GÉNÉRALITÉS ET DÉFINITIONS
La lymphadénie est la maladie du tissu adénoïde ; elle a pour substratum anatomo-pathologique la production anormale de ce tissu pur (lymphome ou lymphadénome), ou modifié (lymphosarcome), dans les points de l’économie en contenant normalement ou dans des régions qui en sont habituellement dépourvues. )
A l’état normal, le tissu adénoïde est formé par des fibrilles conjonctives tapissées d’un revêtement cellulaire plat, qui s’entrecroisent pour composer un réticulum dans les mailles duquel se disposent des cellules rondes (His); ce réticulum n’est visible que lorsqu'on a chassé au pinceau les éléments cellulaires qu’il contient. Dans la lymphadénie, le tissu adénoïde néoformé est tantôt typique, c’esta-dire modelé surle type normalquenous venons de définir, tantôt métatypique, c’est-à-dire que, dérivé du tissu lymphoïde, il ne conserve pas le même type histologique.
La leucémie ou leucocytémie est une altération du sang,
caractérisée par l'augmentation permanente et progressive du nombre des globules blancs ; la leucocytose est l’augmentation passagère de ces mêmes globules. Dans le premier cas, les leucocytes sont pathologiques; dans le second, ils restent normaux.
La leucémie n’a pas d’existence propre; ce n’est qu’un symptôme, un des éléments d’une maladie générale qui est la lymphadénie; ilne peut y avoir leucémie sans, quelque part dans le corps, une néoformation de tissu lymphoïde, tandis qu’il y a lymphadénie sans altération du sang.
La lymphadénie a pour siège de prédilection les organes qui, normalement, sont pourvus de tissus lymphoïdes : ganglions lymphatiques, rate, amygdales, intestin grêle, corps thyroïde, thymus, langue, pharynx, larynx, etc. ; il y a de plus de véritables néoplasies lymphoïdes hétéro typiques qui atteignent Les points les plus divers de l’économie, les séreuses, les muqueuses, les viscères, les os, la. peau.
On admet généralement l’existence de six formes principales, suivant la localisation dela lésion initiale :
1° Forme ganglionnaire, généralisée ou partielle ; & Forme splénique,simple ou combinée à la précédente ; 3 Forme intestinale ;
4 Forme osseuse ou myélogène ; dans ce premier groupe, la leucémie, apparaît d’une manière à peu près constante, mais à des époques déterminées ;
9° Forme cutanée ou mycosis fongoïde ;
6° Forme amygdalienne ou pharyngée ; variétés dans lesquelles la leucémie est rare.
ET
Il y a donc des lymphadénies leucémiques et des lymphadénies aleucémiques. Ce ne sont pas deux groupes absolument délimités : il y a des formes intermédiaires, dans lesquelles l'examen du sang, tout en ne donnant pas entre les hématies et les leucocytes les proportions de la leucémie vraie, s’écarte pourtant de la normale. Le rapport normal étant, en laissant une certaine latitude pour les oscillations physiologiques, d’1 globule blanc pour 900 globules rouges, il n’y a leucémie vraie que quand ce rapport est au moins d’1 pour 50. Entre ces limites, l’analyse donne les rapports d’1 pour 300, 1 pour 200, 1 pour 100. M. Jaccoud donne à ces dernières formes le nom de pseudoleucémies ; ce terme est impropre et prête d’autant plus à la confusion que Wunderlich lavait appliqué aux formes de la lymphadénie qui ne sont jamais accompagnées de leucémie. Eu l’état actuel de la science, nous devons abandonner complètement l'expression pseudoleucémie et distinguer seulement des lymphadénies avec leucémie et des lymphadénies sans altération du sang.
Nous reviendrons sur ces faits en donnant une analyse critique des diverses conceptions que les auteurs se sont faites de la maladie depuis Hodgkin (1832) jusqu’à M. Delbet (1895). Nous allons, avant d'indiquer le plan de notre travail, esquisser un historique rapide de la question.
C'est Hodgkin qui, en 1832, décrit le premier les hypertrophies ganglionnaires liées à une augmentation de volume de la rate, Bennett et Virchow découvrent ensuite l’altération du sang qu’ils appellent, l’un leucémie, l’autre leucocytémie ; la maladie du sang était caractéristique et
ne fe
essentielle pour ces auteurs. Bonfils en démontra la contingence en publiant une observation d’hypertrophie des ganglions et de la rate sans augmentation des globules blancs dans le sang. Trousseau décrivit, sous le nom d’adénie, la lymphadénie ganglionnaire généralisée aleucémique; Wunderlich appela cette lymphadénie non accompagnée de leucémie : pseudoleucémie. Ainsi furent constitués les deux types de lymphadénie avec ou sans leucémie. |
Le mot de lymphadénie est de Ranvier, Gowers disait lymphadénose ; Jaccoud créa celui de diathèse lyphogène. Les dénominations n’ont d’ailleurs pas manqué à cette maladie ; on l’appelle encore : maladie de Hodgkin, anémie lymphatique de Wilks, cachexie lymphatique.
MM. Brousses et Gérardin (Du Lymphadénome, Paris, Masson, 1886, mémoire couronné par l’Académie) divisent l’historique en quatre périodes : la première comprend le mémoire de Hodgkin ; la seconde est celle de la leucémie avec Virchow et Bennett; la troisième est celle de l’adénie avec Trousseau et Bonfils; la quatrième, ou période chirurgicale des auteurs, va de Trousseau à la publication du mémoire (1884).
À la vérité, ces divisions sont arbitraires, nous reconnaîtrons plus largement et plus simplement deux périodes : la première englobant les quatre précédentes, la seconde sera la période moderne ou bactériologique.
Ge travail sera subdivisé en deux parties subdivisées elles-même en chapitres :