‹ De la longévité humaine et de la quantité de vie sur le globe (volume 2)Chapitre 8 sur 143 · C'est-à-dire à l'usage (Tune nourriture mêlée de garance · texte numérisé non relu

C'est-à-dire à l'usage (Tune nourriture mêlée de garance

L'accroissement en longueur me donne les mêmes faits, et peut-être de plus surprenants encore. Les extrémités de Tos, ce qu'on appelle ses têtes ^ changent complètement pendant qu'il s'accroît. En effet, la tête ou extrémité de l'os qui se trouvait au point où finit la couche rouge, et qui avait alors elle-même une couche rouge , n'est plus , elle a été absorbée ; et celle qui est maintenant n'existait pas alors, elle s'est formée depuis.

Tout change donc dans l'os pendant qu'il s'accroît. Toutes ses parties paraissent et disparaissent ; toutes sont successivement formées et résorbées , et chacune , comme le dit admirablement Cuvier, est dépositaire^ tandis qu'elle existe , de la Jorce qui contraindra celle qui lui succède, et à marcher dans le même sens qui! elle et à revêtir sa forme.

Voltaire , dont l'esprit toujours éveillé saisit toutj redit tout, et ramène tout, autant qu'il peut, à ses vues, Voltaire nous dit, à propos du mot de Leibnitz que je citais tout à l'heure : « Nous sommes réellement et physiquement a comme un fleuve dont toutes les eaux cou-

« lent dans un flux perpétuel. C'est le même ff fleuve par son lit , ses rives, sa source^ son a embouchure, par tout ce qui n'est pas lui ; « mais changeant à tout moment son eau, qui ff constitue son être , il n'y a nulle identité , i( nulle mêmeté pour ce fleuve. »

Je réponds à Voltaire que cette dernière remarque , très-vraie pour le fleuve , ne le serait pas pour un corps vivant. Ce qui constitue Vétre du corps vivant , et par suite son ideri' tité, sa mêmeté^ est précisément ce qui ne change pas, c'est-à-dire ^^ forme ^ ^'^ force ^ cette force dont la matière n'est que déposi-taire; ce qui change est précisément ce qui n'est pas lui , c'est-à-dire la matière.

§ 2. — Étude psychologique de la vieillesse.

Il n'est personne qui n'ait lu et relu le Traité de la vieillesse de Cicéron, ce livre dont Montaigne disait : « Il donne appétit de vieillir.»

Un autre livre sur la vieillesse, dont l'effet est aussi très-persuasif, est celui de Louis Cornaro , de ce sage et aimable vieillard dont je viens de parler dans le précédent chapitre.

Le livre de Cicéron persuade, parce qu'il est écrit de main de maître, et sous l'inspiration d'une philosophie très-élevée. Celui de Cornaro persuade , parce qu'il est écrit par un homme qui a vécu cent ans, et toujours vif, toujours gai, toujours heureux de vivre. Ici le fait persuade encore plus que le livre.

Le côlé moral est le beau côté de la vieillesse. Nous ne pouvons vieillir sans que notre physique y perde, mais aussi saqs que notre moral y gagne : c'est une noble compensation.

En lisant M. Rjeveillé-Parise , je vois avec plaisir que les durées qu'il assigne aux différents âges, guidé par la seule observation, se rapprochent beaucoup de celles auxquelles m'a conduit la physiologie. Nous différons seulement par le langage. « Dans la verte vieillesse, c( dit-il^ ou de cinquante-cinq à soixante*quinze (( ans, et quelquefois au delà, la vie de l'esprit (( a une étendue y une consistance, une solidité €( remarquables; c'est véritablement l'homme « ayant atteint toute la hauteur de ses facultés. » J'approuve tout cela : seulement je n'appelle point vieillesse l'âge qui commence à cinquante-

cinq anSy et je prolonge jusqu'à quatre-vingts, et même jusqu'à quatre-vingt-cinq, ce que M. Reveillé-Parise appelle la verte vieillesse^ et que j'appelle la première vieillesse.

M. Réveillé*- Panse passe en revue, l'un après l'autre , les reproches que Fon adresse à la vieillesse , et il répond par ce qui prouve le le mieux, par des exemples, par des faits.

