‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 233 sur 249 · Si nous examinons maintenant les sensa · texte numérisé non relu

Si nous examinons maintenant les sensa

( 692 ) lions de couleurs sous les rapports de succession et de simultanéité, rapports qui correspondent le premier à la mélodie et le second à l'harmonie des sons, il sera évident que nous ne verrons point dans le spectacle d'une succession de couleurs assorties même convenablement d'après la loi des contrastes simultané, successif ou mixte, quelque chose de vraiment comparable au plaisir que nous éprouvons d'une suite mélodieuse de sons; enfin, nous n'avons point en nous la même facilité pour retenir une succession de couleurs que pour retenir une succession de sons. Si nous considérons la vue simultanée des couleurs, associées conformément aux règles du contraste, il est évident, d'après tout ce qui précède, que ce sera le cas de la plus grande analogie entre les couleurs et les sons, parce qu'en effet dans le plaisir que nous causent des couleurs heureusement associées, il y a quelque chose de comparable à celui que nous cause un accord de sons harmonieux; avec cette différence cependant, que le premier plaisir est de nature à être prolongé plus que ne peut l'être le second; car personne n'ignore que l'oeil contemple les couleurs variées d'un tableau, sans éprouver un sentiment de monotonie, pendant un temps bien plus long que l'ouïe ne peut soutenir le plaisir d'un accord harmonieux des mêmes sous prolongés sans aucune variation.

( 695 ) Enfin, rappelons que dans tous les cas où la plupart des liommes sont affectés agréablement de la vue de couleurs associées, ces couleurs leur parlent par la forme qu'elles ont revêtue.

978. En définitive, les sons ont une existence spéciale que les couleurs n'ont pas, du moins pour la grande généralité des liommes. La succession est particulièrement essentielle au plaisir des sons musicaux et à la signification des sons du langage, comme la simultanéité dans des couleurs associées, qui exige quelque temps pour être sentie, est essentielle au plaisir que nous recevons par l'intermédiaire de la vue.

Ya-t-il un contraste de différence pour les soiis?

979. Y a-t-il des contrastes de différence povir les sons? et s'il y en a, sont-ils simultanés? sontils successifs? J'élève ces questions moins pour les résoudre , que dans l'intention d'indiquer les caractères de ces contrastes et les éléments des connaissances qu'il faudrait avoir pour en démontrer l'existence.

980. S'il est certain qu'un son très-fort nous empêche d'entendre un son faible que nous percevrions dans le cas où il viendrait seul à l'ouïe, si cet effet correspond exactement à celui que produit une vive lumière lorsqu'elle nous em-

(694) pêche d'en apercevoir une plus faible, que nous verrions cependant très -bien si elle était isolée de l'autre, enfin si ces deux effets peuvent s'observer sans que le son fort, sans que la lumière vive blessent i organe qu'ils affectent respectivement, cependant le premier fait ne démontre pas nécessairement entre deux sons l'existence d'un contraste simultané de différence qui serait analogue au contraste simultané de ton de deux couleurs. Ce n'est que par la loi de continuité qu'on peut effectivement l'en déduire, en admettant que le phénomène est un des cas extrêmes ^ d'un contraste de différence entre deux effets dont le moindre disparaît devant le grand, ainsi que cela a lieu lorsqu'un petit objet placé près d'un plus grand cesse d'être perceptible par le fait même de ce voisinage (9G6).

981. Mais pour démontrer l'existence d'un contraste de différence entre des sons simultanés, correspondant au contraste que nous percevons à la

1 Je dis, un des cas extrêmes, et non le cas extrême, par la raison que le cas extrême est celui où l'organe est vivement ébranlé, ainsi que cela arrive lorsque nous sommes près d'un canon que l'on tire, lorsque nous fixons les jeux sur un corps lumineux éclatant, comme le soleil. Ces circonstances mettent l'organe véritablement dans une position anormale, relativement à l'état où il doit être pour recevoir une impression du monde extérieur et l'apprécier.

(695) vue de deux couleurs élevées à des tons différents, il faudrait prouver par l'expérience que dans la perception simultanée d'un son grave et d'un son aigu, le premier paraît plus grave et le second plus aigu qu'ils ne le paraîtraient, s'ils différaient moins l'un de l'autre. Or , c'est précisément ce contraste entre les deux sons que nous ne pouvons constater par le fait précité (980), où un son fort nous empêche d'en percevoir un faible, puisqu'alors, ne percevant qu'un seul son, nous ne pouvons le comparer avec celui que nous ne percevons pas.

982. Si nous passons à la question concernant l'existence d'un contraste de différence entre deux sons successifs, nous trouverons encore le cas d'un son faible qui , succédant à un son fort, n'est pas perçu , de même qu'une faible clarté n'est pas sensible aux yeux qui viennent de recevoir l'impression d'une vive lumière. Pour établir absolument l'existence d'un contraste successif de différence entre deux sons , il faudrait démontrer par l'expérience qu'entre deux sons différents perçus successivement, la différence est plus grande que si les sons étaient près d'être égaux.

