attribut, « reçoive, aussi comme attribut, quelqu'une des <c espèces : et tout ce qui» reçoit le genre, ou est « nommé dérivativement du genre (7rapft)vu(jwi); im « Tou yévou;), doit nécessairement recevoir aussi ce quelqu'une des espèces, ou être nommé dériva- «c tivement d'après elle. Ainsi, qu'on attribue la c< science à quelqu'un , on lui attribuera, par cela ce même, ou la grammaire, ou la musique, ou telle «c autre science; et si quelqu'un possède la science, cic ou est nommé dérivativement d'après elle, il ce faudra qu'il possède, ou la grammaire, ou la <c musique, ou telle autre science, et qu'il soit, « d'après elle, nommé dérivativement, soit gramce mairien , soit musicien. Si donc, dans la discusce sion, l'on propose un accident venu du genre de
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« quelque façou que ce soit; par exemple queTàme a se meut, il faut examiner si Tàme peut se mouvoir a suivantrune des espèces diverses du mouvement; a si elle peut ou s'accroître, ou périr , ou naître , «ou si elle a tel autre mouvement; car, si elle « ne se meut suivant aucune de ces espèces , il est a clair qu'elle ne se meut pas. Ce lieu peut servir a à la fois pour soutenir , et pour réfuter la pro- <c position. £n effet , si l'âme se meut suivant une €c des espèces du mouvement, il est clair qu'elle se a meut: si elle ne se meut suivant aucune, il est ff clair qu'elle ne se meut pas. »
Il faut ajouter idi que non seulement cette théorie des Topiques se rapporte aux Catégories de la manière la plus incontestable , mais encore qu'elle se rapporte à cette dernière partie dont Andronicus de Rhodes contestait l'authenticité (Voir plus haut page 49)«
Ch. 5, III, b, 3^. Un moyen sophistique, et qu'il ne faut employer qu'en cas d'absolue néces* site, c'est de faire dévier la discussion sur un point où l'on doit trouver aisément des argu-? ments contre l'adversaire.
Ch. 6, 1 12 , a, 1^4 . Dans les choses qui doivent avoir nécessairement Tun des deux contraires, si Ton a des arguments pour l'un, on en aura également pour l'autre. Si l'on prouve, en effet, que l'un est , on prouve par cela même que l'autre n'est pas: ainsi, la santé et la maladie dans le corps humain. Ce lieu peut donc servir aux deux
55(( DECXIËME PARTIE. — SECTION I.
parties également. On peut, au . reste , discuter ici sur la véritable signification du mot et sur sa définition étymologique, en se demandant, par exemple, avec Xénocrate (i la , a, 37), si la signification d'eù^aipLCdv est bien : qui a 1 ame vertueuse , parce que Tàme est le génie de chacun de nous (éxotçou 5ai(jL0va).
Deux autres lieux consistent à examiner, si l'adversaire n'a pas pris pour accident nécessaire ce qui n'est qu'accident habituel, sans caractère de nécessité, et réciproquement; ou s'il n'a pas donné la chose elle-même , comme accident de la chose , sous un #om différent. C'est ainsi qu'Orodicus divisait \%s plaisirs, en joie, amusement, contentement, ne voyant pas que tous ces mots ne sont que les noms divers d'une même chose : le plaisir.
Ch. 7. 1 12 , b, 27. Les deux contraires peuvent du reste se combiner de six façons ( (n»p.77>.^xeTai à^YiXoiç) I** a® étant l'un à l'autre, comme: faire du bien à ses amis', du mal à ses ennemis; et, faire du mal à ses amis, du bien à ses ennemis; 3^ 4^ les deux contraires étant à une seule chose : faire du bien ou du mal à ses amis; faire du bien ou du mal à ses ennemis ; 5^ 6^ une seule chose étant aux deux contraires: faire du bien à ses amis, à ses ennemis; faire du mal à ses amis, à ses ennemis. U est facile de voir que les deux premières façons ne font pas une véritable opposition par contraires ( èvavTtuviv ). 11 faut considérer attenti-
ANALYSE DES TOPigUKS. — LIV. n. CHAP. TI. 557
yement toutes ces nuances, soit qu'on réfute, soit qu'on défende la proposition.
Quand l'accident a un contraire, il faut examiner si ce contraire n'est pas aussi à la chose à laquelle on attribue l'accident; car alors l'accident n'est pas à la chose , puisque les contraires ne sauraient être simultanément à une seule et même chose.
Il faut voir (i i3, a, 34)9 si l'on n^a point donné un accident qui, étant admis, entraîne avec lui les contraires. Ainsi, on a prétendu que les Idées étaient en nous (i^éaç èv TÔpv); il s'ensuivra donc qu'elles sont mobiles comme nous le sommes, sensibles comme nous le sommes; ce qui est contraire à l'opinion des partisans des Idées.
Ch. 8, T i3, b, i5. Aristote prescrit encore un lieu relatif à la nature du sujet qui réunit les contraires; dans le chapitre suivant, il en indique un autre qui se rapporte à la consécution des contraires par négation ou affirmation , et il reproduit tout-à-fait la doctrine du Traité du langage. Il examine en outre la consécution des con. traires, par privation ou possession (1 14^ a» S\ et par relation ( 1149 a, i3), et c'est également la doctrine des Catégories qu'il rappelle.
