‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 3 sur 249 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Manière (Vohsejver les phénomènes du contraste simultané des couleurs.

DéfinitLon du contraste simultané. \

8. Si l'on regarde à la fois deux zones inégalement foncées d'une même couleur, ou deux zones également foncées de couleurs différentes qui soient juxtaposées, c'est-à-dire contiguès par un de leurs bords, l'oeil apercevra, si les zones ne sont pas trop larges, des modifications qui porteront dans le premier cas sur l'intensité de la couleur, et dans le second sur la composition optique des deux couleurs respectives juxtaposées. Or, comme ces modifications font paraître les zones, regardées en même temps, plus différentes qu'elles ne sont réellement, je leur donne le nom de contraste simultané des couleurs; et j'appelle contraste de ton, la modification qui porte sur l'intensité de la couleur, et contraste de couleur, celle qui porte sur la composition optique de chaque couleur juxtaposée. Voici la manière bien simple de constater le double pliénomène du contraste simultané des couleurs.

(8) Démonstration expérimentale du contraste du ton.

9. On prend les deux moitiés o o', fig. 1 , d'une feuille de o™,5o à o", 60 de largeur de papier non satiné, d'un gris clair fait au moyen d'un mélange de noir et de craie; on les fixe d'une manière quelconque sur un fond de toile écrue placé vis-à-vis d'une fenêtre, o est éloigné de o' de o^'jS environ. On prend les deux moitiés p et /?' d'une feuille de papier non satiné, qui diffère de la première en ce que le gris qui la colore est plus foncé, mais toujours formé du même noir et du même hlanc. On fixe p près de o et p' a. o"", 3 environ de p.

Si on regarde les quatre demi-feuilles o, o\pjp\ pendant quelques secondes, on verra que o contigu à p sera plus clair que o\ tandis que p sera au contraire plus foncé que p\

10. Il est aisé de démontrer que la modification n'est pas également intense sur toute l'étendue des surfaces o et p^ mais qu'elle va en s'affaiblissant graduellement sur l'une et l'autre, à partir de la ligne de juxtaposition. Il suffit, pour cela, de placer un carton découpé, fîg. 2, sur o p, de manière que o et p présentent chacun trois zones grises; comme on le voit, fig. 5 , les zones 1, 1 sont plus modifiées que les zones 2,2, et celles-ci le sont plus que les zones 3,3.

(9) Enfin, pour que la modification ait lieu, il n'est pas absolument nécessaire qu'il y ait contiguïté entre o et p^ car si l'on couvre les zones i, i, on verra encore les zones 2,2,3,5, modifiées.

1 1. L'expérience suivante, simple conséquence des deux précédentes 9 et 10, est très -propre à démontrer toute l'étendue du contraste du ton.

Sur une feuille de carton partagée en dix zones de o,™o55 de largeur chacune, 1, 2 , 3, 4, 5, 6, 7, 8, (j, 10, on étend une teinte uniforme d'encre de Chine, fig. 5 ( bis \ Dès qu'elle est sèche, on étend une seconde sur toute les zones , excepté la première. Dès que la seconde teinte est sèche, on en étend une troisième sur toutes les zones , excepté les zones 1 et 2; ainsi de suite, de manière à avoir dix zones teintes plates et de plus en plus foncées à partir de la première, 1.

Si l'on avait dix bandes de papier d'un même gris, mais chacune d'un ton différent, en les collant sur un carton de manière à observer la gradation précédente, cela reviendrait absolument au même.

Que l'on regarde maintenant le carton, et l'on verra que les zones , au lieu de présenter des teintes plates, paraîtront chacune d'un ton parfaitement dégiadé en allant du bord a a au bord h h. Dans la zone 1 , Je contraste csl pro-