On reproche aux vieillards de perdre jusqu'au goût des occupations qui leur avaient été les plus chères. M. Reveillé-Parise répond par l'exemple de Duverney, le fameux anatomiste du Jardin-Royal. « Il reprit à quatre-vingts ains, (( dit Fontenelle, deè forces, de la jeunesse , « pour revenir dans nos assemblées, où il parla c< avec toute la vivacité qu'on lui avait connue, « et qu'on n'attendait plus. Une grande pasce sion est une espèce d'âme immortelle à sa « manière , et presque indépendante des or- « ganes. »

On reproche aux vieillards de ne songer qu'au temps présent, qu'à eux, d'être indifférents sur tout ce qui doit suivre ; « et cependant , « dit très-bien S^. Reveillé-Parise, combien de

« vieillards qui plantent Farbre pour les généc< rations suivantes ! »

Mes arrière-neveux me devront cet ombrage.

On reproche aux vieillards de manquer d'imagination f mais ils ont la raison. Et encore !

Voltaire n'avait guère, il est vrai, que cinquante ans y lorsqu'il écrivait ces vers charmants :

Si vous voulez que j'aime encore, Rendez-moi l'âge des amours,

etc.

Mais il en avait soixante et dùV'huity lorsqu'il écrivait ceux-ci où brille un tact philosophique si parfait :

Lorsque le seul puissant, le seul grand, le seul sage,

Descartes prit sa place avec quelque fracas, Cherchant un tourbillon qu'il ne rencontrait pas,

A plus àe soixante et treize ans, La Fontaine écrivait ces vers encore si jeunes :

A qui donner le prix? Au cœur, si Ton m'en croit. Que n'ose et que ne peut l'amitié violente?

Cet autre sentiment que Ton appelle amour Mérite moins d'honneur; cependant chaque jour Je le célèbre et je le chante.

Mais , me dira-t-on , ce que vous nous citez là, ce sont des exceptions. Point du tout, ce ne sont pas des exceptions , ce sont des révélations. Ce qui est ici l'exception , c'est le talent, ce grand révélateur des forces secrètes et des trésors cachés de l'esprit humain.

L'observation fine et suivie de ces révéla-' lions nous donnerait la psychologie de la vieillesse, La psychologie des âges est toute à faire : travail important , mais difficile , et qui demandera une analyse aussi attentive que délicate.

M. Re veillé-Pari se a beaucoup observé, mais il observait plus sous le rapport moral que sous le rapport précisément psychologique. Je remarque^ dans son livre, les traits suivants : « Le « vieillard sourit quelquefois ; bien rarement il a rit. — La bonté, cette grâce de la vieillesse, a se trouve souvent sous des dehors graves et a sévères : car la première vient du cœur, et les a seconds de l'être physique qui s'est affaibli. —

(c La patience est le privilège de la vieillesse. Un a grand avantage de l'homme qui a vécu, c'est a qu'il sait attendre. — Tout est soumis chez « le vieillard à la réflexion, etc. »

Je m'arrête à cette dernière observation , qui est toute psychologique. L'esprit a deux grands reasorts d'action : l'attention et la réflexion. Dans la jeunesse, l'attention, vive, mobile, tou^ jours pressée, se répand sur tout; mais la réflexion manque. Dans l'âge mûr, l'attention et la réflexion s'unissent ensemble, et c'est ce qui fait la force de l'âge mûr. Dans la vieillesse , l'attention fuit, mais la réflexion s'accroît; la vieillesse est l'âge où le cœur humain se replie sur lui-même et se sait le mieux.

Je trouve dans Buffbn, et dans un lieu certes où je ne l'eusse point cherchée , dans une de ces additions j û souvent mutiles, dpnt il surcharge âes volumes , une page sur la vieillesse qui est d'une rare beauté.

Lorsque je lis Cicéron, je m'aperçois trop qu'il a pris pour thème de louer la vieillesse. En louant la vieillesse, Cornaro se loue , et cela lait que je me tiens sur mes g^^les^ Je trouve

dans Buffon un auteur plus désintéressé , plus libre. Il n'avait que soixante et dix ans (pour Buffon, c'était être jeune), quand il écrivait le passage que l'on va lire ; il était dans toute la santé, dans toute la force du corps et de l'esprit, et ce qui, dans ce cas particulier, dit plus encore, du talent : ce talent montait , et devait bientôt s'élever jusqu'à l'ouvrage le plus admirable de Buffon, jusqu'aux Époques de la nature. Aussi Buffon appelie-t-il nettement la vieillesse un préjugé ' , mot caractéristique.

