‹ De la longévité humaine et de la quantité de vie sur le globe (volume 2)Chapitre 30 sur 143 · Rech. sur les oss, foss.^ t. H, p. 4B · texte numérisé non relu

Rech. sur les oss, foss.^ t. H, p. 4B

2. Ce mammouth est le rhUwcéros fossile découvert en 1774 sur les bords du Wiluji. — « Pallas publia, en « 4773, la découverte étonnante d*un rhinocéros entier^ « trouvé avec sa peau, en décembre 4771, enseveli dans « le sable, sur les bords du Wiluji, rivière qui se jette « dans la Lena, au-dessous d'Iakoutsk... » (Cuvier, Rech, sur les oss.foss,^ t. ni, p. 87.) Ce rhinocéros était aussi couvert de poils. Pallas lui*méme vit encore, au mois de mars de 4772, le crâne et les pieds revêtus de leur peau, de leurs ligaments, de leurs tendons, et des fibres les plus

— lis —

avec leur peau et leur chair: «S' ils n'eussent ff été gelés aussitôt que tués, la putréfaction les « aurait décomposés ; et, d'un autre côté, cette « gelée éternelle n'occupait pas auparavant les a lieux où ils ont été saisis, car ils n'auraient ff pas pu vivre sous une pareille température : (c c'est donc le même instant qui a fait périr les « animaux et qui a rendu glacial le pays qu'ils « habitaient. »

11 a dit plus tard : « Je ne pense pas qu41 y « ait eu un changement de climat. Les élé* « phants et les rhinocéros ' de Sibérie étaient « couverts de poils épais, et pouvaient supporter tf le froid aussi bien que les ours et les ar- « galis ; et les forêts dont ce pays est couvert à « des latitudes fort élevées leur fournissaient <f une nourriture plus que suffisante ^. »

grossières. de leurs chairs durcies, — Voyez Nooi Com* mentarii Jcad. sci. imp, Peirop, an 4773.

4, Voyez la note 2. de la page précédente.

2. Aech,sur les oss.Joss,, t. Il, p. 245.— Cette circonstance d'un éléphant couvert de poils avait aussi beaucoup frappé M. de Laplace. « Toute hypothèse ibndée sur un « déplacement considérable des pôles à la surface de la « terre doit, dit-il, être rejetée... On avait imaginé ce dé- « placement pour expliquer Texistence des éléphants

Je reprends mon énuméralion des espèces perdues. A côté du mammouth^ il faut placer le mastodonte.

En 1739, un officier français, M. de Longueil , naviguant sur l'Ohio, quelques gens de sa suite trouvent une dent énorme, et de toutes les dents de quadrupèdes assurément la plus grosse qu'on eût jamais vue. A son retour, M. de Longueil la porte à Buffon ; et c'est à l'aspect de cette dent que Buffon conçoit la grande idée des races éteintes. « Tout porte à

a dont on trouve les ossements fossiles en bi grande abon- « dance dans les climats du nord, où les éléphants actuels a ne pourraient pas vivre. Mais un éléphant que Ton sup- « pose avec vraisemblance contemporain du dernier cataa clysme, et que Ton a trouvé dans une masse de glace, <c bien conservé avec ses chairs et dont la peau était tt recouverte d*une grande quantité de poils, a prouvé que (( cette espèce d'éléphants était garantie par ce moyen « du froid des climats septentrionaux qu'elle pouvait ha- « biler et même rechercher. La découverte de cet animal « a donc confirmé ce que la théorie mathématique de la a terre nous apprend, savoir que, dans les révolutions qui « ont changé la surface de la terre et détruit plusieurs « espèces d'animaux, la figure du sphéroïde terrestre et « la position de son axe de rotation sur sa surface n*ont « subi que de légères modifications. » {Exposition du sysfème du monde, t. lï, p. 438, 5"^ édition )

« croire , dît Buffon , que celle ancienne espèce a (l'espèce révélée par celte dent), qu'on doit « regarder con^rae la première et la plus grande (( de tous les animaux terrestres, n'a subsisté (( que dans les premiers temps , et n'est point « parvenue jusqu'à nous ^ »

Du mastodonte je passe au dinothérium.

