Obsero. sur qmlques vers (Teau douce, etc
J'ai coupé des naides en dix, en douze, en quinze, en vingt morceaux. Chaque morceau coupé, après quelques contorsions, devient immobile : bientôt son épiderme se détache et l'enveloppe comme d^une sorte de cocon. Dès le deuxième ou troisième jour, les deux bouts du fragment de ndide paraissent déjà allongés, coniques, à demi transparents : c'est un commencement de reproduction de la tête et de la queue. Au bout de trois jours, le morceau coupé se dégage de son enveloppe, et l'on a sous les yeux une natde complète. A chaque extrémité, on voit trois ou quatre anneaux de nouvelle formation^ et que l'on distingue facilement des anciens, parce qu'ils sont beaucoup plus pâles.
Au bout d'un mois, le bout caudal de nouvelle formation a jusqu'à quarante anneaux, et le bout supérieur en a huit- ou dix. A la merveille même de la reproduction s'en est ajoutée une autre, celle de la rapidité de reproduction.
Si Ton coupe la patte d'une salamandre^ cette patte repousse : si on la coupe une seconde fois, une troisième, elle repousse encore.
Bonnet a coupé jusqu'à quatre ou cinq fois la patte d'une salamandre j et cette salamandre a reproduit autant de fois sa patte.
J'ai coupé les pattes de plusieurs salaman^ dres^ tantôt dans la continuité et tantôt dans la contiguïté^ c'est-à-dire tantôt en retranchant une partie du bras ou de l'avant-bras, et tantôt en désarticulant l'avant-bras du bras ou le bras de l'épaule. Dans les deux cas, la reproduction a été complète.
J'ai fait l'anatomie des nouvelles pattes, et j'y ai trouvé les mêmes os que dans les pattes primitives : dans les pattes de devant, un hu^ mérus^ un radius ^i un cubitus^ un carpe y un métacarpe et quatre doigts; dans les pattes de derrière, xm fémur ^ un tibia et un péroné y un tarse^ un métatarse et cinq doigts; j'y ai trouvé les mêmes muscles^ les mêmes vaisseaux^ les mêmes nerfs ^ etc.
La queue se reproduit, comme les pattes, quand on Fa coupée ; et la queue reproduite a des vertèbres^ et les mêmes vertèbres que la queue première.
La reproduction des pattes est à peu près
achevée au bout de deux mois et demi; celle de la queue est un peu {dus leute*
Voilà donc des parties d'animal qui se reproduisent tout entières : des queues, des pattes de salamandre j des têtes, des queues de naïdes, etc. Comment expliquer de tels &its?
Rien ne parut alors plus facile.
On venait d'imaginer des germes d^ ensemble pQur expliquer la formation de l'être total ; on imagina des germes partiels^ des germes locaux^ pour expliquer la reproduction des parties.
m Tout ce que nous pouvons avancer de plus tt commode y dit Réaumur dans son remarquable a mémoire sur la reproduction des jambes de u Vécrevisse ' , c'est de supposer que ces petites a jambes que nous voyons naître étaient chaoc cune renfermées dans de petits œufs, et tf qu'ayant coupé une partie de la jambe, les c( mêmes sucs qui servaient à nourrir et à a faire croître cette partie sont employés à « faire développer et naître l'espèce de petit
h . Mém^ de VAcad. des sciences^ année 474 2.
a germe de jambe renfermé dans cet œuf. »— - « Mais, ajoute bientôt Réaumur, et très-judi- « cieusement, quelque commode après tout « que soit cette supposition, peu de gens se « résoudront à Tadmettre*... »
Bonnet a plus de confiance : il pose des germes réparateurs^ et non-seulement des germes complets, mais des parties, et des parties de parties de germes, des germes, en un mot, « qui ne contiennent précisément que ce qu'il s'agit de remplacer^. » Ce sont les expressions de Bonnet.
Et il fallait bien que Bonnet allât jusque-là ; car si je coupe le bras tout entier, le bras tout entier se reproduit, et si je ne coupe que la moitié, que le tiers, que lo quart du bras, il n'y a que la moitié, que le tiers, que le quart du bras qui se reproduise. Il fallait donc bien, pour rendre l'hypothèse utile, c'est-à-dire pour qu'elle pût répondre à tout, supposer aussi des moitiés, des tiers, des quarts de germe; mais qu'est-ce que des moitiés, qu'est-ce que
1 » Œuvres compl , t. VIT, p. 267.
des quarts de germe ? Il n'y a pas plus de germes réparateurs que de germes préexistants.