Mais ce n'est pas tout. Sans notre nrithmétique ^ nous ne saurions pas, selon Buffon, que nous vieillissons. « Les animaux , dit-il , ne le tf savent point ; ce n'est que par notre arithmécc tique que nous en jugeons autrement. »

Voici le passage que je viens d'annoncer.

On remarquera que Buffon s'y anime , s'y met en scène, y parle, y. gourmande les jeunes gens, ces jeunes gens toujours si prompts à se croire et à se donner en tout l'avantage.

« Chaque jour que je me lève en bonne santé,

1 . « Le philosophe doit regarder la vieillesse comme un préjugé, »

« leur dit Buffon , n'ai-je pas la jouissance de c( ce jour aussi présente , aussi plénière que la a vôtre? Si je conforme mes mouvements, mes a appétits, mes désirs, aux seules impulsions de « la sage nature, ne suis-je pas aussi sage et « plus heureux que vous ? Et la vue du passé, « qui cause les regrets des vieux fous , ne tf m'offre-t-elle pas, au contraire, des jouisa sauces de mémoire, des tableaux agréables.

Cl des images précieuses qui valent bien vos (( objets de plaisir? car elles sont douces, ces ce images; elles sont pures, elles ne portent ce dans Tâme qu^un souvenir aimable ; les in- « quiétudes, les chagrins, toute la triste cohorte ce qui accompagne vos jouissances de jeunesse, ce disparaissent dans le tableau qui me les re* ce présente; les regrets doivent disparaître de ce même : ils ne sont que les derniers, élans de ce cette folle vanité qui ne vieillit jamais.

ce N'oublions pas un autre avantage, ou du ec moins une forte compensation , pour le bonce heur de Tâge avancé ; c'est qu'il y a plus de ce gain au moral que de perte au physique :

ce tout au moral est acquis ; et, si quelque chose

a au physique est perdu , on en est pleinement ce dédommagé. Quelqu'un demandait au phia losophe Fontenelle , âgé de quatre -vingtce quinze ans , quelles étaient les vingt années (c de sa vie qu'il regrettait le plus : il répondit « qu'il regrettait peu de chose ; que , néan- <c moins , l'âge où il avait été le plus heureux « était de cinquante-cinq à soixante-quinze ans. « Il fit cet aveu de bonne foi , et il prouva son « dire par des vérités sensibles et consolantes. « A cinquante-cinq ans la fortune est établie, « la réputation faite, la considération obtenue, a l'état de la vie fixe, les prétentions évanouies ce ou remplies, les projets avortés ou mûris, la ■i plupart des passions calmées ou du moins « refroidies , la carrière à peu près remplie ex pour les travaux que chaque homme doit à « la société, moins d'ennemis ou plutôt moins a d'envieux nuisibles , parce que le contrece poids du mérite est connu par la voix du puce blic, etc., etc. »

Dans mes lectures de Buffon , je suis toujours frappé du ton de respect avec lequel il

cite Fontenelle , et il le cite souvent. Quelque-

fois même il le reproduit sans le citer ; mais à une certaine allure plus dégagée, plus vive, moins solennelle , on reconnaît bien vite lau* teur des Éloges. Incessu patuit.,.

a Tout , conclut Buffon , tout concourt dans « le moral à l'avantage de Tâge : » vérité qui paraîtra bien plus clairement encore » si l'on rapproche de ce tableau si reposé de la vieillesse cet autre tableau si troublé de Tâge viril, que Buffon a tracé ailleurs, et que chacun connaît :

« C'est à cet âge que naissent les soucis et « que la vie est plus contentieuse ; car on a « pris un état, c'est-à-dire qu'on est entré par « hasard ou par choix dans une carrière qu'il a est toujours honteux de ne pas fournir, et u souvent très-dangereux de remplir avec éclat. « On marche donc entre deux écueils égalece ment formidables. •• La gloire, ce puissant « mobile de toutes les grandes âmes, et qu'on ce voyait de loin comme un but éclatant qu'on « s'efforçait d'atteindre par des actions bril- « lantes et des travaux utiles, n'est plus qu'un c< objet sans attraits pour ceux qui en ont ap«

a proche, et un fantôme vain et trompeur pour « les autres qui sont restés dans l'éloigné-a ment. »

§ 3. "=^ Étude pathologique de la vieillesse.

De même que les anciens physiologistes dis« tinguaient les forces en réserve des forces en usage^, lès anciens médecins, par un démêle^ ment tout semblable, distinguaient les forces opprimées des forces résoutes ^ Y oppression de la résolution des forces.