La découverte du dinothériurn est de date toute récente. En 1829, M. Kaup trouva à Eppelsheim, dans le grand duché de Hesse- Darmstadt, une mâchoire inférieure, armée de deux énormes défenses courbées vers la terre. En 1856, M. Klipstein trouva la tête entière de l'animal, jusqu'alors resté inconnu, auquel avaient appartenu ces défenses et cette mâchoire. Cet animal étrange fut nommé dinothérium.

h . Époques de la nature : Notes justificatives , note 9. — a Ce qu'il y a de très-remarquable , dit-il enc core, c'est quo non-seulement on a trouvé de vraies c défenses d'éléphant et de vraies dents de gros hippo- « tK)tames en Sibérie et au Canada, mais qu'on y a trouvé « ces donl:$ beaucoup plus énormes à grosses pointes

«mousses : je crois donc pouvoir prononcer avec

« fondement que celte grande espèce d'animal est périt due. » {Ibid.)

^ Il surpassait par la taille les plus grands éléphants: il portait, de même que V éléphant et le mastodonte^ une trompe et deux défenses; mais ces défenses étaient attachées à la mâchoire inférieure et tournées vers la terre , tandis que les défenses de \ éléphant et celles du mastodonte sont attachées à la mâchoire supérieure et tournées vers le ciel.

Le quatrième animal gigantesque des temps anciens, le mégathérium^ n'est plus un animal à trompe^ comme V éléphant^ comme le dinothérium^ comm« le mastodonte: c'était un édenté^ un tatou , mais un tatou de la taille des plus grands rhinocéros , un animal aussi grand qu'un rhinocéros dans un genre oii les animaux actuels, et je parle des plus grands, ne sont pas aussi grands qu'un chien.

Je n'ai compté jusqu'ici qu'un seul éléphant fossile^ mais on soupçonne déjà qu'il pourrait bien en exister plusieurs; je n'ai compté qu'un seul mastodonte j le grand mastodonte^ mais il y en a plusieurs autres, et le mastodonte à dents étroites n'est guère moins grand que lui. Il y a plusieurs dinothériums. Le méga^

lon/x^ce monstrueux eé/^/7/^', indiqué pour laf première fois à la science par Jefferson, n'était guère moins grand que le megathérium. Ce monde des espèces perdues avait plus de /7/«nocéros que nous n'en avons ; il avait plus S hippopotames ^^ic.j et^ avec toutes ces espèces que nous n'avons point, il avait toutes les nôtres ou du moins les analogues de toutes les nôtres.

Il avait les analogues de nos éléphants^ de nos rhinocéros ^ de nos hippopotames; il avait les analogues de tous nos carnassiers: de nos lions ^ de nos tigres, de nos hjrènes^ etc.; de tous nos ruminants : de notre girafe , de nos cerfs ^ de nos antilopes; de tous nos rongeurs^ depuis le castor jusqu'au lapin , etc.; de tous nos pachydermes^ depuis V éléphant^ que je viens de nommer, jusqu'au sanglier; et combien n'avait-il pas de pachydermes que nous n'avons plus ! le palœothérium^ Yanoplothérium^ le lophiodon^V anthracothérium^ etc.; il avait yx^c^ d^nx analogues de uosquadru^ mânes : ou a déjà trouvé plus d'un singe fossile, U homme est le seul de tous les êtres ani-

iiiés que ce monde àe^ espèces perdues ne nous ait point encore offert.

Pour en venir à quelques exemples plus déterminés , on peut compter jusqu'à près de quarante espèces de pachydermes qui ont autrefois vécu sur le sol de la France : V éléphant^ le dinothérium ^ le mastodonte^ le palœothérium j etc., etc.; de tous ces pachydermes^ il n'en reste plus qu'un seul, le san* gUer. On peut compter jusqu'à près de cent espèces de ruminants qui ont vécu sur ce sol où nous vivons aujourd'hui; de ces cent rumii-nants^ il n'en reste plus que trois : le bœu/^ le cer/el le chevreuil '.

La classe des reptiles a depuis longtemps perdu toutes ses grandes espèces : les icthyosauras j les plésiosaurus ^ les mégalosaurus ^ les mosasaurus^ etc., etc. M. Âgassiz, qui a tant cherché et tant trouvé en fait à^ espèces que nous n* avons plus, compte, dans la seule classe des poissons^ jusqu'à 25,000 espèces fossiles,

4. Voyez une note très-intéressante de M. P. Gervais, dans les Comptes rendus de C Académie des sciences , t. XXXI, p. 552.

c'est-à-dire jusqu'à 25,000 espèces perdues (nous ne connaissons aujourd'hui que cinq ou six mille poissons vivante) ; il compte jusqu'à 40,000 coquilles fossiles j etc., etc.

