‹ De La Lymphadénie: Maladie InfectieuseChapitre 22 sur 25 · RÉSULTATS DE NOS RECHERCHES · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE NOS RECHERCHES

Obs. I. — Les inoculations aux animaux sont restées sans résultat. Les cultures de sang ont décelé la présence de streptocoques et de staphylocoques ; mais elles ont été faites au doigt, et les précautions prises ne sauraient être

Aro

bactériologiquement rigoureuses. Les seuls examens à

conserver sont ceux qui ont été faits avec une seringue

stérilisée dans la rate ou dans les veines. Mn Obs. II. — Voir la conclusion de l’observation de

M. Paul Courmont.

Obs. III. — Ces expériences ont la valeur d’expé-

riences négatives rigoureusement conduites.

Obs. IV.—- Des cultures de sang pris dans un ganglion ont décelé la présence d’un staphylocoque qui n’a pu être déterminé; les inoculations des cultures de ce microbe à un cobaye, à deux chiens, sont jusqu’à ce jour, restées négatives. (Ces recherches ont été faites avec M. le D' Nicolas.)

Nous faisons remarquer combien des expériences de ce genre sont difficiles, faute de renseignements précis sur le mode opératoire et Les doses de culture à employer. On ne peut se fonder que sur la communication de M. Delbet, puisqu'il est le seul à avoir reproduit expérimentalement le lymphadénome ganglionnaire; mais il n’a pas décrit le bacille qu’il a découvert; il parle de doses massives, terme absolument insuffisant puisqu'il n'indique ni le rapport du poids de culture au poids de animal, ni le degré de virulence de Pagent pathogène. Les résultats publiés par M. Delbet sont admis généralement en raison de l'autorité de l’auteur, mais nous manquons de moyens de contrôle.

S 2. REPRODUCTION EXPÉRIMENTALE DU LYMPHADÉNOME GANGLIONNAIRE (EXPÉRIENCES DK M. DELBET).

La science est pauvre en renseignements positifs fournis par l'inoculation du sang ou des tissus de malades atteints de lymphadénie, ou de cultures obtenues par l’ensemencement de ce sang ou de ces tissus.

Il faut reconnaître que la reproduction expérimentale de cette maladie est chose fort difficile, car tous les animaux de laboratoire ne sont pas atteints spontanément de lymphadénie, peut-être même certains d’entre eux jouissent-ils d’une immunité contre les inoculations de ce genre.

Non prévenu et après bien d’autres, nous avions, en novembre 1894, sur des lapins et des cobayes, tenté quelques expériences qui restèrent sans résultat précis. Or, Wehsemeyer prétend que jamais le lyÿmphadénome n’a été vu chez le lapin. Parti les rongeurs, Eberth n’en cite qu'un cas chez une souris. C'est surtout chez les carnassiers qu’on l’observe, en particulier chez les vieux chiens; on l’a signalé aussi, chez les porcs, les bœufs, les chevaux, Encore qu’on ne puisse appeler le chien le réactif spécial de la lymphadénie, il est bon de savoir que c’est sur lui que l’on doit tenier les inoculations ; les tentatives, jusqu’à ce jour, ont porté presque uniquement sur les animaux vulgaires de laboratoire.

M. Delbet donne une seconde raison de la difficulté de reproduire expérimentalement l'affection qui nous occupe. « Les maladies chroniques, dit-il, sont dues à des bacilles

ets ses

de virulences atténuées qui ne peuvent terrasser les animaux, même non réfractaires, comme le font les microbes de virulence exaltée des maladies aiguës. » Nous avons signalé déjà ce fait,en nous appuyant surla thèse de M. Dor.

Ces faits expliquent que les tentatives d’inoculation n'aient point réussi. Les expériences de Mosler, de Nette, de Bollinger (cités par Wehsemeyer), avec le sang leucémique ou avec du suc frais de rate leucémique ont été infructueuses malgré le nombre et la variété des sujets à expérience : lapins, souris, chiens, cobayes, singes et poules. Les injections intraveineuses n’ont pas donné de meilleurs résultats à Eickenbusch. Les injections multiples de sang défibriné faites par Nette sous la peau, dans le péritoine, dans les veines de l’oreiïlle, dans la veine épigastrique, dans les vaisseaux de la moelle osseuse, etc., chez deux singes et deux porcs, n’ont altéré eu rien la santé de ces animaux.

Les inoculations tentées, avec les sucs ganglionnaires, par Troje, par Litten, par MM. Cadiot, Gilbert et Roger, ont été également négatives. Jamais, dans aucun cas, on n’a reproduit la lymphadénie avec ses symptômes caractéristiques.

En présence de ces résultats négatifs, on s’est demandé s’il ne s’agissait pas simplement d’une affection secondaire, accidentelle, dans Le cours de la leucémie. Pour les staphylocoques tout au moins, la supposition était bien légitime. Fischer, en particulier, a soutenu cette thèse, à l’aide de deux observations. Dans la première, le staphylocoque a été trouvé dans le sang et les ganglions, mais seulement lors des poussées fébriles. Dans la seconde, certains ganglions étaient tuberculeux, d’autres ne l’étaient

pas. Faut-il en conclure, avec Fischer, que les infections staphylococcienne et tuberculeuse étaient secondaires ? pas nécessairement. Ne peut-on supposer, pour le premier cas, que, comme dans le paludisme, les microorganismes ne se rencontraient aux moments de fièvre que parce que ce moment était précisément celui de leur plus grand développement et de leur multiplication ? Et pour le second cas, n'est-il pas aussi légitime de supposer que la maladie ait été primitivement mixte, à la fois tuberculeuse et d’une autre nature indépendante?