Dans les maladies de la jeunesse^ le cas do-^min^nt est Yopprèssion des forces; et c'est alors qu'il faut saigner : à mesure que le sang coule, les forces opprimées se relèvent '.

4 . a Dans le système entier des forces du princfpe vital, a il faut distinguer, et les forces que ce principe fait agir a à chaque instant dans tous les organes, et les forces « radicules , ou qu'il a en puissance pour continuer « remploi naturel de ses forces agissantes. » (Barthez.)

2. « II est très- important de distinguer l'état de résoa lution des forces d'avec l'état de simple oppression , « d'autant que , dans cette oppression i des évacuations a convenables . développent souvent très-promptement a l'action des forces radicales que l'on croyait éieintës.» (Barthez.)

Dans les maladies de la vieillesse, le cas dominant est la résolution des forces ; et c'est alors qu'il faut éviter, du moins en général, d'employer la saignée.

Souvent la position toute particulière d'un auteur décide du tour que prend son système.

Pinel, le novateur timide de notre époque, était le médecin de la vieillesse à la Salpétrière, lorsqu'il faisait une règle générale de ne point saigner ; et Broussais , le novateur hardi de notre époque, était le médecin de nos jeunes et vigoureux soldats , au Val-de-Grâce , quand il faisait une règle générale de saigner toujours.

« N'oublions pas surtout d'insister, dit M. Re- '( veillé- Parise , sur ce principe fondamental « que la force inconnue de la vie, vis ahdita a quœdam , diminue de plus en plus par les

« progrès de l'âge » — « Tel médecin

« perd moins de malades qu'un autre , parce « qu'il connaît à fond la constitution sénile (c dans son ensemble et dans ses modifications « individuelles. »

« Il est, ajoute-t-il très-sensément, des méde»

c( cins qui s'occupent exclusivement des uiala- « dies de l'enfance; pourquoi n'en existerait-il « pas également pour les maladies de la vieil- « lesse ? Ces dernières n'ont-elles pas un cachet « propre et qui demande aussi des modifica- (( lions spéciales de traitement et une expert rience particulière? »

« Nous yivons de nos forces, » disait Galien ' . a — Tant que nos forces sont entières , disait-il a encore, nous résistons à tout ; quand elles sont « affaiblies, un rien nous offense ^. »

Et puisque j'en suis à citer Galien, je ne puis omettre, dans un chapitre sur la vieillesse^ de rappeler que, lorsqu'il parle d'Hippocrate, pour peindre d'un mot l'homme en qui résidait le type, à ses yeux le plus accompli, d'une sagesse lentement mûrie et de l'expérience la plus consommée, il l'appelle simplement le vieillard^.

4 . Ex viribus vivimus. — Method. medend. , lib. IX, p. 59 (Venetiis, apud Juntes, 4597).

2. Vires, ubi valentes sunt, omnia contemnunt ac tolérant; ubi infirmas sunt redditae , vel absquovis offen-' duntur (Ibid., lib. X, p. 63).

3. Habet autem Senis dictionis séries hoc modo... {De diffic. resp.y p. 74.) — Et in alio opère recte arbi-

§ 4. — Étude hygiénique de la vieillesse.

Le chapitre de Xhygiène sera toujours le chapitre le plus important d'un livre sur la vieillesse , et l'article de la longés^ité sera toujours l'article le plus intéressant de ce chapitre.

Hufeland intitule tout simplement son livre : Vart de prolonger la vie humaine ; Cornaro intitule le sien : De la vie sobre; mais il ajoute : Moyen assuré d'une longue vie.

Enfin, M. Reveillé-Parise définit V hygiène : Vart déi^aluer les forces , de les exciter et de les soutenir de manière à consen^er la vie le plus possible^ le mieux possible et le plus longtemps possible. C'est parler clairement.

Voyons donc les règles de cet art précieux.

M. Reveillé-Parise les expose au nombre ,de quatre :

La première est de savoir être vieux. « Peu

tror à Sene dictum... (Method. medend., lib. XI, p. 7i.)

a de gens saTent être vieux, » a dit La Rochefoucauld.

Qui n'a pas l'esprit de son âge De son âge a tous les malheurs,

a dit Voltaire. Première règle plus philosophique que médicale, et qui peut-être n'en vaut pas moins.