Frédéric Cuvier, cet excellent observateur, avait beaucoup étudié le développement du bois du cerf^ singulière production qui, chaque année, tombe et renaît avec une régularité constante*
c( A un certain âge, dit-il, les bois du cerf « commencent à se développer : on aperçoit « d'abord une proéminence légère, recouverte « de la peau, et oii un grand nombre de vais- « seaux se répandent, car on y sent une vive a chaleur. Bientôt cette proéminence s'étend, <c et, dans quelques espèces, se partage en di- (c verses branches : à une certaine époque, ce « développement cesse, la peau qui recouvrait « le bois perd sa chaleur, meurt, se dessèche u et finit par se déchirer en lambeaux; enfin ff ce bois se détache lui-même de sa base et « tombe ; une légère hémorrhagie suit ordinai-
« rement Après vingt-quatre heures, les
oc vaisseaux qui répandaient du sang sont fer- « mes, une pellicule mince recouvre toute la « plaie, et l'on voit immédiatement la produc-
« tion d'un autre bois commencer : Textrémité a des vaisseaux se gonfle, un bourrelet se « forme, etc.... Jusqu'à présent, le dévelop- « pement du bois a été uniforme, les vais- « seaux se sont étendus dans une certaine di- « rection , qui est toujours la même pour « chaque espèce; mais, arrivés à un certain « point, ces vaisseaux se partagent : les uns « continuent à se diriger comme auparavant, « tandis que d'autres prennent une direction « différente, et toujours invariable, lorsqu'au-»a cun accident ne survient; ces derniers, qui « ont formé une branche ou un andouiller, flc s'arrêtent bientôt, mais les premiers conti- « nuent toujours à se développer, et de temps « en temps quelques-uns se séparent pour dona ner naissance à d'autres andouillers; enfin « cette végétation s'arrête, la peau qui la re- « couvre se dessèche de nouveau, et le bois a tombe pour être remplacé par un autre bois. « Les animaux^ ajoute Frédéric Cuvier, of- « frent peu de phénomènes plus inexplicables « que cette espèce de végétation, de production « spontanée, donton n'aperçoit point \e germe y
a et qui cependant est soumise à des lois si u précises et si fixes. »
J'ai fait voir, par mes expériences sur la formation des os % que, tandis qu'un os se développe, il change, il se renouvelle, il se fait, il se défait, il se refait sans cesse.
Quand un os croit en grosseur ou en longueur, il ne se gonfle pas pour devenir plus gros, il ne détend pas pour devenir plus long. L'os change continuellement de corps j de têtes; il change continuellement de matière pendant qu'il s'accroît. Pour mieux dire encore, et pour dire tout, ce n'est pas le même os qui s'accroît : c'est une suite d'os qui disparaissent, et une nouvelle suite d'os qui se forment.
Ce n'est pas le même os qui devient plus gros, ce n'est pas le même os qui devient plus long : à un os d'une grosseur donnée succèdent des os de plus en plus gros, à un os d'une longueur donnée succèdent des os de plus en plus longs.
4. Voyez mon livre intitulé: Théorie expérimentale de la formation des os^ (1847).
Où sont les germes de ces os successifs , de ces os constamment résorbés par le périoste interne^ à mesure qu'ils sont constamment reproduits par le périoste externe "^"^ Et la succession, la substitution continuelle de tous ces os les uns aux autres, pendant qu'un os se développe, ne suffirait-elle pas, à elle seule, pour prouver, et prouver de la manière la plus frappante, qu'il n'y a point de germes?
Je viens d'examiner, dans ce chapitre, trois grandes questions; et, pour chacune de ces questions, j'ai mis un fait à côté d'une hypothèse.
A côté de l'hypothèse des générations spontanées ^ j'ai mis le fait de la continuité de la vie.
La vie ne se forme pas, ne recommence pas avec chaque nouvel individu , chaque nouvel être. La vie ne commence qu'avec l'espèce.
A compter du premier être créé de chaque espèce, la vie ne se forme plus : elle se continue,
4 . Voyez mon livre intitulé : Théorie expérimentale de la formation des os.
A côté de l'hypothèse de la préexistence des germes^ j*ai mis le fait de la part égale du mâle et de la femelle dans la production du nouvel être.
Il n' y a point de germes préexistants^ car le nouvel être se forme de parts égales du mâle et de la femelle. Si , avec Hartsoeker et Leibnitz % vous supposez les prétendus germes dans le mâle y la part de la femelle ne préexistait pas dans le mâle ; si, avec Bonnet et Hal- 1er ^, vous supposez les prétendus germes dans
4 . Hartsoeker et Leibnitz prennent pour germes primitifs les animacules des liqueurs prolifiques. « Je crois « que les âmes qui seront un jour des âmes humaines ont a été, comme celles des autres espèces, dans les semences a et dans les ancêtres jusqu'à Adam, et ont existé « par conséquent depuis le commencement des choses , a toujours dans une manière de corps organisé , en « quoi il semble que M. Hartsoeker et quantité d'autres a personnes très-habiles soient de mon sentiment.» « [Théod,y § 91.) « Il est vrai que les âmes des animaux a spermatiques humains ne sont point raisonnables et « ne le deviennent que lorsque la conception détermine
«ces animaux à la nature humaine » [OEuvres
compL, t. VI, p. 745.) — Que d'hypothèses complaisamment accumulées ! que de concessions demandées à Tesprit ! Et, pour trancher le mot, quoiqu*il s'agisse enfin de Leibnitz, que de suppositions peu sensées!