PREMIÈRE PARTIE
DE LA LOI DU CONTRASTE SIMULTANÉ DES COULEURS, SOUS LE POINT DE VUE SCIENTIFIQUE OU ABSTRAIT.
Prolégomènes,
1. Il est indispensable de rapjîeler, en commençant, plusieurs propositions d'optique, dont les unes sont relatives à la loi du contraste simultané des couleurs, et les autres concernent les applications de cette loi à différents arts où l'on fait usage de matières colorées pour parler aux yeux.
2. Un rayon de lumière solaire est composé d'un nombre indéterminé de rayons diversement colorés : et parce qu'il est impossible de distinguer chacun d'eux en particulier, et d'un autre côté, par la raison qu'ils ne diffèrent pas
tous également les uns des autres, on les a distribués en groupes, auxquels on a donné les noms de rayons rouges, de rajons orangés, de rayons jaunes, de rayons verts, de rayons bleus, de rajons indigos , de rayons violets; mais on ne dit pas que tous les rayons qui sont compris dans un même groupe, tels que les rouges, par exemple, soient identiques par la couleur j on les considère généralement, au contraire, comme différant plus ou moins les uns des autres, quoique, en définitive, on reconnaisse que la sensation qu'ils produisent séparément en nous, rentre dans celle que nous attribuons à la lumière rouge.
3. Lorsque la lumière est réfléchie par un corps opaque blanc, elle n'éprouve pas de modification dans la proportion des divers rayons colorés qui la constituent lumière blanche; seulement,
A. Si le corps n'est pas poli, chaque point de sa sui'face doit être considéré comme dispersant en tout sens dans l'espace environnant la lumière blanche qui y tombe, de sorte que le point devient visible à un œil placé sur la direction d'un de ces rayons : on conçoit aisément que l'image du corps pour une position donnée, se compose de la somme des points physiques qui renvoient à l'oeil dans cette position une portion de la lumière que chaque point rayonne j
(5) B. Si le corps est poli, telle que la surface <l'un miroir d'argent, par exemple, une portion de la lumière est réfléchie irrégulièrement, comm.e dans le cas précédent; en même temps une autre portion l'est régulièrement ou spéculairement , et donne au miroir la propriété de présenter à un œil placé convenablement l'image du corps qui envoie sa lumière au réflecteur. — Une conséquence de cette distinction, c'est que, si l'on regarde deux surfaces planes réfléchissant la lumière blanche, et ne différant l'une de l'autre que par le poli, il arrivera que pour les positions où la surface non polie sera visible, toutes ses parties seront également ou presque également éclairées , tandis que l'œil ne recevra que peu de lumière de la surface polie lorsqu'il sera dans une position à ne recevoir que celle qu'elle réfléchit irrégulièrement; au contraire il en recevra bien davantage, lorsqu'il sera dans une position à recevoir la lumière réfléchie régulièrement.
4. Si la lumière qui tombe sur un corps est absorbée complètement par ce corps, de manière qu'elle disparaisse à la vue, comme celle qui tombe dans un trou parfaitement obscur, alors le corps nous paraît noirj et il ne devient visible que parce qu'il est contigu à des surfaces qui réfléchissent
OU transmettent de la lumière. Parmi les corps noirs nous n'en connaissons aucun qui le soit parfaitement, et c'est parce qu'ils réfléchissent un peu de lumière blanclie, que nous jugeons qu'ils ont du relief, ou qu'ils affectent notre oeil ainsi que le fait tout objet matériel. Ce qui prouve, au reste, cette réflexion de la lumière blanche, c'est que les corps les plus noirs, étant polis, réfléchissent l'image des objets éclairés placés devant eux.
5. Lorsque la lumière est réfléchie par un corps opaque coloré, il y a toujours réflexion de lumière blanche et réflexion de lumière colorée : celle-ci est due à ce que le corps absorbe ou éteint dans son intérieur un certain nombre de rayons colorés et qu'il en réfléchit d'autres. Il est évident que les rayons colorés réfléchis sont d'une autre couleur que les rayons colorés absorbés, et, en outre que, si on réunissait ceux-ci avec les premiers , on reproduirait de la lum.ière blanche. Nous reviendrons dans un moment sur cette relation (6). Enfin , il est évident encore que les corps opaques colorés, non polis, réfléchissent irrégulièrement la lumière blanche et la lumière colorée qui nous les fait voir colorés, et que ceux qui sont polis réfléchissent une portion seulement de ces deux lumières irrégulièrement, tandis qu'ils réfléchissent régulièrement l'autre portion.
6. Revenons sur la relation qui existe entre la lumière colorée qu'un corps opaque absorbe et la lumière colorée qui, réfléchie par lui, nous le peint de la couleur propre à cette lumière. Il est évident, d'après la manière dont on considère la composition physique de la lumière du soleil (2), que si l'on réunissait la totalité de la lumière colorée absorbée par un corps coloré, avec la totalité de la lumière colorée qu'il réfléchit, on referait de la lumière blanche. Or c'est cette relation que deux lumières diversement colorées, prises dans une certaine proportion, ont de reproduire de la lumière blanche, qu'on exprime par les mots de lumières colorées complémentaires l'une de l'autre ou de couleurs complémentaires. C'est dans ce sens qu'on dit :
Que le rouge est complémentaire du vert, et a)ice versa.
Que l'orangé est complémentaire du bleu , et vice versa.
Que le jaune tirant sur le vert est complémentaire du violet, et vice versa.
Que l'indigo est complémentaire du jaune orangé, et vice versa.
7. Il ne faut pas croire qu'un corps rouge, qu'un corps jaune, etc., ne réfléchisse, outre la lumière blanche, que des rayons rouges, que des
(6) rayons jaunes; chacun de ces corps réfléchit, en outre, toutes sortes de rayons colorés, mais les rayons qui nous le font juger rouge ou jaune, -étant en plus grand nomhre que les autres, produisent/^kis d'effet que ceux-ci; cependant ces derniers ont une influence incontestahle pour modifier l'action des rayons rouges, des rayons jaunes sur l'organe de la vue. C'est ce qui explique les innombrables différences de couleur qu'on remarque entre les divers corps rouges, les divers corps jaunes, etc. Il est encore difficile de ne pas admettre que parmi ces rayons diversement colorés réfléchis par les corps, il en est un certain nombre qui, complémentaires les uns des autres, doivent reformer de la lumière blanche en parvenant à la rétine.
PREMIÈRE SECTION
DE LA LOI DU COZSTRASTE SIMULTMÉ DES COULEURS, ET DE SA DÉMONSTRATION PAR LA VOIE DE L'EXPÉRIENCE.