La seconde règle est de se bien connaître s(n*même; et ceci est encore un précepte de philosophie appliqué à la médecine* « Pource quoi j dit à cette occasion M. Reveillé-Parise, ce la philosophie et la médecine ont-elles tant « de rapports? C'est que le honheur et la santé «t sont , pour ainsi dire , solidaires el insépa- « râbles. »

La troisième règle est de disposer convenablement la vie habituelle^ C'est, en effet, l'ensemble des bonnes habitudes physiques qui fait la santé, comme c'est l'ensemble des bonnes habitudes morales qui fait le bonheur. Les vieillards qui font tous les jours la même chose, et avec la même modération , le même goût , vivent toujours : Mon miracle est (ï exister^

disait Voltaire. Et si la folle vanité^ qui ne vieillit jamais ^ ^ ne lui eût pas fait faire, à quatre-vingt-quatre ans, le voyage peu raisonnable de Paris, son miracle aurait duré un siècle, comme celui de Fontenelle.

« On ne saurait croire, dit M. Re veillé -Face rise, combien une petite santé, bien conduite, « peut aller loin. »

ce User de ce qu'on a, et agir en tout selon (c ses forces, telle est la règle du sage , » disait Cicéron *.

La quatrième règle est de combattre toute maladie dès son origine, . On Fa déjà vu :

dans la jeunesse, la vie est comme doublée d'une autre vie ; sous la vie en acte , il y a la vie en puissance. Dans la vieillesse, il n'y a qu'une vie; et c'est pourquoi il faut couper court à tout ce qui épuise cette vie, sous laquelle il n'y en a point d'autre.

Voilà les quatre règles fondamentales (comme il les appelle) de M. Reveillé-Parise. Avec ces quatre règles théoriques et tout ce

4 . Selon le mot de Buffon. — Voyez, ci-devant, p. 60. 2. De senectute.

qu'il en déduit de conseils pratiques sur le régime ^ sur Y exercice y sur la température ^ etc., que yivra-t-on? On ne vivra pas plus que sa vie, mais onvwra toute sa v/e , c'est-à-dire tout ce que permet d'espérer la constitution particulière de chaque indii>iduj combinée avec les lois générales de la constitution de X espèce '.

^. Je ne puis terminer ce Chapitre , où il a été si souvent question de M. Reveillé-Parise , sans payer un juste tribut de respect à la mémoire d'un homme si regrettable.

M. Reveillé-Parise était à la fois un médecin , un savant, un homme de lettres: par-dessus tout cela, c'était un homme de bien. 11 n'a jamais écrit que pour l'honnête et rutile. Tous ses ouvrages ont mérité la louange qu'il leur souhaitait le plus : « Un livre, disait-il, doit être un « bienfait. i>

Quelle est la durée naturelle, ordinaire, normale, de la vie de l'homme? Telle est la question que je me propose d'examiner dans ce chapitre.

(c L'homme qui ne meurt pas de maladies a accidentelles, dit Buffon, vit partout quatre - « vingt-dix ou cent ans '. »

« Si l'on fait réflexion, ajoute-t-il, que TEu- « ropéen, le Nègre, le Chinois, l'Américain , a l'homme policé, l'homme sauvage, le riche, ce le pauvre, F habitant de la ville, celui de la a campagne, si différents entre eux par tout le

4. T. II, p. 76. — J'avertis que je cite toujours l'édition de Buffon, que je donne en ce moment. Le lecteur y trouvera plus d'une note , de moi , qui se rapporte au sujet que je traite dans ce chapitre.

« reste, se ressemblent à cet égard , et n'ont tf chacun que la même mesure, le même inter- « yalle de temps à parcourir depuis la nais- « sance jusqu'à là mort, que la différence des « races, des climats, des nourritures, des comcc modités, n'en fait aucune à la durée de la « vie,... on reconnaîtra que la durée de la vie « ne dépend ni des habitudes , ni des mœurs , « ni de la qualité des aliments , que rien ne « peut changer les lois de la mécanique qui a règlent le nombre de nos années '... »

Bufibn a raison. La durée de la vie ne dépend ni du climat , ni de la nourriture , ni de la race; elle ne dépend de rien d'extérieur; elle ne dépend que de la constitution intime, et , si je puis ainsi parler, que de la vertu intrinsèque de nos organes.

Tout, dans l'économie animale, est soumis à des lois fixes.

Chaque espèce a sa taille distincte. Le chat et le tigre sont deux espèces très-voisines, trèssemblableâ par leur organisation tout entière ;

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