Enfin, dans le contraste successif il peut
y avoir contraste de simple différence et contraste d'antagonisme , comme dans le contraste simultané, parce que
1 .° L'oeil qui a vu dans un premier temps une partie claire o à côté d'une partie obscure o', voit dans un second temps, lorsqu'il a cessé de regarder l'ensemble des deux parties o et o', l'image de o plus foncée que l'image de o'.
2° L'oeil qui a vu dans un premier temps un corps d'une certaine couleur, voit dans un second temps, après avoir cessé de le regarder, une image qui est de la couleur complémentaire ou antagoniste de celle qui est propre à ce corps.
972. Les choses amenées à ce point, il est évident que, pour traiter la question à laquelle ce paragraphe est consacré avec toute la clarté que nous pouvons y mettre, il faut rechercher si l'ouïe, le "oiit et l'odorat sont soumis à un contraste d'antagonisme ou à un contraste de différence j enfin, si les contrastes qui peuvent les affecter sont simultanés et successifs. En négligeant de subordonner le sujet à ces distinctions, je m'exposerais certainement auprès de mes lecteurs à un reproche d'obscurité qui aurait sa cause dans la confusion que j'ai signalée en traçant le résumé critique de l'histoire des travaux sur les couleurs dites accidentelles (80 et 940-
De l'ouie.
973. L'ouïe est le sens qui passe pour avoir le plus de rapport avec la vue; car tout le monde sait le rapprochement que l'on a fait entre les sons et les couleurs, non -seulement quand on les a considérés comme sensations, mais encore lorsqu'on a cherclié à expliquer leur propagation par la tliéorie des ondes.
Comparaison des sons et des couleurs.
974» Quoique je ne méconnaisse pas les raj)ports des couleurs avec les sons, lorsqu'il s'agit et de levu' propagation jusqu'à nos organes, et des sensations infinies résultant de leur mélange ou de leur coexistence; quoique je sente vivement le plaisir de la vue de belles couleurs, lors même qu'elles ne rappellent par leur délimitation aucun objet déterminé et quelles ne nous affectent que par la beauté de leur éclat; quoique je les aie groupées en différentes harmonies, et que j'aie indiqué le moyen d'analyser par une sorte de lecture celles qui composent un tableau, cependant j'avoue que je n'aperçois point ces rapports intimes que plusieurs auteurs, particulièrement le père Castel, ont dit avoir aperçus entre les sons et les couleurs. J'ignore ce que l'avenir apprendra relativement à l'analogie que les sens
( 690 ) qu'ils affectent respectivement pourront présenter sous le point de vue des différentes espèces de contrastes qui ont lieu dans la vision; mais aujourd'hui la différence spéciale des sons et des couleurs me frappe plus que leur ressemblance générique.
976. La première différence que je remarque entre les sensations de l'ouïe et celles de la vue, est l'existence des sons comme chose spéciale, qu'il s'agisse du langage ou qu'il s'agisse de la musique. Ce n'est pas seulement dans le langage parlé et dans la musique exécutée par la voix ou par des instruments que cette existence apparaît, mais c'est encore dans la parole écrite et dans la notation de la musique; en effet, les sons exprimant les mots du discours et les sons marqués par les signes de la musique se gravent dans la mémoire; le langage, le chant et les instruments les reproduisent, sinon toujours absolument identiques, du moins de manière à conserver leurs principaux rapports. Enfin, qu'estce qui donne à ces sons une signification, une valeur réelle? Dans le langage, c'est la succession des mots qui composent la phrase : dans la musique , la mélodie n'est pas autre chose qu'une succession de sons variés; et l'harmonie présentant la coexistence de plusieurs sons d'accord , ne
(691 ) signifie réellement quelque chose comme musique que par les sons qui l'ont précédée ou par ceux qui la suivent; en un mot, je trouve le caractère essentiel des sons significatifs dans leur succession et dans la faculté que nous avons à nous les rappeler et à les reproduire suivant cet ordre de succession, soit qu'ils concernent le langage, soit qu'ils concernent la musique.
976. Les couleurs ont-elles une existence spéciale comparable à celle que nous venons de signaler dans les sons? Je ne le crois pas, du moins pour la presque-universalité des hommes : car s'il est vrai qu'on peut voir des couleurs sans forme matérielle, pour ainsi dire, par exemple celles d'un rayon de lumière solaire dispersé par le prisme et réfléchi par une surface blanche; cependant presque tous les hommes confondent les couleurs avec les objets qui les leur offrent; et il est exact de dire qu'elles n'existent pour eux que dépendantes d'une forme matérielle, puisque, loin de les voir à fexclusion de ces objets, ils les y fixent, au contraire, comme une de leurs qualités essentielles, de sorte que si leur mémoire conserve le souvenir des couleurs, celles-ci sont toujours attachées à la forme de quelque objet matériel.