De generatione^ lib. III, cap. x
Or, j'ai toujours vu, dans mes expériences sur le croisement des espèces^ que le mâle avait une part égale à celle de la femelle dans la production du nouvel être.
Le métis ^ provenant de l'union de la chienne avec le chacal^ est un vrai métis :
on animal mi-parti de chien et de chacal^ un animal fait de deux moitiés, d'une moitié de chien et d'une moitié de chacal.
Comment concilier ce résultat avec la préexistence du germe! Si le germe préexiste dans la chienne^ il y est tout chien : il n'y est pas d'avance moitié chacal et moitié chien; certainement la moitié chacal ne préexistait pas dans la chienne.
Je continue mon expérience. Je prends ce métis, que je suppose une femelle, et je l'unis avec un chacal. J'obtiens un second métis, qui n'a plus qu'un tiers de chien. Je continue encore, et en procédant toujours de même : à la troisième génération, le métis n'a plus quart de chien ; à la quatrième, il n'a plus rien du chien.
J'ai donc changé un germe de chien en un
germe de chacal; car le germe primitif, le germe qui était dans la chienne^ était un germe de chien.
En substituant, dans mon expérience, la chacale à la chienne et le chien au chacal^ j'aurais pu changer de même (je n'ai pas besoin de le dire ) un germe de chacal en un germe de chien.
Il dépend donc de moi de changer un germe en un autre, un germe de chacal en un germe de chien, un germe de chien en un germe de chacal, ou plutôt, et à parler plus sérieusement, je .ne change rien, car rien n'était formé encore, rien n'était préformé, et il n'y a point de germes préexistants.
S 3. — Z>e la force de reproduction organique et des germes réparateurs.
Il y a dans l'économie animale, non-seulement une force de déi^eloppement qui conduit peu à peu chaque partie jusqu'au terme précis qui lui est marqué, mais une force individuelle et réelle de repwduction.
Les expériences de Trembley ont mis cette
force en évidence dans le polype. Un polype peut être coupé par morceaux : chaque mor^ ceau coupé reproduit un nouveau polype.
Les expériences de Bonnet sur les naïdes nous offrent, en un certain sens, quelque chose de plus étonnant encore; car la naide est un animal d'une structure beaucoup plus compliquée que le polype : c'est un annélide^ un ver à sang rouge. Le tissu du polype est tout homogène. Les ndidesj au contraire, ont» des organes très-distincts : un système nerveux tout aussi marqué que celui des insectes, un double système de vaisseaux sanguins, des organes propres de digestion, etc., etc.
Eh bien I on peut couper une naïde par morceaux, et chaque morceau donne une nouvelle naîde. Bonnet est allé jusqu'à couper une naïde en vingt-six morceaux, et il s'est reproduit vingt-six na'ides. Il a coupé la tête à la même /zaï^ jusqu'à douze fois, et cette naïde a reproduit douze fois sa tête ^
J'ai repété bien souvent, et avec beaucoup de soin y ces curieuses expériences.