‹ De la luxation trapézo-métacarpienneChapitre 45 sur 48 · OBSERVATION XXXV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXV

Pierre G..., débardeur, âgé de 49 ans, voulait soulever un lourd fardeau au moyen d'un levier. Pendant la manœuvre, il est surpris par un accident fortuit et pousse de sa main,avec une violence brutale, sur l’extrémité du levier.

Aussitôt, 1l éprouva une violente douleur de la portion supérieure de léminence thénar avec irradialions pénibles et impuissance de toute la portion périphérique du membre. Il n'a senti, ni entendu aucun craquement. Cependant, il lève la main et la maintient pendant un certain temps aussi haut que possible au-dessus de sa tête et cette attitude le soulage. Puis il éprouve une sensation pénible de pesanteur qu'il calme par des applications de cataplasmes.

Le lendemain de l'accident, 16 août 1890, il se présente à la Maison, de secours pour les blessés de l’industrie, où il est examiné par le professeur Guermonprez et le docteur Trichet. Il ne porte pas la main en écharpe, mais il la meut lentement, il remue les doigts

SO TAnES avec hésitation et dans une étendue très mcomplète. Cependant, c'est sur la portion externe du poignet et sur les parties voisines que l'on observe la tuméfaction la plus importante; on n'y trouve nt ecchymose, ni excoriation qui témoigne de l'action directe d'un imstrument vuln érant.

Il est facile d'apprécier la chaleur locale dont le maximuim répond un peu au-dessous de l’apophyse styloïde du radius. La palpation démontre que la seule portion sensible à la pression sé trouve située profondément. Lorsqu'on la pratique méthodiquement, on discerne que la peau y est étrangère, ainsi que les tendons et les autres organes de la région anatomique, tandis que l'articulation trapézo-métacarpienne est très sensible dans tout son pourtour. Il est difficile de s’en rendre compte en avant et aussi en dehors, tandis que la palpation dorso-externe démontre non seulement la sensibilité, mais encore et surtout l'étendue du déplacenrent. On reconnait sans peine le premier métacarpien d'une part, le trapèze d'autre part, et la comparaison des deux mains permet d'apprécier l'étendue du déplacement en dehors et en arrière du métacarpien sur le trapèze. |

La réduction de la luxation s'effectue aisément dès qu'un mouvement communiqué vient en aide au mouvement d'extension avec abauction, e’est dans cette attitude intermédiaire entre l’abduction et l’adduction que sera maintenu le pouce. Elle est réalisée à laide d'un petit appareil plätré comprenant le quart inférieur de l’'avant-bras, le poignet et la portion métacarpienne de la main. Pendant les premiers jours, le malade épouve une sensation pénible qui cesse d'elle-même à être désagréable,

cg OA M

L'appareil est renouvelé au bout de quinze Jours, el enlevé un mois après. La réduction est obtenue : ce n'est que dans les mouvements les plus exagérés que l’on observe encore un reste de déplacement. Peu à peu les mouvements de l'articulation gagnent en souplesse et en force : le massage et Pélectrisation localisés des muscles externes de l'avant-bras achèvent la guérison.

L'ouvrier peut reprendre son travail.

OBsERvATION XXXVI !

(Trouillet. — Dauphiné médical, 1894, p. 133)

Notre blessé reçoit le 4 février 1893 un choc relativement peu violent sur l’extrémité du pouce fléchi de la main droite. Immédiatement, il ressent une douleur excessivement vive au niveau de l'articulation tra pézométacarpienne, avec irradiation le long du doigt jusqu'à son extrémité. Saillie anormale du métacarpien sur le trapèze. Impossibilité à peu près absolue des mouvements. Raccourcissement. Le diagnostic est simple ; la réduction est obtenue en pressant directement sur la saillle formée par le premier métacarpien déplacé, pendant que l’on exerce une légère traction sur le pouce. Un morceau de zinc entouré de colon, mainhent en place l'extrémité métacarpienne. Le pouce est fixé en abduction par un bandage ouaté qui retient le zinc également en bonne situation; au bout de huit jours, choc accidentel sur le doigt, la luxation se reproduit, la dou-

leur intense se manifeste de nouveau. Nouvelle réduction,

immobilisation, cette fois dans un bandage silicaté. Au bout de 1? jours, ablalion du bandage. Après une courte période de massage, le pouce et la main ont récupéré toute leur force. Bientôt le malade fait du gymnase et de l'escrime sans être le moins du monde incommodé.

OBSERVATION NXXXVII

{Arnal. — Thèse citée, 1905. Suture trapêzo-méêtacarpienne)

M. L..., 28 ans, seulpleur, entre à l'hôpital Tenon, service de M. Lejars, fin juillet 1903.

Six mois auparavant. il a ressenti une violente douleur à la suite d'un choc, pourtant habituel chez lui, de l'émi- ‘nence thénarienne droite sur le burin.

Une grosse saillie est apparue à la parie externe du dos de la main. La douleur, extrêmement vive, empèche tout mouvement. Un médecin voit la lésion et fait disparaître la saillie en Urant fortement sur le pouce; 11 applique ensuite un bandage contenant une attelle de bois, ce bandage est enlevé au bout de dix jours, et lorsque, quatre semaines après l'accident, le malade reprend son travail, les mouvements sont encore un peu gènés et douloureux; 1l évite d’abord de frapper de la même façon qu'autrefois sur son burin, mais cette habitude lui revient vite, et, au bout d'une : huitaine de jours, la lésion réapparaît. On pose cette fois un äppareil plâtré qu'ou laisse trois semaines: lorsqu'on l'ôte, le malade semble guéri; mais ce n'est que temporaire, la lésion se reproduit au cours de son

travail, M. René Lemaitre pratique la suture t'a pézomélacarpienne, et trouve la partie postérieure de Ja Capsule complètement détruite. Le malade sort guéri au bout de trois semaines, Tous les mouvements du pouce sont parfaits,

Page 1