Je viens de dire que l'époque des espèces perdues avait plus de rhinocéros et Xhippo^ potames que nous n'en avons. Nous n'avons qu'un hippopotame^ et elle en avait jusqm'à trois ou quatre; nous n'avons que quatre ou cinq espèces de rhinocéros^ et quelques naturalistes croient pouvoir en compter plus de quinze ou vingt fossiles.

Parmi tous ces rhinocéros fossiles ^ un surtout était remarquable: le rhinocéros ticho" r/unusde M. Cuvier; il avait la cloison du nez osseuse; et c'est un rhinocéros de cette espèce qui fut découvert, en 1771, auprès du Wiluji, et trouvé là tout entier avec sa peau, ses chairs et son poil , car il était aussi couvert de poils comme le mammouth.

Et maintenant que l'on répète encore la phrase vulgaire : a que la nature dédaigne les individus, mais qu'elle conserve les espèces avec un soin extrême ! » La nature ne dédaigne

pas moins les espèces que les individus ; elle ne tient pas plus compte des uns que des autres : chaque espèce disparait aussi à son tour, et les plus grandes comme les plus petites. Nous trou- YonSy parmi les espèces fossiles ^ des animaux plus grands que V éléphant^ et nous y en trou* Yons d'aussi petits que la souris et la musaraigne. La nature n'est qu'un mot.

Dieu, en créant un être €pîpût se connaître soi-même et le connaître^ a donné par cela même un maître à tous le9 autres êtres, a L'homme pense, » dit Buffon, <c et dès lors tt il est maître des êtres qui ne pensent point'. »

Jeté faible et nu sur la surface du globe ^ l'homme est devenu par son intelligence , de tous les êtres créés, le mieux armé et le plus terrible. Il a découvert le fea; avec le feu, il a forgé le fer ; il a combattu, il a relégué loin de lui tous les animaux qui pouvaient lui nuire. Il s'est associé ceux qui pouvaient lui être utiles. Âpres avoir découvert le feu^ il a inventé l'agriculture. Dès que> par l'agriculture, il a possédé

K . Totn. II, p. 367.

la terre , il a eu une subsistance assurée , non pour un jour ou pour quelques jours, mais pour des années, pour des suites d'années, pour toujours. Il a pu dès lors relever la tête et s'occuper de la culture de son esprit.

Il a pu dès lors aussi voir son espèce se développer, s'accroître, se répandre partout; et, partout où elle a paru, dominer bientôt sur les autres. Pour peu que nous fouillions ce sol de Paris que nous habitons , nous y trouvons des restes A^ éléphants^ de rhinocéros^ de palœo'^ thériums^ etc. Et ces débris ne nous étonnent pas moins par leur nombre que par leur forme ; mais que Ton suppute un moment, par la pensée, tout ce que, depuis quelques siècles que Paris est Paris, il s'est accumulé d'hommçs sur ce seul point de terre : une seule espèce y aura donné peut-être plus à^indmdus , plus Métrés vwants^ que toutes leB autres espèces qui y avaient successivement vécu , avant qu'à son tour elle y vint prendre place.

Et d'ailleurs, tout en détruisant d'un côté les espèces nuisibles 9 l'homme a multiplié, de l'autre , et multiplié presque à l'infini tous les

animaux utiles : par là même il a augmenté la quantité de vie sur la terre. « L'homme, dit fc Buffon, a fait choix d'une vingtaine d'espèces « d'oiseaux et de mammifères, et ces vingt es- <( pcces figurent seules plus grandement dans « la nature, et font plus de bien sur la terre que (c toutes les autres espèces réunies. Elles figurent « plus grandement, parce qu elles sont dirigées ce par l'homme et qu'il les a prodigieusement (c multipliées; elles opèrent, de concert avec « lui, tout le bien qu'on peut attendre d'une c( sage administration de force et de puissance « pour la culture de la terre, pour le transport <c et le commerce de ses productions, pour a l'augmentation des subsistances , en un mot, a pour tous les besoins et même pour les plai* « sirs du seul maître qui puisse payer leurs ser- « vices par ses soins '. »

Je viens de dire que l'homme a été jeté faible et nu sur la terre ; je dois ajouter qu'il y a été jeté avec le régime naturel le plus défavorable.

♦ . Époque de la nature: vu® Époque.

