ANALYSE DBS TOPIQUES. — LIV. V. CHAP. VI
aire connaître la nature propre du feu , quelque faose qui est encore moins connu que lui.
129, b, 3o. On peut contester l'exactitude du iropre, si l'un des mots employés pour le rendre
plusieurs sens, ou si l'explication elle-même oui entière, peut se prêter à diverses significaions. Si Ton dit , par exemple , que le propre de animal y c'est de sentir , le propre sera mal donné; w sentir reçoit bien des sens différents, et il ignifie à la fois avoir la sensibilité , et se servir de 1 sensibilité. On donnerait exactement le propre lo feu, si Ton disait que c'est le corps qui se deut le plus rapidement en s'élevant. Rien, en fFet, dans cette explication du propre du feu, *a de sens ambigu.
i3o, a, i5. Il peut se faire aussi, que ce soit, non us le propre donné qui ait plusieurs sens, mais objet dont on le donne ; et alors mêmes erreurs , lémes moyens d'attaque. Il faut de plus prendre arde à ne pas se répéter dans l'explication du ropre; car c'est là une cause de grande obscuité {iaoL(fi<;). Si l'on dit, par exemple, que le ropre de la terre, c'est d'être la substance qui st pins portée en basque tous les autres corps , y a tautologie; corps et substance, pris ainsi, ;e sont ({u'une seule et même chose.
i3o , b, 1 1 . (5n peut surtout attaquer le propre, i Ton y a compris un Inot qui convienne à tout (â îffiv iwrapj^ei) ; car, pou r le propre, tout ce qui n'isole as complètement l'objet , est à rejeter. Il faut
yeiller aussi à ne pas donner plusieurs propres d'une même chose (i3o, b, 23.): ainsi, l'on ne dira pas que le propre du feu , c'est d'être le corps le plus subtil et le plus léger : ou bien alors, il faut avertir qu'on entend donner plusieurs propres et non point un seul.
Ch. 3. i3oy b, 38. On peut repousser aussi le propre , si l'on s'est servi , pour le donner , de la chose même à laquelle on prétend l'appliquer, ou bien de quelqu'une des choses qui appartiennent à cette chose. En effet, on n'apprend rien déplus par cette méthode; et la recherche du propre a pour butau contraire d'apprendrequelque chose denouveau. On peut donc attaquer ce propre de l'animal: Le propre de l'animal, c'est d'être une substance dont rhomme forme une espèce. On pourrait au contraire défendre le propre, en prouvant qu'on n'a pris pour le définir , ni la chose même , ni rien de ce qui lui appartient : ainsi , le propre de l'animal sera exact , si l'on dit que c'est un composé d'âme et de corps. .
i3i , a, 12. On peut en outre attaquer le propre pour défaut de clarté^ en prouvant que l'on a employé, pour le rendre, quelque chose qui est opposé à l'objet, ou quelque chose qui lui est simultané, ou enfin quelque chose de postérieur. En effet, ni l'opposé, ni le simultané, ni le postérieur, ne peuvent rendr^ l'objet plus connu. On peut , au contraire , défendre le propre , en montrant qu'on n'a rien pris de pareil pour le feiire connaître.
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i3i , a , a8. lie propre est également attaquable, nand on a donné , de la chose, quelque coYiséuence , qui n'est pas constante , mais qui poursit cesser d'être propre à l'objet. (i3i,by 6). kUSsi, faut-il avoir le soin de déclarer que c'est $ propre actuel (to vuv î^iov) qu'on entend donner. n effet, tout ce qui sort du cours habituel des boses a besoin d'être signalé : et l'on est toujours ans l'habitude de regarder comme propre, ce qui %t constamment à la chose (to ôel ^apoxoXouOouv), et on pas ce qu'elle a seulement dans* le moment u Ton parle.
