Les Propos de table^ liv. II a Sans avoir besoin
c (ajoute-t-il, et l'addition est curieuse) de tels outils ny « tels vases que la nature a fait et inventé depuis es fe- « melles, qui portent et engendrent à cause de son impuis- « sance et imbécilité. »
2. a Si nous croyons possible que des poissons se « forment dans Teau sous Tinfluence de l'air, de la chaleur
faut déjà beaucoup de hardiesse y beaucoup plus que ne le suppose M. Burdach, pour admettre la génération spontanée dans les poissons.
Communément on n'^n a pas autant. On se rabat sur les petits animaux. C'est qu'on n'a pas disséqué ces petits animaux : « Qu'a de a plus aux yeux du philosophe , dit, avec a beaucoup de raison , Swammerdam , un élé- « phant , une baleine , que le plus petit ani- « malcule? L'un et l'autre est vivant, et a c'est le vivant qui étonne et qui confond a le philosophe ; l'un et l'autre est pourvu de « toutes les parties solides et de toutes les a liqueurs nécessaires à sa conservation , à son ce accroissement et à sa reproduction ; l'un et a l'autre a son instinct, ses inclinations, ses ce mœurs : tout cela semble même plus à l'aise a dans l'éléphant que dans la fourmi , dont la ce petitesse est une merveille de plus ^. »
« et de la lumière, il nous parait, au contraire, trop hardi « de penser que les crapauds qu'on a trouvés vivants dans a rintérieur de gros blocs de pierres y aient été produits a par des substances organiques putréfiées. » (Traité de physiologie, 1. 1, p. 45, trad. franc.) 4. Hist, des insectes.
M. de Lamarck trouve que le polype est déjà trop compliqué pour pouvoir être produit par génération spontanée ; mais il dit que la monade peut être produite ainsi. M. Ehrenberg, qui a disséqué des animaux plus petits encore que la monade^ et qui a su y découvrir une structure, en son genre si merveilleuse, M. Ehrenberg se garde bien de le dire '.
A mesure que la science fait un pas en avant, les partisans des générations spontanées en font un ai^rière. Ils se rejettent des poissons sur les insectes^ et s'y tiennent tant que Swammerdam et Redi ne sont pas venus; ils se rejettent des insectes sur les animaux infusoires^ et s'y tiendront sans doute jusqu'à ce que l'art habile d'un Ehrenberg nous ait aussi complètement dévoilé la génération positive et propre de ces animaux que les Sivammerdam et les Redi l'ont fait pour la génération des insectes.
h. Voyez les beaux travaux de M. Fhrenberg sur les in fv soir es.
§ 2. — D« la part égale du mâle et de la femelle dans la formation du nouvel être et de la préexistence des germes.
L'hypothèse, très-commode, mais très-absurde , des générations spontanées étant écartée 9 se présente tout entier l'impénétrable problème de la formation des êtres. Comment se produit , comment se forme chaque nouvel individu , chaque nouvel être ? Pour se tirer de la difficulté, qui n'est pas petite, quelques esprits très-supérieurs , des philosophes tels que Malebranche et Leibnitz, des naturalistes tels que Swammerdam, Redi, Malpighi, ont imaginé de dire que le nouvel être ne se forme pas, qu'il était tout formé; et de là le fameux système de la préexistence des gemies.
<c On demande, disait Buffon , comment un « être produit son semblable , et Ton répond : a c'est qu'il était tout produit. Peut-on recevoir a cette solution ' ? »
Bonnet , ce partisan si décidé de la préexis-
tence des germes, nous dit naïvement : « La a philosophie , ayant compris FimpossibiUlé où <c elle était d'expliquer mécaniquement la force mation des êtres organisés , a imaginé heucc reusement qu'ils existaient déjà en petit, sous a la forme de germes ou de corpuscules orga- « niques'. »
Je prie le lecteur de remarquer ces mots :
la philosophie a imaginé heiireusemenL La préexistence des germes n'est en effet qu'un expédient philosophique heureusement imaginé^ et, comme tous les expédients de ce genre, imaginé pour masquer une impuissance.
Le célèbre naturaliste Swammerdam, après avoir retrouvé le papillon dans la chrysalide^ la chrysalide dans le ver^ le ver dans Vœuf, ravi d'enthousiasme à l'aspect de ces belles découvertes, s'était écrié : « Pour exposer en a deux mots mon opinion, il suffit de dire ici a que je crois qu'il ne se fait point de vraie gé- « nération dans la nature, encore moins de gé-
\. Consid, sur les corps organisés : chap. I®', § 1 .
« nération fortuite, mais que la production des « êtres n'est autre chose que le développement cr de leurs germes déjà existants ' . »
Aussitôt Malebranche et Leibnitz s'emparèrent de ce point de vue.
« Des personnes fort exactes aux expérience ces, dit Leibnitz, se sont déjà aperçues de « notre temps qu'on peut douter si jamais un a aninnial tout à fait nouveau est produit, et si « les animaux tout en vie ne sont déjà en petit «r avant la conception dans les semences aussi « bien que les plantes,.. ', d « C'est ici, dit-il « encore , que les transformations de MM . Swam- « merdam, Malpighi et Leuwenhoeck, qui sont « des plus excellents observateurs de notre « temps, sont venues à mon secours et m'ont « fait admettre plus aisément que l'animal ne « commence point lorsque nous le croyons, et « que sa génération apparente n'est qu'un dé- « veloppement et une espèce d'augmenta- « tion.... ^ »