‹ De La Luxation De La Rotule: À L'Occasion D'un Traumatisme Dans Le Cas De Malformation Congénitale Du GenouChapitre 5 sur 18 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

CLASSIFICATION et DÉFINITION

des Luxations congénitales de la Rotule

Les auteurs modernes divisent les luxations congénitales de la rotule en : |

Permanentes, dans lesquelles la rotule est constamment située sur le côté externe de l'articulation du genou.

Récidivantes, qui se produisent de loin en loin et sous l'influence d'un traumatisme léger, d’un mouvement forcé ou d’une contraction musculaire trop brusque.

Habituelles, qui ne sont qu’un degré plus avancé que les précédentes. Elles sont sans cesse récidivantes, se reproduisent à tous moments de la journée, souvent sous la simple influence de la flexion du genou; elles se réduisent du reste soit spontanément, soit par le malade lui-même, quand le membre est en extension.

Cette division envisage bien toutes les luxations congénitales de la rotule dans la facon dont elles se manifestent, mais ne tient pas compte du moment où a lieu leur apparition.

Cet oubli n’a guère d'importance pour les luxations permanentes. Qu'on les constate, sitôt après l'accouchement — ce qui est très rare — ou — ce qui est la règle habituelle — qu'on s’en aperçoive au moment où l'enfant apprenant à marcher éprouve de grosses difficultés et fait des chutes continuelles, que même on ne les découvre que plus tard, leur caractère congénital ne sera nullement contesté. Par l’interrogatoire, en effet, on arrive

en général à établir que le genou a toujours été déformé et que la luxation de la rotule n’a pas débuté par un traumatisme.

Il en sera de même pour les luxations qui ont déjà plusieurs fois récidivé, ces récidives étant favorisées par des malformations congénitales du genou.

Mais le diagnostic devient plus délicat lorsqu'on se trouve en présence de ‘la première manifestation, sous l'influence d’un traumatisme, de cette luxation, qui, par le fait même que c'est la première fois qu’elle se produit, ne peut pas encore être appelée récidivante, mais qui est toute disposée à le devenir. On sera d'autant plus hésitant que l’âge du malade chez lequel se produira le premier accident sera plus avancé; on sera alors, en effet, plus facilement tenté de faire jouer un rôle prépondérant au traumatisme et de laisser dans l'ombre les malformations congénitales préexistantes.

Or, si on a pu définir la hernie congénitale : « une hernie produite à n'importe quel moment de l'existence du malade à la faveur d’une lésion congénitale (persistance du canal vaginopéritonéal) » la perte des rapports normaux entre la rotule, le tibia et le fémur, perte produite à un âge quelconque du sujet, à la faveur d'une prédisposition congénitale, devra bien être également étiquetée : luxation congénitale.

Que cette luxation se produise dans l’adolescence, comme cela a lieu le plus souvent, parce que c’est l’âge par excellence des traumatismes, ou qu’elle attende un âge avancé — soixantesept ans par exemple comme dans notre Observation I! — elle n’en existait pas moins en puissance dès la naissance. Et si un traumatisme, du reste toujours disproportionné à la lésion, en a été la cause occasionnelle, la cause vraie réside dans la malformation congénitale du genou. On voit de suite l'intérêt pratique que présente, dans les accidents du travail, le diagnostic de prédisposition congénitale incontestable, dans le cas de luxation de la rotule, survenue à la suite d’un traumatisme insuffisant à la produire chez un individu normal.

Disons maintenant quelques mots sur les différentes variétés

de luxations congénitales. On les a classées suivant l’emplacement que va occuper la rotule déplacée.

Luzxation en haut. — La rotule se trouve dans l’échancrure sus-condylienne. C'est un déplacement permanent qui reconnait comme cause un allongement congénital du ligament rotulien, ou un genu recurvatum, dans lequel le ligament rotulien est de longueur normale, mais la loge où devrait se trouver la rotule se trouve plus rapprochée de l'insertion inférieure du tendon.

Cette luxation étant congénitale permanente, existant dès la naissance el n'ayant pas de traumatisme dans l’histoire de son début, est donc en dehors de notre sujet.

Déplacement cunéen.— Lannelongue, au Congrès de Bordeaux, en 1905, donna ce nom à une déformation congénitale du genou. Dans la demi-flexion la rotule s’enfonçait dans l’entre-bâillement du fémur et du tibia. Il l’attribuait à une très grande brièveté du tendon rotulien.

Cette variété, on le voit de suite, est aussi en dehors de notre sujet.

Luzxalion en dedans. — La rotule passe sur le condyle interne. Cette variété est rarissime. On n’en cite que trois cas : ceux de Putégnat, de Périat et de Towsend, encore sont-ils contestés.

Dans ke cas de Putégnat (1), la rotule primitivement luxée en haut (longueur exagérée du ligament rotulien) serait passée en dedans à la suite d’un choc produit de dehors en dedans.

Dans ceux de Périat (2) et de Towsend (3) la luxation se produisait tantôt en dedans, tantôt en dehors, grâce à une laxité extraordinaire des ligaments.

Luzxation en dehors. — C'est la presque totalité des luxations congénitales de la rotule.

Aussi, dans cet ouvrage, ne nous occupons-nous que de cette dernière variété.

(4) Puréenar, Journ. de chirurgie, 1843.

(2) Périar, Journ. de chir. de Malgaigne, 1845, t. II, p. 22. (3) Towsenp, New York med. Journ., 1891.

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