‹ De la longévité humaine et de la quantité de vie sur le globe (volume 2)Chapitre 7 sur 143 · Rapports du physique et du moral, etc., 1. 1, p · texte numérisé non relu

Rapports du physique et du moral, etc., 1. 1, p

2. A neuf ou dix ans la seconde dentition n'est pas entièrement terminée ; mais le grand effort de dentition est fait. — 11 y a quairîe dents qui ne paraîtront que beaucoup plus tard.

rante ans , parce que ce n'est que vers quarante ans que se termine l'accroissement du corps en grosseur. Passé quarante ans, le corps ne grossit plus, à proprement parler : l'augmentation de volume qui survient alors n'est point, en effet, un véritable développement organique; ce n'est qu'une simple accumulation de graisse.

« Cette extension, dit très-bien Buffon, n'est a pas une continuation de développement ou « d'accroissement intérieur de chaque partie (c par lesquels le corps continuerait de prendre cr plus d'étendue dans toutes ses parties orgaa niques, et par conséquent plus de force et (c d'activité; mais c'est une simple addition de « matière surabondante qui enQe le volume « du corps et^e charge d'un poids inutile. Cette (( matière est la graisse... »

Après l'accroissement , ou, plus exactement, après le développement en longueur, après le développement en grosseur, j'en trouve encore un troisième, qui, à la vérité, n'est point indiqué par les physiologistes, mais qui ne m'en semble pas moins réel ; je veux parler de ce travail intérieur, profond, qui agit dans le tissu

le plus intime de nos parties , et qui , rendant toutes ces parties plus achevées , plus fermes , rend aussi toutes les fonctions plus assurées et l'organisme entier plus complet.

Ce dernier travail , que j'appelle travail à'invigoration^ se fait de quarante à cinquantecinq ans; et, une fois fait, il se maintient ensuite plus ou moins jusqu'à soixante-cinq ou soixante et dix»

A soixante et dix ans la vieillesse commence.

La vieillesse commence ; mais , physiologiquement parlant , que se passe-t-il alors à quoi je puisse reconnaître qu'elle commence? Quel est le fait, quel est le caractère qui me la révèle ? Tel est la première question que je me pose.

Les anciens physiologistes distinguaient avec grande raison, dans nos organes, deux espèces, ou plutôt deux provisions de forces : les forces en résers^e et les forces en usage ^^ ou , comme ils disaient, vires in posse et vires inactu^ ou, comme dit Barlhez , les forces radicales et les forces agissantes.

Dans la jeunesse , il y a beaucoup de forces

en réserve : c'est la diminution progressive de ce fonds disponible qui constitue le caractère physiologique de la vieillesse.

Tant que le vieillard n'emploie que ses forces agissantes, il ne s'aperçoit point qu'il ait rien perdu : pour peu qu'il dépasse la limite de ces forces usuelles et agissantes, il se sent fatigué, épuisé ; il sent qu'il n'a plus les ressources cachées, les forces réservées et surabondantes de la jeunesse.

« Quand on sait , dit M. Reveillé-Parise ', « qu il y a dans chacun de nos organes deux « forces particulières, bien que dans le fond elles « soient identiques , Tune journalière , habia tuelle, toujours employée , l'autre cachée, en a réserve, qui ne se déploie que dans les occa- <c sions extraordinaires , on est certainement a conduit à ne jamais faire d'excès. C'est dans « ces excès, en effet, que l'emploi des forces « en réserve est nécessaire ; mais comme ces « forces ne se réparent qu'à la longue et diffi- « cilement , on conçoit qu'il ne faut y recourir

4 . DaDs un ouvrage très-remarquable sur la Pieillesse^ ouvrage que j'aurai souvent en vue dans ce chapitre.

H que le plus rarement possible ; et ceci est sur- <c tout yrai pour le vieillard, doBt l'organisme « est affaibli par les années. »

Après avoir posé le caractère physiologi<{ue de la vieillesse, je me demande s'il est un organe déterminé par où Ton puisse dire qu'elle commence.

Selon M. Reveillé-Parise^ la vieillesse corn* itience par le poumon»

« Si l'on réfléchit, dit-il, que c'est du sang u que la viô tire les principes qui la main- « tiennent et la réparent, que plus le sang est « vigoureux, plastique» riche en principes alic< biles, plus la vie organique s'accroît et se H manifeste, et que l'organe de la sanguiiica- « tion, de V hématose y est l'organe respira- (c toire, on sera forcé d'admettre l'opinion « que Tâge du déclin général commence»^ avec H le déclin du poumon , que le premier est la « conséquence du dernier. »

« Cette vérité , ajoute-t-il , est tellement cer- « taine à mes yeux , que je suis dans la pleine, « dans l'entière conviction que le commence- « ment de la période décroissante de l'écono-

« mie est dans l'appareil même de la respi- « ration, en un mot, que c'est là l'origine « première, le point de départ de la vieillesse, n

Je ne puis admettre cette opinion.