( lo ) duit simplement par la contiguïté du bord b h avec le bord « « de la zone 2; dans la zone 10, il l'est simplement par la contiguité du bord a a diSGQ le bord Z> ^ de la zone 9. Mais dans cbacune des zones intermédiaires, 2, 3, 4? 5, 6, 7, 8 et g, le contraste est produit par une double cause : d'une part, la contiguité du bord a a avec le bord Z> ^ de la zone qui la précède; d'une autre part, la contiguité du bord h h avec le bord a a de la zone plus foncée qui la suit. La première cause tend à élever le ton de la moitié de la zone intermédiaire, tandis que la seconde cause tend à abaisser le ton de l'autre moitié de cette même zone. Une conséquence de ce contraste, c'est que les zones vues d'une distance convenable, ressemblent plutôt à des cannelures qu'à des surfaces planes. Car dans les zones 2 et 3, par exemple, le gris se dégradant insensiblement du bord a a aw bord b b, elles présentent à l'oeil le même effet que si la lumière donnait sur une surface cannelée, de manière à éclairer la partie voisine de b b, tandis que la partie a a serait dans l'ombrej cependant il y a cette différence , que dans une vraie cannelure la partie éclairée produirait un reflet sur la partie obscure.

1 2 . Le contraste de ton a lieu pour les couleurs proprement dites, aussi bien que pour le gris; ainsi

répétez l'expérience (9), fig. 1, avec les deux moitiés o o\ d'une feuille de papier du ton clair d'une certaine couleur, et les deux moitiés p p\ d'une feuille de papier d'un ton plus foncé de cette même couleur , et vous verrez que o contigu à p sera plus clair que o' et p plus foncé que/?'. Enfin, on peut démontrer, comme on l'a fait précédem.ment (10), que la modification s'affaiblit graduellement en partant de la ligne de juxtaposition.

Démonstration expérimentale du contraste de la couleur.

i5. Si l'on dispose, comme il a été dit précédemment (9, fig. 1), deux moitiés, o^ o', d'une feuille de papier non satiné de couleur, et deux moitiés p^ p^ d'une feuille de papier non satiné d'une couleur différente de celle de la première, mais s'en rapprochant autant que possible par l'intensité, ou plutôt par leur ton (8), en regardant les quatre demi-feuilles o\ o, p, p\ pendant quelques secondes, on verra que o diffère de o et p de p^; conséquemment les deux demi -feuilles o, p semblent éprouver réciproquement une modification de teinte qui est rendue sensible par la comparaison que l'on fait de leurs couleurs avec celles de o' et de p\ '

1 Au lieu de papier, on peut prendre des étoffes non lustrées ou toute autre matière qui puisse présenter deux sur-

( lO

1 4- Il est aisé de démontrer que la modification des couleurs juxtaposées va en s'aiFaiblissant en partant de la ligne de juxtaposition , et qu'on peut l'observer entre deux surfaces sans qu'elles soient contiguès; il suffit d'expérimenter comme il a été dit précédemment (lo).

1 5. Je vais citer dix-sept observations faites conformément à la manière prescrite plus liaut (g).

Couleurs mises en expérience (r intensités égales autant que possible.

Modifications.

Rouge, .

tire sur le violet.

Orangé .

le jaune.

(Rouge. .

le violet ou est moins jaune.

j Jaune. .

le vert ou est moins rouge.

Rouge. .

le jaune^

Bleu. . .

le vert.

(Rouge. .

le jaune.

(Indigo. .

le bleu.

Rouge. .

le jaune.

Violet. .

l'indigo.

Orangé .

le rouge.

Jaune . .

le vert brillant ou est moins rouge.

Orangé .

le rouge brillant ou estmoinsbrun.

Vert. . .

le bleu.

faces égales d'une couleur absolument identique. Les papiers peints pour tenture sont d'un excellent usage.

Modifications.

og (Orangé

tire sur le jaune ou est moins brun.

1 Indigo.

le bleu ou est plus franc.

(Orangé i Violet.

le Jaune ou est moins brun.

l'indigo.

lO.

l'orangé brillant.

(Vert. .

le bleu.

(Jaune .

l'orangé.

^'(Bleu. .

l'indigo.

,,. Vert. .

le jaune.

(Bleu. . .

l'indigo.

le jaune.

Indigo. .

le violet.

le jaune.

1 Violet.

le rouge.

^5 Bleu. .

le vert.

( Indigo.

le violet foncé.

16 Pl^"- •

le vert.

(Violet.

le rouge.

(Indigo, (violet.

le bleu, le rouge.

Il suit donc des expériences décrites dans ce chapitre, que deux surfaces colorées juxtaposées peuvent présenter à l'œil qui les voit simultanément, deux modifications, l'une relative à la hauteur des tons respectifs de leurs couleurs, et l'autre relative à la composition physique de ces mêmes couleurs.

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