C'est une question qui a beaucoup occupé les physiologistes, et qu'ils n'ont point décidée, de savoir quel a pu être le régime naturel^ le régime primitif àe l'homme. Selon les uns, le régime primitif de l'homme a été le régime herhis^ore^ et, selon ks autres, l'homme a toujours été ce que nous le voyons, c'est-à-dire à la fois herbivare et carnii^ore ou omnivore.

Nous connaissons très-parfaitement aujourd'hui, grâce à l'anatomie comparée, les conditions du régime herbi\^ore et celles du régime carniifore ; et il est très-facile de voir que l'homme n'a été primitivement ni herbivore (du moins essentiellement herbivore)^ ni car- . nivore.

L'animal Carnivore a des dents molaires tranchantes, un estomac simple et des intestins courts. Le lion^ par exemple, a toutes ses dents molaires tranchantes, un estomac étroit et petit (l'estomae du lion est presque un canal), et des intestins si courts qu'ils n'ont que trois fois la longueur du corps.

L'homme n'a point ses dents molaires tranchantes; son estomac est simple mais large, et

ses intestins sont sept ou huit fois plus longs qoe son corps. L'homme n'est donc point naturellement Carnivore.

Dans tous les animaux , la forme des dents molaires donne le régime. Le lioriy qui n'a que des molaires tranchantes^ se nourrit exclusivement de proie et même de proie vivante ; le chierty qui a deux molaires tuberculeuses, c'està-dire à pointes mousses^ commence à pouvoir mêler quelques végétaux à sa nourriture ; Vours a toutes ses dents tuberculeuses et peut se nourrir entièrement de végétaux '.

L'homme n'est donc pas carmVortf: il n'est pas non plus essentiellement A^r6<Von?. Il n'a point comme l'animal ruminant ^ par exemple, l'animal herbipore par excellence, des dents molaires à couronne alternativement creuse et saillante, un estomac qui se compose de quatre estomacs, et des intestins jusqu'à vingt-huit et quarante^-huit fois plus longs que son corps. Les intestins du mouton sont vingt-buit fois

4 . Un oursy que je fais nourrir, depuis cinq ans bientôt, avec du pain bis et des carottes, en est venu au point de ne plus vouloir toucher à la chair.

plus longs que son corps; ceux du buffle^ trente-deux ; ceux du hœuf^ quarante-huit, etc.

Par son estomac, par ses dents, par ses intestins, l'homine est naturellement et prîmi* tivement/ri/^/Vt^re, comme les singes.

Or, le régime/rugii^ore est de tous les régimes le plus défavorable , parce qu'il contraint les animaux qui y sont soumis à ne point quitter les pays où ils trouvent constamment des fruits, c'est-à-dire les pays chauds. Tous les singes sont des animaux des pays chauds.

Mais une fois que l'homme a eu trouvé le feu, une fois qu'il a su amollir, attendrir, préparer également lès substances animales et végétales par la cuisson, il a pu se nourrir de tous les êtres vivants, et réunir ensemble tous les régimes.

L'homme a donc deux régimes : un régime naturel, primitif, instinctifs et par celui-là il est frugisfore; et il a un régime artificiel ^ dû tout entier à son intelligence, et par celui-ci il est omnivore.

Je reviens au sujet principal de cet article. On a vu que , relativement à la quantité de

vie^ il se fait comme une sorte de compensation sur ce globe : à mesure que certaines es* pcces s'éteignent, le nombre des individus s'accroît dans quelques autres ; mais la compensation est-elle absolue, comme le prétend Buffon ? c'est là ce que je n'essaierai point d'examiner : on le pense bien . Il est plus facile de prononcer sur ces sortes de questions, quand on fait son compte avec lés molécules organiques que quand on le fait avec les êtres vivants.

Un fait se montre, du moins, avec évidence :

c'est que, à mesure que ce globe, qui n'a pas toujours été dans des conditions propres à la manifestation de la vie, se modifie, et, si je puis ainsi dire, s'accommode de plus en plus à cette manifestation , une variation très-sensible s'y opère dans les proportions relatives des espèces. Dans les premiers âges du globe , ce sont les espèces inférieures, les espèces infimes qui dominent; dans les âges subséquents, ce sont les espèces gigantesques et redoutables , soit dans la classe des reptiles^ soit dans celle des qua* drupèdes; dans l'âge actuel, ce sont les ani-

maux que Thomnie protège, et Thoinme luimême y à qui toute supériorité sur ce globe, même celle du nombre S parait ultérieurement dévolue.

4. a Le nombre (ks hommes est devenu mille fois plus « grand que celui d'aucune autre espèce d'animaux puis- « sants. »

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