ANATOMIE PATHOLOGIQUE
On comprend que l’autopsie ait rarement pu être faite pour une luxation comme celle-ci ; on en rencontre cependant deux cas dans la littérature médicale. Le premier est celui de Foucner (1866-1869), chez un malade mort dans le service. de M. BouiLLauD et dont la luxation datait de plus de vingt ans.
Le premier métacarpien répondait par son extrémité supérieure à la face dorsale du trapèze, il était incliné à angle droit sur cet os et soudé de telle manière que les légers mouvements dont jouissait le pouce se passaient dans l’articulation trapézo-trapézoïdienne et trapézo- : scaphoïdienne. Les muscles de l’éminence thénar étaient devenus fibreux ; la première phalange du pouce était fléchie à angle droit.
Le second est celui rapporté par GÉRIN-Rose: Luxalion datant de plusieurs années, complète, le bord anté-
LADA rieur de l'extrémité supérieure du premier métacarpien répondant au bord postérieur de la surface articulaire correspondante du trapèze.
La capsule était intacte, épaissie en quelques points, offrant même à la partie interne un noyau cartilagineux, mais distendue de telle sorte qu'elle s’interposait entre les surfaces articulaires et s'opposail à la réduction complète.
GirARD, dans sa thèse en 1885, a décrit avec le plus grand soin les lésions anatomo-pathologiques qu'une luxation pouvait déterminer dans articulation trapézométacarpienne, et cela à Faide d’intéressantes expériences sur le cadavre.
Nous allons indiquer à quelles conclusions il a pu arriver.
Les lésions sont différentes suivant que les luxations sont incomplètes ou complètes.
Dans les /axalions incomplètes, la saillie que forme l'extrémité mélacarpienne laisse en dedans d'elle le tendon du long extenseur, tandis qu'elle soulève ceux du long abducteur et du court extenseur. L'artère radiale rejelée en dedans contourne l'os qui l'écarte et n’est séparée de lui que par la capsule. L'appareil ligamenteux de Particulation est intact, et e’estlà un point intéressant; quant à la position des deux os l’un par rapport à lautre, le sommet de l’apophyse antérieure métacarpienne repose sur le versant antérieur trapézien.
Dans les luxalions complètes, l'apophyse vient en contact avec la face postérieure du trapèze, maiselle remonte peu le long de cette face, ce qui s'explique facilement par ce fait que la capsule rompue en avant est restée intacte en arrière, arrèlant ainsi le métacarpien dont lapophyse ne dépasse souvent pas la ligne d'insertion capsulaire:
MÉORS l'éclatement capsulaire postérieur n'existe, d'après GiraRD, que lorsqu'il s'agit d'un traumatisme considérable non limité à l’articulation.
Telles sont les données apportées par Girard dans sa consciencieuse étude.
Warron, en 1888, a repris l'étude anatomo-pathologioue de la luxation trapézo-métacarpienne, en s’aidant aussi d'expériences sur le cadavre ; il est arrivé aux mêmes conclusions que GIRARD.
Il a démontré que si on applique une force à l'extrémité inférieure du métacarpien et si on la dirige dans le sens de la flexion avec légère abduction, l'extrémité supérieure de los métacarpien est directement porté en arrière: un mouvement de glissement lend à se produire entre les * deux surfaces articulaires du trapèze et du métacarpien, mouvement bien arrêté d'une part par la résistance capsulaire qui est considérable à la face dorsale, d'autre part par l'inclinaison très prononcée du plan antérieur du trapèze contre lequel vient se heurter le bec antérieur du mélacarpien. :
Si la force de flexion continue à agir, il en résulle une lutte entre la capsule et los métacarpien; la capsule très résistante se distendra mais ne cèdera pas, 1lse produira toujours dans ces circonstances une fracture de Fos métacarpien à Om.01 des surfaces articulaires, où bien il y aura écrasement du trapèze, si ce dernier est friable.
ARNAL, ayant vu par deux fois la luxation (rapézométacarpienne trailée chirurgicalement, relate dans sa thèse (1905 )et résume les lésions que présentaient ces deux cas de luxation. 5
Dans l'un, il s'agissait d'une luxalion d'abord incomplète, qui secondairement s'était transformée en luxalion complète; à l'incision on trouva la capsule intacte en
avant comme en arrière; l'articulation contenait une quantité assez notable de liquide ; le peu de lésions capsulaires observées semble explicable, par ce fait que la luxalion était d'abord incomplète, petit à petit la capsule tiraillée permit probablement, sans pour cela s’arracher, le déplacement complet de l'extrémité carpienne.
Dans le second cas, qui fut d'emblée une luxation complète, les lésions sont toutes différentes de celles qu'a décrites GirarDb : on trouve en effet la capsule intacte en avant et latéralement, tandis qu’en arrière elle présente un aspect des plus intéressants; quelques rares brides subsistent encore, restes de la capsule, tendus entre les bords postérieurs des deux os ; de plus l'extrémité métacarpienne remonte de | à ?centimètres sur la face postérieure du trapèze. Ces données sont contraires aux données classiques : elles n’en demeurent pas moins intéressantes, aussi avons-nous cru utiles de les signaler. Toutefois, Jusqu'à ce que de nouveaux faits viennent à l'appui de ces démonstrations, nous croyons qu'il est sage de se rapporter à la magistrale étude que GirarD et WAaTroN ont faile des lésions anatomo-pathologiques de la luxation trapézo-métacarpienne.