Va-t-il un contraste d'antagonisme pour les sons? 985. Nous ne pouvons nous faire aujourd'hui aucune idée d'une diiïérence qui naîtrait dans

(696) les sons d'un antagonisme de quelqu'une de leurs propriétés individuelles, car actuellement nous ne connaissons rien en eux qui corresponde à la lumière blanche et aux lumières colorées mutuellement complémentaires. Nous ne pouvons donc, dans l'état actuel de nos connaissances, concevoir l'antagonisme entre deux sons qui arrivent simultanémetit à l'oreille, qu'en concevant qu'ils se détruisent mutuellement; eh bien î en admettant ce résultat, nous auinons un produit correspondant non à la blancheur naissant du mélange de rayons solaires colorés, mutuellement complémentaires, mais au noir qui peut résulter du mélange de matières colorées complémentaires (g68), et alors nous ne verrions plus ce qui, dans l'audition, correspondrait au contraste successif d'antagonisme, en vertu duquel la vue suffisamment prolongée d'une couleur, détermine la tendance à voir dans un second temps la complémentaire de cette couleur.

Du goût et de l'odorat.

g84- Je ne puis appliquer la question de l'existence des contrastes au goût et à l'odorat, sans faire remarquer l'extrême différence qui existe entre ces sens d'une part et la vue et l'ouïe d'une autre part. Dans toutes les perceptions des deux premiers il y a contact du corps sapide j du corps

( 697 ) odorant avec l'organe, c'est-à-dire toujours action physique et souvent action cliimique; tandis que dans la perception des couleurs et des sons il n'y a jamais action chimique j c'est une simple impression que l'oeil reçoit de la lumière, c'est un simple ébranlement que l'oreille reçoit du corj)S sonore. D'après cela j'ai rangé les propriétés que nous découvrons dans les corps par l'intermédiaire du goût et de l'odorat, parmi celles que je nomme organoleptiques^ ^ afin de les distinguer des propriétés physiques, parmi lesquelles je range toutes celles que la vue et l'ouïe nous font connaître.

985. Il est nécessaire de ne pas oublier que tout ce que je dirai du goût et de l'odorat, ne concernera que les sensations que nous percevons par leur intermédiaire, lorsque ces organes sont en rapport, soit avec une seule espèce de corps sapide ou odorant, comme du sel marin, du sucre de canne, du camphre, etc., soit à la fois avec plusieurs de ces espèces; mais dans ce cas je supposerai toujours que les espèces mélangées n'ont aucune action mutuelle chimique, et que

1 Vojcz mes Coiisidcralions gcncrales sur l'analjsc organique et SCS applications j 1 volume iu-8.% chez Lcvraull, 1824 (pag. 3i cl 42).

lorsqu'il s'agit de corps sapides, ceux-ci ne sont point odorants.^

y a-t-il un contraste de différence pour le goût ?

986. Si l'on accepte pour preuve d'un contraste de différence la non-perception d'une faible clarté ou d'un faible son, résultant de l'effet d'une vive lumière ou d'un son intense, soit qu'il s'agisse d'un cas de simultanéité, soit qu'il s'agisse d'un cas de succession, on sera conduit à admettre un contraste de différence pour le goût , soit simiUtané, soit successif j car tout le monde sait qu'une saveur forte nous empêche de percevoir une saveur faible dans le cas de simultanéité comme dans le cas de succession, et dans les deux cas l'effet peut avoir lieu sans que l'organe sorte de l'état normal, par exemple, une saveur fortement salée empêche de percevoir une saveur sucrée que l'on percevrait sans la première; une eau fortement sucrée rend insensible la saveur d'une eau légèrem.ent sucrée que l'on boit après la première.

987. Mais si l'analogie des faits précédents avec ceux qui sont relatifs aux sens de la vue et de l'ouïe est évidente, nous conviendrons que nous

i Voyez Considérations générales sur l'analyse organique, page 45 et suiv.

( 699 ) n'en connaissons pas aujourd'hui qui correspondent au contraste de différence, en vertu duquel deux tons d'une même flamme de couleur paraissent aux yeux plus différents qu'ils ne le sont réellement. Il faudrait , pour établir cette correspondance , qu'on pût démontrer dans le cas de simultanéité que deux saveurs, provenant de deux matières différemment sapides , appliquées sur des parties distinctes de la langue , sont plus différentes qu'elles ne le seraient, si elles fussent provenues de matières moins différemment sapides. Enfin, dans le cas de succession il faudrait démontrer que deux saveurs perçues successivement présenteraient plus de différence que si on les eût perçues séparément. Cela supposerait qu'on pût conserver quelque temps la mémoire de la première saveur.

988. Les expériences sur le contraste de différence des saveurs pourraient être faites

1 .° Avec une même espèce de corps sapide pris en quantités différentes;

2.° Avec deux corps différents ayant une même saveur générique, comme le sucre de canne, le sucre de raisin, la mannitej

3.° Avec des corps ayant des saveurs différentes, comme le sucre, le sel marin, l'acide citrique, etc.

Va-t-il un contraste cVajitagonisme pour le goût ?

g8g. Ne connaissant rien qui ressemble à un antagonisme dans les sensations du goût, nous ne pouvons citer aucun fait propre à démontrer un contraste d'antagonisme, soit sim.ultané, soit successif, dans les saveurs.

De l'odorat.

990. Tout ce que j'ai dit sur les contrastes du goût est applicable aux contrastes de l'odorat. On peut, par analogie , admettre un contraste de différence, soit simultané, soit successif, pour des odeurs. Mais rien ne correspond dans les perceptions que nous en recevons au contraste d'antagonisme.

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