i3iy b, ig. On a tort aussi de donner pour ropre ce qui ne saurait être évident que par la senition. Cest que tout objet sensible, pris en dehors léme de la sensation, est inconnu ; et l'on ne sait as y au moment de la discussion , si le propre dste encore, puisque le sens seul pourrait le ire savoir. Ainsi, l'on ne saurait définir exactelent le soleil , en disant qu'il est l'astre le plus riUant qui roule au-dessus de la terre (inrèp y^ç); ir le sens peut seul nous faire savoir si le soleil >ule, en effet, au-dessus de la terre; et quand
soleil est couché, le sens nous fait défaut. On peut remarquer que cette idée du mouvelent du soleil au-dessus de la terre, est tout àit contraire à celle du mouvement de la terre MT le phénomène de l'éclipsé , opinion Avancée sir Aristote, dans les Derniers Analytiques (Voir lus haut, page Sia). Ici donc, on pourrait se
ranger de Favis de ceux qui placent la composition des Topiques avant celle des Derniers Analytiques ; car il est probable qu'Aristote en sera venu plus tard à croire au mouvement delà terre. Du reste^ ou peut prétendre aussi que le philosophe admet, dans la Topique, l'opinion vulgaire dn mouvement du soleil, tandis que dans l'Analytique, il s'arrête à l'opinion vraie et savante, du mouvement de la terre.
I o 1 , b, 37. Il faut apporter un grand soin à ne pas confondre le propre et la définition; car leproprene doit pas donner l'essence de la chose (t^ t( y,v eîvai). Ainsi 9 l'on peut dire que le propre de Thomme, c'est d'être un animal naturellement doux; par ce propre , on ne fait pas connaître l'essence de l'homme ( i32, a, 10). Il faut, du reste, dans le propre, comme dans la définition , donner le genre premier, auquel se rapporte tout le reste.
Jusqu'ici, on a seulement recherché les moyens de savoir si le propre est bien ou mal donné ; mais on peut se demander encore si le propre donné est bien réellenient propre, ou s'il ne l'est pas du tout.
Ch. 4, i3a, a, 24. Pour cette recherche nouvelle, il faut, quand on veut réfuter le propre, examiner chacun des objets auxquels on a prétendu l'appliquer ; et s'il n'est pas à tous , ou s'il n'est à aucun, il aura été mal donné. Quand, au contniire, on soutient le propre, il faut prouver qu'il est i tous , et dans le sens où on l'a dit (rpoç Toi^ro).
t^iij by 9* Il faut aussi, pour que le propre le mt bien réellement, que le nom s'applique à quoi l'applique la définition, et réciproquement; ainsi: Focdasant de la science, s'applique à Dieu , mais ne ^'applique pas à Thomme; et par conséquent ^ fouir de la science n'est pas le propre de Thomme.
i3a, b, ai. Le propre donné ne sera pas exactement le propre^ si Ton a pris le sujet comme propre de ce qui est dans le sujet. Par exemple, si Ton a donné le feu comme le propre du corps le [dus subtil , on s'est trompé, car on a pris pour propre, le sujet même de la chose attribuée.
i3d, b, 35. On ne saurait faire un propre de ce qui peut être partagé par plusieurs autres objets [xaero (liôeÇiv); ainsi, le propre de l'homme ne saurait être : animal terrestre bipède.
i33 , a, i4. On peut attaquer le propre, comme n'étant pas identique pour des objets qui sont cependant identiques ( 1 33, a, 35 ). On peut l'attaquer, comme n'étant pas toujours spécifiquement le même, pour des objets qui spécifiquement sont les mêmes. Mais comme Autre et Identique ont plusieurs significations (i33, b, i5), il arrive, quand on traite sophistiquement les questions (ooftçixûç ) , qu'on applique le propre à une seule ngnification, et non point à toutes. A des ai^uméhts de ce genre , qui sont peu loyaux (irixvTw;) , il faut répondre par des arguments qui ne le sont pas davantage , et se défendre avec des armes pailles , quelles qu'elles soient (irofvrcûç ôvTiTaxTéov).