La vieillesse ne part pas d'un organe. Ce n'est point un phénomène local, c'est un phénomène général. Tous nos organes vieillissent. Il y a plus : ce n'est pas toujours sur le même organe que se font sentir les premiers effets de la vieillesse; c'est tantôt sur Tun, tantôt sur l'autre, selon la constitution individuelle. Ce qui est certain , c'est que le poumon est un des organes les plus importants, un de ceux dont la fonction est le plus immédiatement essentielle à la vie, et que plus un organe est important, plus son affaiblissement influe sur tous les autres.

Je me demande enfin quel est le mécanisme, le mode selon lequel la vieillesse s'opère.

La vie est un mouvement. Le principe de la vie, quelle qu'en soit la nature, est, éminemment et visiblement^ un principe d'excitation , d'impulsion, une force motrice. « C'est se faire (< une idée fausse de la vie, dit G. Cuvier, que (( de la considérer comme un simple lien qui

« retiendrait epsemble les éléments du corps « vivant, tandis qu'elle est, au contraire, un « ressort qui les meut et les transporte sans « cesse. » — (c Ces éléments , ajoute-t-il , ne « conservent pas un instant les mêmes rapports « et les mêmes connexions , ou , en d'autres (c termes, le corps vivant ne garde pas un (( instant le même état et la même composî- ((tion: » dernière phrase très -remarquable, surtout sous la plume d'un esprit si sûr, et qui n'est pourtant que renonciation nouvelle d'une idée fort ancienne dans la science.

Longtemps avant Guvier, Leibnitz avait dit :

« Notre corps est dans un flux perpétuel comme « une rivière, et des parties y entrent et en ce sortent continuellement; » et, longtemps avant Leibnitz , les physiologistes avaient comparé le corps humain au fameux vaisseau de Thésée^ qui était toujours le même vaisseau, quoique, à force d'avoir été réparé, il n'eût plus une seule des pièces qui avaient servi à le construire ^ La vérité est que l'idée de la réno-

4. « On dit bien d'un individu, en particulier, qu*it vit « et qu'îl est le même, et l'on en parle comme d'un être

vation continuelle de nos organes a toujours élé dans la science , mais la vérité est aussi qu'elle y a toujours été contestée.

Je crois l'avoir prouvée dans ces derniers temps par des expériences directes.

J'ai fait voir que le mécanisme du développement des os consiste essentiellement dans une mutation continuelle de toutes les parties qui les composent. Cet os que je considère , et qui se développe , n'a plus en ce moment aucune des parties qu'il avait il y a quelque temps, et bientôt il n'aura plus aucune de celles qu'il a aujourd'hui. Et , dans tout ce mouvement perpétuel de matière, sa forme change très-peu.

Là est une des premières et fondamentales lois qui régissent les organismes. -Dans tout ce qui a vie , la forme est plus persistante que la matière.

« identique depuis sa première enfance jusqu'à sa vieil- « iesse, et cela sans considérer qu'il ne présente pas les « mêmes parties, qu'il nait et se renouvelle sans cesse, et fl meurt sans cesse dans son ancien état, et dans les che- (i veux et dans la chair, et dans les os et dans le sang, en « un mot dans le corps tout entier. » Platon : Le Banquet (traduction de M. Cousin), page 309.

Buffon l'avait déjà remarqué. « Ce qu'il y a, ce dit-il , de plus coustant , de plus inaltérable « dans la nature, c'est l'empreinte ou le moule a de chaque espèce , tant dans les animaux que « dans les végétaux ; ce qu il y a de plus variable « et de plus corruptible , c'est la substance qui « les compose. »

Georges Cuvier s'est plu à développer cette belle idée. « Dans les corps vivants ^ dit>il, au- <i cune molécule ne reste en place; toutes ena trent et sortent successivement : la vie est un (c tourbillon continuel , dont la direction , toute a compliquée qu'elle est , demeure toujours a constante , ainsi que l'espèce des molécules c( qui y sont entraînées , mais non les molé- (c cules individuelles elles - mêmes ; au con-^ « traire, la matière actuelle du corps vivant n'y c( sera bientôt plus , et cependant elle est déc( posi taire de la force qui contraindra la mad tière future à marcher dans le même sens (( qu'elle. Ainsi, la forme de ces corps leur est « plus essentielle que la matière, puisque celle* <c ci change sans cesse, tandis que l'autre se a conserve. »

On peut dire que cette grande vue de la mu^ tation continuelle de la matière^ fruit d'une méditation abstraite plus encore que des £aits mêmes pour Buffon et pour Cuyier, se convertit en un fait matériel, et d'une évidence £rap^ pante, dans mes expériences '•

Si je considère, en effet, l'accroissement en grosseur «ur un os d'un jeune animal qui, après avoir été soumis au régime de la garance * pendant un mois , a été rendu à la nourriture ordinaire pendant quelques mois, je vois à l'intérieur une couche rouge; mais, avant que cette couche rouge se fut formée , il en existait une autre qui était blanche et qui a déj«i disparu. Cette couche rouge , qui est à présent la plus ancienne , était donc naguère la plus nou-' velle ; et quand elle était la plus nouvelle, elle qui bientôt ne sera plus, toutes les cou€hes blanchqs , qui se sont formées depuis , n'existaient pas encore.

4. Voyeï mon ouvrage intitulé : Théorie expérimentale de lajormation des os.

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