‹ De la Loire à l'OderChapitre 14 sur 35 · STETTIN · texte numérisé non relu

STETTIN

Qui: de lugubres réminiscences éveille ce nom dans l'esprit des prisonniers civils ! Quelles sombres et douloureuses journées ne leur fait-il pas revivre! Comme un rêve affreux, dont l'oppression persiste en dépit des années écoulées, le souvenir de cette ville les hante et les poursuit. C'est là que, pour un mauvais fusil caché dans une haie de leur village, les pauvres gens traînèrent pendant cinq mois la plus misérable existence; c'est là que, sous les rigueurs d'un froid sibérien et sous les traitements inhumains de nos implacables ennemis, succombèrent dix-huit d'entre eux, vieillards pour la plupart et presque tous pères de famille, victimes de la plus odieuse violation des lois de la guerre. — La population de Bricy a voué ce nom à l'exécration; il n'est pas un seul des habitants du hameau qui ne le maudisse chaque jour et ne raconte à ses enfants, qui l'écoutent en frémissant, cette page de la monographie locale où l'impilovable vainqueur a laissé sa trace sanglante, — où l'on voit, de la Loire à l'Oder, sa cruauté s'exercer sans répit contre d'inoffensifs paysans français.

Stettin, chef-lieu de la province de Poméranie, est une des principales villes fortes du littoral de la Baltique. Située à 30 kilomètres de la mer et à 1 2G Kilomètres nord-est de Berlin, elle est bâtie sur l'Oder, qui s'y divise en trois bras. C'est, après Hambourg, la première place pour le commerce

maritime de l'Allemagne du Nord. Mais les gros vaisseaux ne peuvent atteindre son port; ils s'arrêtent à Swinemiïnde, sur la côte est de l'île d'Usedom, où ils déchargent leur cargaison.

La ville comptait à peine 50 000 habitants en 1870; elle a depuis cette époque presque triplé le chiffre de sa population, qui s'élève aujourd'hui à 138 000 âmes. L'industrie y est active et elle fait un mouvement d'affaires important de poteries, de bougies, de sucres, d'eau-de-vie, de bière, de grains, de toiles, de cotonnades, de laines, de bois et de denrées coloniales. C'est le centre de chemins de fer sur Berlin, Stralsund, Colberg, Posen, Bromberg, Danzig et Kœnigsberg; un service de bateaux à vapeur relie la ville aux ports danois, suédois et russes, et à ceux de la côte prussienne de la Baltique. — Stettin a de beaux quais, de grandes places, — entre autres la place Victoria, — et quelques monuments remarquables, parmi lesquels l'ancien château des ducs de Poméranie, construit en 1503, et les églises de Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint-Jacques, datant toutes du xve siècle. On y voit les statues du grand Frédéric et de Frédéric-Guillaume III. Elle possède un évêché évangélique, un gymnase, un observatoire, un séminaire d'instituteurs, des écoles de navigation, de commerce, de droit et de médecine, un arsenal et des chantiers.

Stettin, patrie de la tsarine Catherine II, est une ville fort ancienne; fondée par les Wendes, peuple slave qu'on trouve épars dans diverses régions de l'ancienne Germanie, elle était un de leurs lieux consacrés. En 1121, elle tomba au pouvoir de Boleslas III, roi de Pologne; au siècle suivant, elle devint la résidence des ducs de Poméranie et entra dans la ligue hanséatique. La paix de Westphalie, en 1648, en transporta la possession des Danois aux Suédois; assiégée en 1659 par l'électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, elle fut prise par lui en 1672 et cédée définitivement à la Prusse en 1720.

Après la victoire d'Iéna, en 1806, les Français l'occupèrent sans rencontrer la moindre résistance. Effrayé des succès de nos troupes, le gouverneur, baron de Romberg, livra la ville le 29 octobre au général Lasalle, qui n'avait que quelques

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