Et encore, comment agissent les agents des infections secondaires, dans les diverses maladies où nous les voyons habituellement survenir? Le streptocoque se montre dans la plupart des fièvres éruptives, mais il conserve tous les caractères du streptocoque du pus et de lérysipèle, et a les mêmes propriétés pathogènes sur les animaux. Il est là, comme ailleurs, l’agent des infections graves, des septicémies et pyohémies mortelles, des pneumonies lobulaires, etc. Or, dans la lymphadénie, nous avons signalé le fait à plusieurs reprises, il a perdu sa qualité de faire du pus, c’est un microbe dont la virulence est particulièrementatténuée et dont toutes les qualités sont modifiées. On ne peut donc soutenir l’idée d’une infection secondaire; elle serait, en tout cas, de nature bien spéciale, puisque le cas de lymphadénie serait unique où des agents d’infection secondaire auraient perdu leurs qualités premieres.

Quoi qu’ilen soit, nous voulons emprunter avant d’aller plus loin, la conclusion de tout ce qui précède à M. Delbet.

« Si l’on songe que dans un grand nombre de cas on a trouvé des organismes pathogènes, soit dans le sang,

A eL Dr

soit dans les ganglions, soit dans les viscères lymphadéniques ; si l’on songe que, dans les cas où l’on n’a point trouvé de micro-organismes, on peut supposer que les recherches n’ont pas été suffisantes ou qu’il existait peutêtre des microbes particuliers, tels que celui de Pawlowski; si l’on songe que l’évolution clinique du lymphadénome ganglionnaire diffère singulièrement de celle des néoplasmes, que la fièvre, la cachexie, ressemblent tout à fait à ce que l’on observe dans les maladies infectieuses, on sera conduit à admettre, sans pouvoir encore l’affirmer d’une façon absolue, que le lymphadénome ganglionnaire est une maladie infectieuse. »

Récemment, M. Delbet a obtenu la confirmation expérimentale qui lui manquait. Il a présenté, en juin 1895, à l'Académie des Sciencs, une note sur « la production expérimentale d’un lymphadénome ganglionnaire généralisé chez un chien », première démonstration complète de la nature infectieuse de la maladie. Le bacille a été trouvé dans le sang de la rate, chez une femme atteinte de lymphadénome généralisé, à forme surtout splénique, qui succomba bientôt aux progrès de la cachexie. Les inoculations ont été faites sur le chien, soit dans le péritoine, soit dans le tissu cellulaire, avec la culture pure du bacille et à doses massives. Ce dernier point est une condition de succès. M. Delbet estime que des inoculations à faible dose échoueraierft fatalement. Un mois après le début des inoculations, on constata, à l’autopsie du chien, l’hypertrophie généralisée de tous les ganglions de l’organisme. Les cultures, faites avec ces ganglions, ont permis d’y constater la présence à l’état de pureté du bacille inoculé, tandis que le sang n’en contenait pas.

F. Re 6

ÉMIO REES

Nous ne pouvons pas être plus complet à ce sujet, puisque l'étude biologique du bacille en question ,annoncée par M. Delbet, n’a jamais été publiée.

Il faut attendre de nouvelles expériences pour se prononcer définitivement, mais un fait positif bien étudié 2 toujours une valeur incontestable. La constatation d’un microbe et la reproduction de la maladie au moyen de l’inoculation de cultures pures de ce même microbe, dans un cas de lymphadénie, prouvent que ce cas était d’origine infecthreuse.

Reste une question : le microbe de M. Delbet est pathogène, est-il spécifique? Avec M. Delbet, nous ne le pensons pas. Aussi bien est-ce l’idée qui ressort de tout ce travail; {a lymphadénie peut ‘être une maladie infectieuse, elle ne saurait étre une maladie spécifique. Qu'un des bacilles rencontrés, celui de Pawlowski par exemple, en raison de la fréquence des cas signalés, joue un rôle prépondérant, c’est possible, mais il ne jouera pas un rôle exclusif. Un très grand nombre de microbes, les bacilles de Koch, les agents de la suppuration, d’autres encore, particuliers, qui viendront s'ajouter à celui de Kelsch, à celui de Pawlowski, à celui de Delbet, sont capables de produire les lymphadénomes. Irons-nous aussi loin que M. Delbet? et notre maître, M. le professeur Poncet, a depuis longtemps émis cette opinion : il existe peut-être entre les adénites les plus vulgaires, tuberculeuse ou autres et les lymphadénomes les plus malins, une série ininterrompue. « Ge sont des lésions de même nature et de même cause et les différences d’évolution tiennent à ces deux termes qu’il ne faut jamais oublier dans les maladies infectieuses: d’une part, le degré de virulence de l’agent

DS '6 ae pathogène et, d'autre part, le degré de réceptivité ou de résistance de l'organisme atteint ». (Delbet.)

Dans un autre ordre d'idées, M. Delbet (article Tumeurs DU SEIN, in Traité de chirurgie, Duplay-Reclus) a insisté sur la transformation apparente de certaines inflammations chroniques évoluant d’abord comme des infections atténuées (mastites) et présentant, à un moment donné de leur déveioppement, l'allure de formations néoplasiques (adénofibromes). Le fait se produirait-il pour le Iymphadénome ?

En tout cas, M. Delbet est Le premier qui ait donné de la nature infectieuse d’un cas de lymphadénome des preuves qui semblent indiscutables.

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