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Ch. 5. 134^ a, 5. Il faut prendre garde aussi de confondre une qualité naturelle (ti «puvet înrap^ov) avec une qualité perpétuelle (to oUl incap^ov). On se trompe le plus souvent sur le propre ,. parce que l'on n'a pas soin de déterminer à quels objets on rapplique, et comment on l'entend (i36y a, 9).
Une erreur assez ordinaire, c'est de donner pour propre à une chose cette chose même (aÙT& aÛTou). Mais une chose appliquée à elle* même, ne donne que l'être; et donner Texi»tence de la chose appartient , non pas au propre , mais au terme même, à la définition (opoç). Ainsi, Ton prend la chose même pour son propre, quand on dit que Fhonnête est le propre du beau (xxkùS TO irpéirov t^iov). i36, a, 20. Dans les choses à parties similaires (opio(upûv), il faut voir si le propre du tout convient bien à la partie ; et réciproquement, si le propre de la partie convient bien au tout. L'erreur peut, du reste, être au propre du tout, ou au propre de la partie. En attaquant, on peut contester la justesse du propre de l'un à l'autre, soit tout , soit partie : en défendant , on prouve que, si le propre convient à chaque partie séparée, il convient aussi à l'ensemble.
Ch. 6, i35, b, 7. La considération des opposés (àvTixei(x£v(M) a encore, pour le propre, une grande importance. U &ut donc examiner, d'abord , n*k propre contraire est bien le propre du contraire; car s'il ne l'est pas , le propre donné ne sera pas non plus le propre de lobjeten question. Si, par
ANALT8X DES TOPIQOIS* — UT. ▼• CHAP. TI. 581
eiemple , le propre de la justice est d'être ce qu'il y a de mieux, il faudra que le propre de Tinjus* tioe soit d'être ce qu'il y a de pis.
i35, b, 17. De même pour les relatif Si le propre d'un relatif n'est pas bien donné , le pfK>pre de son relatif ne le sera pas bien non plus ; par exemple : la moitié étant relatif du double , et l'infériorité de la supériorité, si la supériorité n'est pas.*le propre du double, Tinfériorité ne le sora pas non plus de la moitié.
i35, b, 37. De même .pour la privation et la possession. Si le propre, dit par privation, n'est pas le propre , le propre dit par possession ne le sera pas davantage de la possession ; par exemple : le propre de la surdité n'étant pas l'insensibilité , le propre de l'ouïe ne sera pas non plus la sensibilité*
i36, a, 5. Pour les négations et les affirmations , il faut regarder d'abord aux attributs. Si l'affirmation^ou l'affirmatif, est bien le propre* lanégatioD^ ou le négatif, ne l'est pas; et réciproquement. Ainsi, le propre de l'animal étant d'être vivant , le nonvivant ne saurait être le propre de l'animal. Ce lieu, comme on le voit, ne peut servir qu'à réfuter (i36,a, i4)- On doit également regarder aux attributs , ou aux non-attributs , et à leurs sujets 9 ou à leurs non*>sujets. Si l'affirmation n'est pas le propre de l'affirmation , la négation ne le sera pas non plus de la négation. Si donc le propre de l'homme est d'être animal, le propre du nonhomme sera d'être non-animal ( laS, a, 29), et
vice versa. On peut ne regarder qu'aux sujets (u7roxei(Aeva>v); et si le propre donné est bien celui de rafûrmationy il ne pourra l'être en même temps delà négation; et réciproquement. Ainsi, le vivant étant le propre de l'animal , il s'ensuit qu'il ne saurait rêtre du non-animal. Dans les séries opposées (âvTi^iY}pY)(iL£v(dy), (i36, a, 5), l'opposé du propre de l'une ne saurait jamais être le propre de l'autre; si 9 être sensible n'est le propre d'aucun des êtres mortels, être intelligible (votitqv ) ne sera pas non plus le propre de la Divinité.
