‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 111 sur 249 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De Temploi des couleurs dans Tarchitec-

ture égyptienne.

540. Les Égyptiens ont employé des couleurs variées, telles que le rouge, le jaune, le vert, le bleu, le blanc, pour décorer leurs monuments.

541. Lancret, auteur du texte de la partie de l'ouvrage sur l'Egypte qui concerne les monuments et les antiquités, tout en exprimant son étonnement sur cet usage, remarque cependant que tous ceux qui ont qju les monuments égyptiens, peuvent attester que lorsqu'ils ont aperçu ces peintures, même pour la première fois , ils n'en ont point été frappés désagréablement; il énonce enfin l'opinion , que si les couleurs paraissent d'abord distribuées arbitrairement, c'est qu'on n'a point encore réuni un assez grand nombre d'observations sur cette matière, et qu'un jour on trouvera que cette partie des arts égyptiens était, comme tout le t^ste, soumise à des règles, invariables.

542. ChampoUion, le jeune, s'exprime en ces ternies sur l'application des couleurs à l'architecture égyptienne. Je 'voudrais conduire dans le grand temple d' Ibsaniboul tous ceux qui refusent de croire cl l'élégante richesse que la sculpture peinte ajoute à l'aichitecture ; dans moins d'un quart d'heure je réponds qu'ils auraient sué tous leurs préjugés y et que leurs opinions a priori les quitteraient par tous les pores,

543. Si l'on regarde avec attention la planche 18 du grand ouvrage sur l'Egypte, représentant la vue perspective intérieure coloriée ^ prise sous le politique du grand temple de l'île de Pliiles, on voit que les murs, les plafonds, les colonnes sont couverts d'hiéroglyphes, de figures symboliques, de tableaux allégoricpies , tous coloriés.

544- Les hiéroglyphes étaient destinés à être lusj par conséquent il fallait qu'ils fussent bien distincts du reste de la surface de la jiierre dans laquelle ils avaient été en général taillés en relief. Or, en les colorant, ils devenaient plus distincts qu'ils ne l'auraient été par le seul relief. Mais si les Egyptiens n'eussent été guidés que par le principe de la vue distincte, ils les auraient constamment coloriés pour une même espèce de pierre en une seule couleur, laquelle

( 359 ) aurait été choisie de manière à trancher le phis possiljle sur le fond environnant 5 mais c'est ce qu'ils n'ont pas fait : ils ont employé des couleurs diverses. Nul doute, d'après cela, qu'ils n'y aient été conduits par le goiit si prononcé des peuples de rOrient pour les couleurs; quant à l'emploi raisonné qu'ils peuvent avoir fait de chacune d'elles en particulier, ce n'est point à moi qu'il appartient de l'expliquer.

545. Une fois qu'on a admis le fait de colorer les hiérogly^^hes, la coloration des autres objets figurés qui les accompagnent, me paraît en avoir été une conséquence nécessaire, soit afin de voir certains symboles, certaines allégories, plus distinctement et plus agréablement par l'effet de leurs couleurs variées , soit parce qu'on avait compris que si les hiéroglyphes étaient seuls diversement coloriés, il n'y aurait point d'harmonie entre eux et les autres objets figurés.

En effet, si l'on considère avec attention les peintures de la planche 1 8 de l'ouvrage sur l'Egypte que j'ai citée plus haut (545), on ne pourra méconnaître fharmonie avec laquelle se marient les hiéroglyphes et les autres objets peints; et cela est si vrai, qu'il me semble qu'on ne serait pas choqué de la vue de ces hiéroglyphes colo ries, lors même qu'ignorant leur nature de carac-

tères d'écriture, on les prendrait pour des figui'es tracées par le caprice de l'imagination de l'artiste. Cette harmonie, évidente suivant moi, justifie donc les passages de Lancret et de Cliampollion le jeune, que j'ai cités plus haut (641 et 542).

Dans le cas où ce serait la coloration des ornements accessoires aux hyéroglyphes qui aurait déterminé celle de ces derniers, et non le cas inverse comme je l'ai supposé, il n'y aurait rien à changer dans la conclusion de mon raisonnement.

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