‹ De la Loire à l'OderChapitre 16 sur 35 · OH FIT AUX PRISONNIERS LA LECTURE DU CODE MILITAIRE · texte numérisé non relu

OH FIT AUX PRISONNIERS LA LECTURE DU CODE MILITAIRE

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« Der Deutsche, bieder, fromm und stark, Beschùsst die heil'ge Landesmark... »

— « L'Allemand, loyal, doux et fort, protège les bornes sacrées de la patrie — »

Tout à coup le canon gronde, les drapeaux sont hissés sur les casernes et les monuments publics, l'aigle montre ses griffes à toutes les fenêtres des maisons particulières. Les soldats prussiens, qui ne s'expliquent pas qu'après Sedan la lutte ait pu continuer, sont persuadés cette fois que la guerre va prendre fin; ils se livrent à des manifestations exubérantes, et dans leurs conversations animées un mot revient à chaque instant : Metz hat capitulirt! — Et pendant que la ville prépare joyeusement ses illuminations, les détonations du canon se succèdent sur l'Oder, à intervalles égaux, et se répercutent en écho sur les coteaux avoisinants.

Il n'y avait donc plus à douter et à se leurrer d'un vain espoir : Bazaine s'était rendu, l'armée du Rhin était prisonnière;— et sur cette même place publique de Stettin,la place Victoria, où les soldats de Lannes en 1806 criaient : Vive l'empereur d'Occident! et faisaient trembler les habitants frappés de stupeur, le roi de Prusse annonçait aux Poméraniens, par la voix glorieuse du canon, que la vengeance d'Iéna se poursuivait et que Bazaine à Metz venait de subir le sort de Blùcher à Lubeck. — Ainsi change avec la guerre la destinée des peuples : les vaincus d'autrefois étaient devenus à cette heure d'implacables vainqueurs, et la France était couverte des ruines ensanglantées que leur haine avait accumulées.

Le soir même, les journaux publiaient la proclamation que le prince Frédéric-Charles avait adressée à ses troupes, du quartier général de Borny : « Aujourd'hui enfin, cette armée de près de 173 000 hommes, la meilleure de la France, — plus de cinq grands corps d'armée, parmi lesquels la garde impériale, — a capitulé, avec 3 maréchaux de France, plus de 50 généraux et 6 000 officiers, — et avec eux, la ville de Metz, qui jamais avant nous n'avait été prise.... »

En l'honneur de cet événement sans doute, les prisonniers civils furent dispensés, le 2" octobre, du travail de l'aprèsmidi. L'instituteur qui, grâce à l'obligeance d'un soldat français, avait pu se procurer du papier et de l'encre, profila de ce répit pour écrire quelques lettres ; la première était destinée au commandant de place de Stettin. Il lui faisait connaître de quelle manière les habitants de Bricy avaient été enlevés de leurs foyers et le priait avec instance de prescrire une enquête sur cette singulière arrestation. Quelques jours après, le commandant de la 27e compagnie, à qui cette lettre avait été remise, appela le signataire au bureau de la forteresse et lui apprit qu'aucun prisonnier de guerre ne pouvait correspondre directement avec le général. Il consentit d'ailleurs à servir d'intermédiaire, et rédigée à son adresse, traduite et revêtue de son apostille, la pétition fut déposée par lui à la Commandantur. On verra plus loin quel accueil lui fut réservé.

L'autorité prussienne finit par reconnaître que les paysans de Bricy étaient des prisonniers peu dangereux et qu'elle prêtait au ridicule de les soumettre à un régime d'exceptionnelle rigueur. On les ramena donc un jour au fort Preussen et on les délivra des gardiens. Mais avant de recouvrer la liberté restreinte qui leur permettait de sortir de la caserne et de se promener dans l'intérieur du fort, il leur fallut entendre la lecture du Gode pénal militaire, ou du moins de certains articles draconiens, bien faits pour inspirer l'effroi et éloigner de l'esprit toute velléité d'insubordination.

Le règlement spécial aux prisonniers de guerre fut aussi porté à leur connaissance, et quiconque contrevenait à ce règlement ou commettait la plus légère infraction aux articles du code expiait durement sa faute, car l'ennemi, n'admettant aucune circonstance atténuante, se montrait impitoyable dans l'application de la peine.

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