I . Cardan , Plantas cur animalibus diutumiores
De Suhiilitate^ p. 826.
compris. 11 a même cherché, et ii est, je crois, le premier qui l'ait fait, la loi physiologique de cette durée, a Comme le cerf, dit-il, est cinq ou a six ans à croître, il vit aussi sept fois cinq ou a six ans, c'est-à-dire trente-cinq ou quarante a ans. » U dit ailleurs : « La durée de la vie a peut se mesurer en quelque façon par celle « du temps de F accroissement. Un animal qui a prend en peu de temps tout son accroisse- « ment périt beaucoup plus tôt qu'un autre <K auquel il faut plus de temps pour croître. » Il dit de rhorame : « L'homme qui ne meurt a point de maladies vit partout quatre-vingt-dix flc ou cent ans. »
Cornaro pensait , sur la durée de la yie de l'homme 9 comme Buffon, quoique par des raisons moins savantes , « Lorsque l'homme, a dit-il,, est parvenu à quarante ou cinquante a ans 9 il doit savoir qu'il est à la moitié de sa a via. » — a J'ai la certitude, dit-il encore, de a vivre plus de cent ans. » Les gens nés d'une bonne complexion lui paraissent devoir aller au moins jusqiCa six vingt ans y et ce n'est que parce qu'il n'a pas été aussi bien com^
poséj qu'il veut bien se réduire à n'espérer pas de vivre guère plus (Tun siècle.
Il y aura bientôt une quinzaine d'années que j'ai commencé une suite de recherches sur la loi physiologique de la durée de la vie, soit dans l'homme, soit dans quelques-uns de nos animaux domestiques. Le résultat le plus frappant de ce travail, ainsi qu'on le verra tout à l'heure % est celui-ci, savoir, que la durée normale de la vie de l'homme est d'un siècle.
Une vie séculaire^ voilà donc ce que la Providence a voulu donner à l'homme. Peu d'hommes, il est vrai, arrivent à ce grand terme ; mais aussi combien peu d'hommes fontils ce qu'il faudrait faire pour y arriver? Avec nos mœurs, nos passions, nos misères, l'homme ne meurt pas, il se tue. « Quelle fureur ! quelle folie ! » pourrait s'écrier une fois encore Cornaro. Malgré cela , on voit des centenaires. On vit partout cent ans avec une bonne constitution, et même avec une mauvaise, témoin Fontenelle, Cornaro et d'autres, Haller, qui a ras-
4 • Dans le chapitre sur la Longévité humaine*
— assemblé un grand nombre d'exemples de longues vies , en compte plus de mille de cent à cent * dix ans; soixante, de cent dix à cent vingt; vingt-neuf, de cent vingt à cent trente; quinze, de cent trente à cent quarante; six, de cent quarante à cent cinquante; un de cent soixanteneuf.
L'homme veut d'abord la saiité ; il veut ensuite une longue vie. Il veut ces deux biens; et, puisqu'il les veut, il faut lui redire sans cesse que c'est de lui qu'ils dépendent.
On ne peut guère parler de Cornaro, sans rappeler Lessius.
Lessius était un très-honnête et très-savant religieux d'une constitution aussi faible que Cornaro, qui le lut, qui s'éprit de la vie sobre y qui la pratiqua, et qui fut récompensé, comme Cornaro , de cette pratique par une vie longue.
Voici comment Lessius lui-même nous conte la chose. « De savants médecins ne jugeaient « pas que je pusse vivre encore plus de deux « ans. Je me prescrivis un régime qui me guérit
(( de plusieurs maux... Dans ce même temps/ « il me tomba entre les mains un écrit sur la « Vie sobre^ composée par un italien, homme (( qui avait une grande réputation, beaucoup de « bien, et encore plus d'esprit... »
Lessius lut cet écrit, as^ec un singulier plaisir j le traduisit en latin, et y mit , comme préface, un petit traité sur les avantages de la sobriété^.
Ce traité a toutes les qualités sérieuses et sensées qu'on y pouvait désirer. Cela persuade moins que l'enthousiasme un peu poétique et l'expression finement animée d'une douce joie.
Cornaro finit ainsi son premier Z?wcoar^.
« Telle est cette divine sobriété , amie de la
h, Hygiasticon^ seu de verâ ratione valetudinis bonas et vifœ, unà cum sensuum , judicii et memorix infegritate^ ad extremam senectutem conservandx. Anvers » 4 61 3. — On a traduit plusieurs fois en français Cornaro, et même Lessius. Voyez, sur cela, la Biographie universelle: article Cornaro, On a traduit aussi le Commentaire de Cornaro, par Ramazzini, avec deux autres ouvrages de ce dernier : Vart de conserver la santé des princes, etc,, et fart de conserver la santé des religieuses, Leyde, 4724. — Lessius, né (dans le Brabant) en 4&54, mourut en 4 623.
a nature y fille de la raison , sœur de la vertu , « compagne d'une vie tempérée , modeste , « noble ^ réglée et nette dans ses œuvres. Elle w est comme la racine de la vie, de la santé , « de la joie, de l'adresse, de la science et de (( toutes les actions dignes d'une âme bien née. « Les lois divines et humaines la favorisent; « devant elle fuient, comme autant de nuages « chassés par le soleil , les dérèglements et'les (T périls qu'ils entraînent. Sa beauté attire tout « cœur élevé ; sa pratique promet à tous une « gracieuse et durable conservation; enfin elle « sait être l'aimable et bénigne gardienne de la « vie, soit du riche, soit du pauvre: elle enseigne (( au riche la modestie, au pauvre l'épargne, au (( jeune homme l'espoir plus ferme et plus « certain de vivre, au vieillard à se\défendre de (( la mort. La sobriété purifie les sens, rend « l'intelligence vive, l'esprit gai, la mémoire « fidèle : par elle l'âme, presque dégagée de son « poids terrestre, jouit d'une grande partie de « sa liberté... >>
Enfin, à 95 ans, les derniers mots de son quatrième et dernier Discours nous peignent
encore sa naïve estime pour la longue vie.
« Je finis par déclarer que la grande vieil- « lesse pouvant être si utile et si agréable aux « hommes^ j'aurais cru manquer de charité si je a n'avais pris soin de leur apprendre par quel (( moyen ils peuvent prolonger leurs jours....; H et aussi tout ce que vaut une félicité du sein a de laquelle je ne cesserai point de leur crier * « Vivez, vivez longtemps ! »