‹ De la Loire à l'OderChapitre 24 sur 35 · UNE CIRCULAIRE DK M. DE BISMARCK · texte numérisé non relu

UNE CIRCULAIRE DK M. DE BISMARCK

Que se passait-il en France? Paris était Lombarde, Bourbaki écbouait dans sa pointe sur Belfort, Chanzy se retirait sur la Mayenne, Faidberbe, après une lutte héroïque, abandonnait Saint-Quentin.... Les dépèches prussiennes faisaient prévoir le dénouement du drame. Le 29, en effet, dans un supplément distribué partout, le Journal steltinois etpoméranien annonçait que M. de Bismarck avait signé la veille, avec Jules Favre, la capitulation de tous les forts de Paris et un armistice de trois semaines sur terre et sur mer, et que l'armée du siège restait prisonnière dans la ville.

Celte nouvelle fut pour les Prussiens le chant suprême du triomphe, — pour les prisonniers français le dernier coup de la fatalité, l'épreuve finale qui achevait de leur briser le cœur. Quel- , hVnzy' ques-uns rimèrent alors, en des vers sinon corrects, du moins énergiques et vibrants, les sentiments qui les oppressaient, maudissant Napoléon III et sa dynastie, chargeant la Prusse du mépris que lui valaient ses forfaits, exprimant pour la France leur foi ardente en des temps meilleurs, — et ces strophes qu'inspirait seul l'amour patriotique, récitées dans les chambrées, faisaient passer dans les yeux des éclairs de colère et de haine, dans l'àme un frisson d'incommensurable douleur ou de lointaine espérance.

Le peuple prussien exultait : sans les alliés de 1814 cette fois, un de ses corps d'armée allait pénétrer dans Paris, suivre l'avenue des Champs-Elysées, séjourner devant les Tuileries pendant quarante-huit heures, et cet événement considérable, c'était le couronnement delà politique de M. de Bismarck. Le rêve de toute sa vie, sa pensée de tous les instants lorsqu'il méditait sous les ombrages de Varzin, avait été, sinon de rayer de l'histoire, du moins de ternir l'éclat de la date inoubliable du 27 octobre 1806, où quatorze jours après l'ouverture de la campagne d'Iéna, Napoléon entrait triomphalement à Berlin. Mais les faits antérieurs de la vie des peuples ne s'effacent point : le chancelier a pu donner satisfaction à son orgueil en ajoutant une page sombre au livre de

nos malheurs, il n'a rien fait disparaître de nos gloires passées.

Les illuminations, dans la soirée du 29 janvier, éclairèrent Stettin comme la lueur d'un immense incendie, — et sur l'Oder, encore, pareille au bruit du tonnerre, gronda la voix du canon, dont chaque détonation déchirait le cœur des prisonniers français.

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