‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 201 sur 249 · De résumer comment · texte numérisé non relu

De résumer comment

A. l'ignorance où l'on était relativement aux différents états de l'oeil qui donnent lieu dans la vision des couleui^s aux phénomènes des contrastes simultané, successif et mixte,

B. et l'ignorance où l'on était relativement à l'influence définie, que la lumière directe ou diffuse du soleil exerce, suivant son intensité, sur la couleur des corps.

Ont conduit à établir l'opinion contraire à la mienne , c'est-à-dire l'opinion que la mênie couleur apparaît d'une manière si diverse à différentes personnes et même à une seule, qu'il n'y a rien de général ^ rien de précis à déduire de la vision des objets colorés sous le rapport de leurs couleurs respectives.

s.** De résumer comment ont contribué passivement à accréditer cette opinion :

C. Le peu de notions qu'on a généralement sur les modifications des corps colorés par leurs mé-

(57.) langes mutuels, ou en d'autres termes, sur les couleurs résultant de ces mélanges j

D. Le défaut d'un langage précis pour énoncer les impressions que nous recevons des couleurs.

3.° De résumer comment ont contriljué actis'cment à accréditer cette opinion :

E. Des idées inexactes que l'on croit fondées. u4. a) Il est incontestable que, si l'on ignore la

régularité avec laquelle l'œil passe successivement par des états dont les extrêmes et le moyen sont fort différents, lorsqu'on regarde des couleurs qui mettent l'organe dans la condition de percevoir le phénomène d'un des trois contrastes (77 et 328), on sera conduit à considérer la vision des couleurs com^me un phénomène très -variable, tandis que les états successifs par lesquels passe V organe une fois distingués, les variations du phénomène deviennent parfcdtement définies.

h) Si l'on ignore la loi du contraste simultané, on verra la même couleur varier de teinte, suivant la couleur qui lui sera juxtaposée, et si l'on ignore que le contraste jiorte sur le ton aussi bien que sur la couleur, on ne pouiTa s'expliquer comment deux mêmes couleurs, par exemple le bleu et le jaime pris à la même hauteur, paraîtront plus rouges par la juxtaposition, tandis que, si le bleu est très-foncé relativement au jaune, il paraîtra noir plutôt que violet, et le jaune

verdâtre plutôt qu'orangé (663). Enfin, si l'on, ignore l'effet du brillant qu'une complémentaire peut donner à une couleur terne, on ne pourra expliquer la grande différence qu'il y a entre l'effet d'un fond rouge sur des ornements d'or peint, et l'effet de ce même fond slu^ des ornements d'or (460 et 468).

c) Nul doute encore que si l'on ignore que dans un objet compliqué l'oeil ne voit nettement au même instant qu'un petit nombre de parties (748), et qu'une même partie peut apparaître à différents yeux avec des modifications différentes, suivant qu'elle est vue juxtaposée avec telle couleur plutôt qu'avec telle autre, ainsi que cela est arrivé (483) lorsque je comparais un écbantillon de bordure de papier peint (représentant des roses garnies de leurs feuilles) placé sur un fond noir, à un échantillon semblable placé sur un fond blanc : en comparant les deux ensemble, je voyais le vert clair sur fond noir plus jaune que siu* fond blanc, tandis que trois autres personnes qui comparaient les tons clairs du vert à ses tons les plus foncés sur un même fond, jugeaient les clairs plus bleuâtres sur le fond noir que sur le fond blanc.

B. On connaîtrait la régularité des états successifs où se trouve l'œil dui'ant la vision des objets colorés et la loi du conti'aste simultané des

(573) couleurs , et cependant si l'on ignorait l'influence des divers degrés d'intensité de la lumière pour faire varier la couleur des corps et pour rendre les modifications du contraste plus ou moins sensibles, l'on serait conduit à croire à une variation indéfinie dans la vision des couleurs, tandis que cette variation est parfaitement définie par les observations suivantes :

ci) En effet, si la lumière directe du soleil ou la lumière diffuse éclaire un corps monoclirome inégalement, la partie la plus vivement éclairée est modifiée comme elle le serait si elle recevait de forangé, et la modification paraît d'autant plus forte que la différence de clarté des parties est plus grande (280); ainsi, plus la lumière est intense et plus elle dore les corps qu'elle éclaire: il est donc toujours facile d'en prévoir les effets, lorsqu'on sait le résultat du mélange de l'orangé avec les diverses couleurs.

h) A une lumière très -vive les phénomènes du contraste simultané étant moins sensibles qu'à une lumière moins éclatante (65, 671), il s'ensuit que, si on négligeait de tenir compte de la différence dans les effets, on pourrait se tromper extrêmement dans l'appréciation des phénomènes du contraste des mêmes couleurs. Il est utile de remarquer que le contraste simultané, qui tend à faire paraître les parties différemment colorées

(^74) les plus disliuctes possibles, est porté au maximum, précisément lorsque, la lumière étant faible, l'oeil a le besoin le plus grand du contraste de la couleur pour apercevoir distinctement les parties diverses sur lesquelles il est fixé.

