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« de mes ennemis. — Sire, répondit le noble « vieillard , ceux qui vous contraignent ne peu- « ventrien sur moy , parce que je sçay mourir ' . »
Palissy est donc le premier homme de son siècle ^ qui ait vu juste sur les coquilles fossiles. Oh s'étonne aujourd'hui d'entendre louer un homme de génie pour une chose qui parait si simple. Il semble que l'idée absurde desyew.r delà nature ne pouvait guère être qu'une idée d'école , et qu'il fallait être bien philosophe , à la manière de ce temps-là , pour ne pas voir dans les coquilles fossiles de véritables coquilles.
Eh bien ! cette idée absurde du xyi*" siècle règne encore au xvii' où Slenon, Scilla, le grand Leibnitz, la combattent. Elle règne au xviîi*, où Buffon la combat dans Voltaire, comme je l'ai dit ailleurs^. L'absurde a tou-
\ . Voyez la notice sur Bernard Palissy : Édit, de ses couvres par Faujas de Saint-Fo^d.
2. Ou , plus exactement, Tun des premiers : Léonard de Vinci, Fracastor, Cardan, etc., eurent, vers le même temps à peu près, les mêmes idées. Celui qui les a développées avec le plus de force est Palissy.
3. Voyez mon Histoire des travaux et des idées de Buffon^ p. 204.
jours quelqu'un qui le représente y et n'a pas toujours un Voltaire.
Je reviendrai tout à l'heure sur Leibnitz et sur Stenon pour d'autres faits et pour des idées nouvelles. Mais je dois parler ici de Scilla, dont le petit ouvrage sur les cotjjs marins pétrie fiés ^ est très-remarquable.
Scilla n'était pas naturaliste, mais il était peintre : il avait des yeux exercés; il voyait bien , et , ce qu'il ne faut pas compter pour peu quand il s'agit de juger sainement des choses, ayant commencé par l'étude des faits , il jugeait les livres par les faits ^ et non les faits par les livres.
Voyageant un jour en Calabre , il eut occasion de voir, près de Reggio, une montagne de coquilles fossiles. Tandis qu'il admirait , avec surprise, cette masse énorme de corps marins^ et qu'il se perdait en réflexions sur la cause qui avait pu les amener là , il lui passa par l'esprit de demander aux habitants du lieu
4 . La vana speculazione disingannata dal senso : . kttera risponsiva circa i corpi marini che petrificati si ritrovano in varii luoghi terrestri, 1670.
ce quUls en pensaient Ces bonnes gens lui répondirent, tout simplement, que cela venait du déluge : réponse qui le frappa beaucoup, quoique ni lui ni ceux qui la lui faisaient, ne se doutassent , assurément , de tout ce qu'en effet elle avait de vrai.
Le livre dans lequel Scilla combat de nouveau Terreur, toujours persistante, des Jeux de la nature est de 1670. L'année précédente avait paru celui de Stenon ' ; celui de Leibnitz parut quelques années après ^. Tout conspirait. L'opinion de Palissy sur les coquilles fossiles^ oubliée depuis un siècle , renaissait enfin pour ne plus disparaître; et la géologie avait son premier grand fait, et, l'on peut le dire, celuilà même qui lui a valu tous les autres ; car, une fois la vraie nature des coquilles fossiles admise, on a cherché comment des corps marins se trouvaient sur la terre, l'idée des révolutions du globe est venue , et la géologie est née.