‹ De la longévité humaine et de la quantité de vie sur le globe (volume 2)Chapitre 6 sur 143 · DE LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

DE LA VIEILLESSE

Je me propose d'étudier ici la vieillesse, sous les quatre rapports suivants : de h^ physiologie y de la psychologie , de la pathologie et de Vhygiène.

§ I. — Étude physiologique de la vieillesse,

La vie de l'homme se partage en deux moitiés à peu près égales : l'une de croissance et l'autre de décroissance.

Chacune de ces deux moitiés se subdivise ensuite en deux autres ; et de là les quatre âges de la vie : l'enfance, la jeunesse, l'âge viril et la vieillesse.

Enfin , chacun de ces âges se divise en deux âges. Il y a une première et une seconde enfance , une première et une seconde jeunesse ,

un premier et un second âge viril, une première et une dernière vieillesse.

Il n'est pas facile de déterminer la durée précise de chacun de ces âges et de ces sousâges.

Je propose, toutefois, les durées suivantes : pour la première enfance, de la naissance à dix ans, c'est l'enfance proprement dite; et pour la seconde, de dix à vingt, c'est l'adolescence ' ; pour la première jeunesse, de vingt à trente, et, pour la seconde, de trente à quarante ; pour le premier âge viril, de quarante à cinquante-cinq , et pour le second , de cinquante-cinq à soixante-dix. L'âge viril, pris dans son ensemble, est l'époque forte, et, comme le mot le dit si bien , l'époque virile de la vie de l'homme. A soixante-dix ans commence la première vieillesse , qui s'étend jusqu'à quatre-vingt-cinq ans, et à quatre-vingtcinq ans commence la seconde et dernière vieillesse.

\ . Ou la puberté. A rigoureusement parler, la puberté n'est qu'un phénomène , mais très-important , de Tadolescence.

Ce qui rend difficile de marquer le terme où finit chaque âge, c'est qu'il n'y a point de repos, ni arrêt entre l'un et l'autre. Le passage de l'un à l'autre se fait par un progrès insensible. Vous regardez cette plante qui pousse, et vous voudriez la voir croître. Le mouvement est d'une continuité si parfaite, qu'il vous échappe. Laissez la plante pour quelques instants: quand vous reviendrez, vous la trouverez fort accrue.

On a comparé bien souvent la vie à un fleuve, parce qu'en effet nos années se suivent et s'écoulent comme les ondes. Un flux sans reflux nous emporte. « On ne jette point l'ancre dans a le fleuve de la vie, » a dit, d'une manière très-fine et avec un sens très-profond , Bernardin de Saint-Pierre.

Les anciens divisaient la vie par septénaires. C'était une suite de la fameuse doctrine des crises y où tout se réglait par le nombre sept.

Cette doctrine des crises était elle-même une suite d'une doctrine plus vieille encore : celle des nombres. L'idée absurde de l'efficacité

propre des nombres di passé, de bonne heure, de la philosophie dans la médecine, et corronapu , dès l'abord , l'observation nette et sincère du rapport des temps et des crises. Au lieu de subordonner les jours aux crises, on a voulu subordonner les crises aux jours, aux jours prescrits par le système.

Il faut voir, dans Galien, toute la peine qu'il se donne pour en venir là; et, comme le dit spirituellement Bordeu , pour sauver son septième jour. La doctrine dit que le malade doit mourir le sixième jour : il meurt le septième. Donc la doctrine a tort : point du tout ; c'est le malade, dont le tempérament a résisté plus qu'il ne fallait à la maladie.

Avant que Bordeu se moquât de Galien, MoUère s'était moqué d'Hippocrate :

a M. Tomes. — Comment se porte le cocher de votre maîtresse?

a Lisette. — Fort bien. 11 est mort.

ce M, 7b/72^^. — Mort?

c( Lisette. — Oui. . .

« M, Tomes. — Cela est impossible. Hipa pocrate dit que ces sortes de maladies ne se

« terminent qu'au quatorze ou au vingt et un , « et il n'y a que six jours qu'il est tombé mà- « lade. »

11 y a dans la doctrine des crises un côté vrai, et très-vrai, car chaque maladie a sa marche réglée, son évolution ordonnée, sa termiuaison marquée, après une durée fixe, et tout cela en vertu de la nature du mal , et non de l'efficacité propre des jours.

Le côté vrai de la doctrine en a fait subsister jusqu'à nous le côté chimérique. Cabanis divise encore la vie par périodes de sept années : l'enfance finit à sept ans, l'adolescence à quatorze, la jeunesse à vingt-huit, l'âgô mûr à quarante-neuf, e\c> Mais, dit bientôt Cabanis à propos de l'adolescence : « Elle se prolonge « souvent jusqu'à vingt et un ans ^ ; » à propos de la jeunesse : « Le plus ordinairement , « ce n'est que vers trente-cinq ans qu'elle se a termine ^ ; » à propos de l'âge mûr : « Sou- « vent il se prolonge jusqu'à la cinquante-

4. Rapports du physique et du moral y etc., t. I, ÏL 276. (2« édit.) 2. Ibid., p. 286.

« sixième année ^, etc., etc. » Que fait ici Cabanis? Il fait rinverse de ce que Galien faisait tout à l'heure. Galien accommodait les observations à la doctrine ; Cabanis accommode, autant qu'il peut, la doctrine aux observations.

Je prolonge la durée de la première enfance jusqu'à dix ans, parce que ce n'est que de neuf à dix ans que se termine la seconde dentition ^, et ce qu'on pourrait appeler la période den-taire.

Je prolonge l'adolescence jusqu'à vingt ans , parce que ce n'est qu'à vingt ans que se termine le développement des os, et par suite l'accroissement du corps en longueur.

Tant que les os ne sont pas réunis à leurs épiphyses^ le corps grandit. Une fois les os et les épiphyses réunis, le corps ne grandit plus ; et c'est vers l'époque de vingt ans que cette réunion s'opère.

Enfin , je prolonge la jeunesse jusqu'à qua-

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