C On peut apercevoir les modifications que les corps présentent lorsqu'ils sont éclairés, et éprouver beaucoup de difiiculté pour s'en rendre compte, faute de savoir se représenter exactement les modifications que les matières colorées éprouvent dans leur couleur suivant quelles reçoivent de la lumière ou du blanc, de l'ombre ou du non-, enfin, suivant qu'on les mélange ensemble. C'est en partie pour faire clairement connaître ces modifications que j'ai imaginé la construction chromatique hémisphérirjue (i6g et suiv.); en la décrivant, j'ai attaché moins d'importance à sa réalisation matérielle qu'au principe rationnel sur lequel elle repose. On comprend, en voyant les linéaments de cette construction indépendamment de toute coloration, comment une couleur quelconque est dégradée par le blanc, montée par le noir, et rompue par du blanc et du noir. Enfin, comment elle est nuancée par une couleur franche. J'ajouterai plus bas quelques considérations nouvelles qui se rattachent aux dégradations de couleur que nous faisons avec des matières colorées (841).

D. L'objet que j'ai eu en vue n'aurait pas été atteint, si la construction chromatique hémisphérique ne m'avait donné le moyen de représenter, par une nomenclature simple, les modifications qu'éprouve une couleur par l'addition du blanc, du noir, modifications qui donnent les tons de sa gamme; celles qu'elle reçoit du blanc et du noir, qui en font des gammes rompues; enfin, celles qui, résultant de l'addition d'une couleur franche, produisent des gammes qui sont les nuances de la première couleur.

Enfin, aux définitions que j'ai données des mots ton , gamme , nuance , couleurs rompues ^ il faut ajouter la distinction des associations de couleurs en harmonies d'analogue et harmonies de contraste (180).

J'ai la conviction que tous ceux qui accepteront le petit nombre de définitions que je donne, trouveront un grand avantage à s'en servir pour se rendre compte à eux-mêmes des effets des couleurs, et pour exprimer aux autres les impressions qu'ils en auront reçues; à leur aide, il sera possil)le de saisir des rapports qui auraient pu échapper à l'observation, ou qui, faute d'un langage précis, n'auraient pu être clairement exprimés par celui qui les aperçoit.

E. Ce serait méconnaître la réalité, s'il fallait attribuer exclusivement l'opinion que je combats

à la simple ignorance des faits que je viens de récapituler {ABCD), et croire qu'il suffit de la dissiper pour établir l'opinion contraire que je professe; je ne me fais point illusion; si l'ignorance est passive et ne résiste que par son inertie, il en est tout autrement des idées plus ou moins erronées, plus ou moins prétentieuses que l'on s'est faites sur la vision des couleurs, sur leurs harmonies mêmes ; ces idées repoussent activement tout ce qui leur est opposé. Je me contente de signaler l'obstacle, sans avoir la moindre prétention à le renverser, autrement que par l'énoncé de ce que je crois la vérité.

En définitive, au moyen des connaissances positives que je viens de rappeler, l'étude de la vision des corps colorés conduit à une certitude qu'acquerront tous ceux qui s'y livreront désormais; ils verront combien elle est féconde en applications et indépendante de toute idée hypothétique, et que ce résultat serait impossible à obtenir, s'il n'existait pas pour le commun des hommes une organisation moyenne de l'oeil qui leur permet d'apercevoir (les circonstances étant semblables) les mêmes modifications dans les corps éclairés; la différence que j'admets dans la perception des phénomènes par divers individus qui ont l'œil bien conformé, ne porte que sur l'intensité de la perception.

834- La série des principaux faits sur lesquels mon livre se fonde étant rappelée, je vais considérer ces faits sous les trois rapports suivants, qui seront chacun la matière d'une section.

1-° Sous le rapport de la certitude qu'ils donnent pour juger de la couleur d'un objet quelconque ;

2° Sous le rapport de la certitude qu'ils donnent au jugement que l'on porte d'oeuvres de différents arts qui parlent aux yeux par des matières colorées j

5.° Sous le rapport de l'union qu'ils établissent entre des principes communs à plusieurs arts qui parlent aux yeux des langages divers en employant des matériaux différents.

Enfin, dans une derïiière section je traiterai de l'iniluence que la disposition d'esprit du spectateur peut avoir dans le jugement qu'il porte sur un objet d'art destiné à être vu.

(578) PREMIÈRE SECTION

TNTERVENTION' DE LA LOI DU CONTRASTE SIMULTANÉ DES COU- LELRS DANS LES JUGEMENTS QU'ON PORTE SUR DES CORPS COLORÉS QUELCONQUES, ENVISAGÉS SOUS LE RAPPORT DE LA BEAUTÉ RESPECTIVE OU DE LA PURETÉ DE LA COULEUR ET DE L'ÉGALITÉ DE LA DISTANCE DE LEURS TONS RESPECTIFS, SI CES CORPS APPARTIENNENT A UNE MÊME GAMME.

InU^ocluction.

835. La conséquence la plus simple et la plus générale qui se déduise de la loi du contraste, est assurément celle qui concerne le jugement que l'on porte, soit par goût, soit par profession, sur une couleur qu'oifre à la vue un papier de tenture, une étoffe, un verre, un émail, un tableau, etc.; une condition que tous ceux qui ont quelque expérience de la matière, regardent comme essentielle à remplir pour éviter Terreur, est de comparer la couleur sur lacjuelle il s'agit de prononcer avec une autre qui lui soit analogue. Eh bien ! la conséquence de cette comjDaraison n'est point exacte, dans le cas où les objets comparés ne sont pas identiques, si l'on ignore la loi du contraste; c'est au reste ce c[ue je vais démontrer par différents exemples très-propres à se prêter à l'application du principe dont je parle. Enfin, une conséquence plus éloignée de la loi donne le moyen de savoir si les tons d'une gamme de laine ou de soie destinée à faire de la tapisserie ou des tapis, sont équidistants.

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