Ch. 7« i36, b, i5. Pour les cas, il faut remarquer que jamais un cas ne peut être le propre d'un cas. Si vertueusement n'est pas le propre de justement , vertueux ne saurait être le propre de juste.
i36, b, 33. il faut examiner encore si, pour les choses semblables (ôpicoç ijp^Tm) , le propre donné à l'une est bien aussi donné à l'autre; si , par exemple, l'architecte est à la maison comme le médecin à la santé, le propre de l'architecte ne sera pas de faire la maison, si le propre du médecin n'est pas de faire la santé.
1 37, a, 21. Il faut voir en outre aux modes particuliers d'existence. Si le propre ne s'applique pas k l'être, il.ne saurait être davantage le propre du devenir: si le propre de l'homme n'est pas d'être animal (eivai ^ùov), le propre de l'homme ne saurait être non plus de devenir animal (yiveodo» ^ôîqv).
i37 , b, 7. Enfin, il faut regarder à l'idée du propre donné (i^^ov tou xeipivou); si^ par exemple»
ANALTSE DES TOPIQTJES. — LIV. Y. CHAF. VI. 585
être composé d'âme et de corps appartient à l'animal en tant qu'animal (aÙToS^cpCf) ^ i^^f'Ov), il est clair que le propre de l'animal sera d'être composé d'âme et de corps.
Ce passage mérite d*é.tre remarqué , en ce qu'il semble prouv<er qu'Aristote admettait, à l'époque où il écrivait les Topiques, le système des Idées qu'i} combat dans le reste de TOrganon. Ici, du reste, comme plus haut, on peut croire que, dîalectiquement, Aristote regarde les Idées de Platon comme chose d'opinion , de probabilité , et qu'il s'en sert comme d'une thèse (Voir plus haut, pag. 378), sans en admettre pourtant la réalité. Dans l'Analytique, dans la théorie de la vérité, il n'aurait pu en faire usage.
Ch. 8, iSy, b, i4* Viennent ensuite les lieux du plus et du moins, de l'absolu et du non-absolu, qui peuvent aussi présenter plusieurs nuances, et les lieux des choses à existence semblable (o|iio(a>c xiTçaf jjirtm) i38, a, 3o. On a parlé plus haut des chçses seffiblables (opici>ç e^ovTCDv). Entre les unes et les autres, il y a cette distinction , que ces der» nières sqfjf prises par analogie (xaT ôvaXoyiav. (i 38, b, ^3), sans qu'on ait égard à l'existence réelle (oùx èm mf xkTçi^'jiew TiOecopotijuvov); dans les premières^ au contraire, la comparaison résulte d'une réalité (ex Toijf ù?rocp)(^etv) • Ces lieux peuvent, en partie, être employés parles deux interlocuteurs, et en partie, ne servir qu'à la réfutation.
Ch. y, i38, b, ay. Les derniers lieux qui concer-
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nent le propre sont relatifs à la puissance, propre en puissance ne doit jamais être acc< au non-étre (tû [i.yi ovti). Si Ton dit , par exem que le propre de Fair c'est d'être respirable. donne un propre en puissance, qui s'appliquer au non-étre. En efifet, s'il n'y a pas d'animal |: respirer l'air, l'air n'en existe pas moins; et, ce] dant alors, l'air n'est pas respiré; donc, le prc de .l'air ne sera pas d'être respirable , quand il aura pas d'animal pour le respirer.
i3g, a, 9. Enfin, l'on ne saurait placer le prt dans l'excès d'une qualité (ÙTrepêoX^ T^Oeixe), p que, la chose même étant détniite, cette qu; exoessive n'en subsiste pas moins dans une ai ainsi, le propre du feu ne sera pas d'être le ] léger des corps; car, en admettant que le n'existe plus , il n'en restera pas moins un ai corps qui sera le plus léger de tous (tI tûv atùifu
Ici se termine, avec le cinquième livre, la cherche des lieux du propre. On a vu qan marche de cette étude était tout-à-fiut analogi celle des précédentes , et que les heux, appûc tantôt au propre, tantôt au genre, tantôt à] cident, se tiraient toujours de sources pareil c'est-à-dire, des quatre instruments dialectic] dont il a été question au premier livre. ( Voir | haut, pag. 343*)