Ch. 9, 1149 a, 26. Il faut aussi, pour l'accident, regarder aux conjugués (<niS"oixa), et aux cas (irrwdei;); les conjugués, c'est, par exemple, justice juste, courageux courage: les cas, c'est, juste jys* tement. Les cas sont donc des conjugués; et l'on entend en général par conjugués toutes les choses
de la même série ( (xuroiy tav ), justice, juste, justement, etc. Si l'on a démontré que l'un des conjugués est bon ou qu'il est mauvais, on aura démontré, par cela même, que tous les autres le sont également. Il ne faut pas, du reste (i i4,b,6), se borner à l'objet en question , il faut examiner aussi le contraire dans le contraire! Ainsi, on dira que le bien n'est pas nécessairement agréable, puisque le mal n'est pas nécessairement pénible. Il faut, en outre (i i4, b, i6), regarder à la génération et à la destruction des choses (yevecsi; xai çôopal). Si les générations sont bonnes, les choses léseront, et, réciproquement; pour les destructions, c'est tout à Topposé; car, si la destruction est bonne , c'est que la chose est mauvaise; si la destruction est mauvaise, c'est que la chose est bonne.
Ch. lo, ii4,b, ^5. Pour la ressemblance de» accidents, il faut voir si les choses semblables ont été attribuées semblablement; par exemple, si avoir la vue est voir, avoir l'ouïe sera entendre. Il y a aussi des lieux du plus et du moins , et ils consistent à examiner si le plus est bien le plus, etc.; par exemple, si le plaisir est un bien, un bien plus grand devra être un plaisir plus grand, etc.; et de même pour le moins.
Ch. Il, Il 5 , a , ^5. On aura soin de rechercher si Ton ne prête pas le plus et le moins à des choses qui ne peuvent être que d'une manière absolue: oe qui n'est point blanc , ne saurait être ni plus ai moins blanc. Enfin , il faut savoir si l'on n'a
AI'ALTSE DES TOPl(jUES. — LIV. lU. CHAP. VI. 559
point pris d'une manière absolue, ce qui a des conditions essentielles de tempset de lieu (roiïxai iroTe). Ainsi j tuer son père peut être fort beau chez les Triballes; mais d'une manière absolue, ce n'est pas une bonne action. La chose absolue sera celle qui peut être dite sans aucune limitation.
Ici finit le second livre, consacré tout entier, comme on le voit, aux lieux de l'accident universel, considéré seulement en soi. Le troisième traite encore de l'accident ; mais c'est l'accident comparé à l'accident, qui peut lui être ou ne pas lui être préféré. Ainsi, ce troisième livré tient étroitement au second, puisque le sujet commencé dans l'un se poursuit dans l'autre. Cette liaison est en outre indiquée grammaticalement par la conjonction ^è , qui ouvre le troisi^^j^ livre. Ici donc , il est moins permis que partout ailleurs, d'attribuer au Stagirite cette division des Topiques.
Analyse du livre troisième.
L'analyse du livre précédent a dû montrer, par la forme même des divers lieux indiqués , quel était, dans le système d'Aristote, l'emploi des quatre instruments dialectiques, dont il a été question dans le premier livre. On a pu voir que! rèlejouait chacun d'eux, et comment fhomonymie.
560 PEUXJÈME PARTIE. — SECTION I.
la différence , et la ressemblaDce , s'appliquaient tour à tour aux nuances diverses que pouvait prendre l'accident. Dans le troisième livre, comme dans les suivants, on va retrouver cet emploi des instruments dialectiques.
Ch. 1 , 1 1 6 , a , 1 1 3. La comparaison de deux ou plusieurs accidents d'une chose, ne peut avoir pour but que de connaître la supériorité de l'un sur l'autre. Il est clair, du reste, qu'il ne s'agit ici que de choses fort voisines l'une de l'autre, et dont la proximité peut faire naître quelque doute : dans les genres fort éloignés , il ne saurait y en avoir.
Aristote indique cinq lieux principaux, qui se subdivisent eux-mêmes en plusieurs autres: i^ une chose est préférable à une autre, quand elle est plus durable eLplus stable ( peêaiorepov ) ; elle l'est également , ^JPnd elle a déjà les préférences des hommes prudents et sages , ou des gens habiles, ou l'appui d'une loi équitable, etc. !2® On doit préférer une chose désirable par elle-même , à une chose qui ne Test que pour une autre; ainsi, nous désirons que nos amis soient toujours justes, fussent-ils dans les Indes (xav èv fv^oi; oxriv) ( ceci semblerait se rapporter à la conduite d'Alexandre envers Callisthène, i i6,a, 38); et nous le désirons pour la chose en elle-même, tandis que, si nous désirons que nos ennemis soient justes , c'est pour qu'ils ne nous nuisent pas. 3^ Il faut préférer ce qui en soi est cause du bien , à ce qui ne l'est qu'accideutellement : ainsi, la vertu à la fortune. 4^ Ce