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CHAPITRE PREMIER

Etiologie. — Causes occasionnelles.

Les causes réelles de la lymphadénie et sa nature intime étant aussi obscures que celle des tumeurs, il était naturel que l’on recherchât les causes occasionnelles. On a êté ainsi amené à admettre les causes les plus variées.

Posons tout d’abord ce fait qu’il ne s’agit pas de discuter, à propos de chaque forme, la question étiologique ; « la distinction des formes est purement symptomatique, la notion étiologique n’y entre pour rien » (Luzet).

La lymphadénie est plus commune dans le sexe masculin que dans le sexe féminin, dans la proportion de trois pour un.

Maladie de l’âge adulte, elle apparaît ordinairement

AG — entre vingt et quarante ans, et encore les auteurs ne sont-ils pas d'accord sur ce point.

Une statistique de MM. Brousses et Gérardin portant sur 136 cas de lymphadénie aleucémique établit ce

maximum de :

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M. Govers, d'autre part, conclut d’une statistique, basée sur 100 cas, que c’est une maladie de la vieillesse. Comparant ensuite, au point de vue du sexe et. de l’âge, 154 cas de leucocytémie splénique primitive et 100 cas de maladie de Hodgkin, il a trouvé que le sexe masculin a une propension plus marquée au lymphadénome, établi que le maximum de fréquence de décès était de 30 à 40 ans pour la leucocytémie splénique, et reconnu pour la maladie de Hodgkin deux maxima, un de 20 à 30 ans et le second de 50 à 60.

Nous n’osons médire des statistiques, il nous semble cependant plus rationnel d’admettre que la lymphadénie frappe également les deux sexes et tous les âges : le nourrisson meurt d’anémie infantile pseudo-leucémique, le vieillard meurt de lymphadénome malin, l’adulte peut indifféremment présenter toutes les formes de la maladie.

L'influence des traumatismes et dés accouchements a

Abe été notée par la plupart des auteurs. M. Jaccoud a insisté sur ce point que la diffusion de la lymphadénie est souvent le résultat d’une influence traumatique ou d’une agression irritative. Unestatistique de M. Brousses, portant sur 111 cas de lymphadénie à début ganglionnaire, établit que les ganglions du cou sont le plus fréquemment atteints les premiers, ainsi qu'on peut s’en rendre compte d’après les données suivantes :

Sur 411 cas :

Ganglions du cou, premiers atteints. 63 fois.

Ganglions axillaires. .°. . . . 10 — Ganglions de l’aine . . . . . 16 — Ganglions du mésentère . ,. , . 11 —

Ganglions du thorax et du médiastin. 11 —

On incrimine aussi, comme traumatisme ou irritation causale, la compression du corset pour la leucocytémie splénique, les entérites chroniques pour la lymphadénie intestinale. |

On cite un cas de Billroth dans lequel la maladie fut nettement déterminée par une piqüre d'abeille.

La grossesse et l’état puerpéral peuvent également être incriminés comme le prouvent les faits suivants : Brousses a relevé dans six observations, chez des femmes enceintes ou qui venaient d’accoucher, une lymphadénie mortelle à bref délai : accident en rapport peut-être avec la leucocytose presque constante des derniers temps de la grossesse.

Donc traumatismes et irritations peuvent être considérés comme des causes occasionnelles.

Irons-nous plus loin et en ferons-nous des causes

essentielles, suffisantes parfois pour créer par ellesmêmes la maladie? Il s'agirait auparavant d'établir la nature infectieuse de celle-ci; on pourrait alors la considérer comme complication éventuelle d’une plaie infectée. Dans l’état actuel des idées, cette conclusion serait peutêtre prématurée et nous dirons seulement qu’un choc sur le cou, le port d’un corset trop serré, etc., sont susceptibles de déterminer la localisation des microbes au point traumatisé ou habituellement irrité. Nous y reviendrons plus loin.

Toutes les causes banales de délibitation ont été accusées de faciliter le développement de la lymphadénie : fatigues, chagrins, émotions, surmenage. Cohnheim (in Archives Virchow), cite Le cas d’un jeune homme de vingt-quatre ans, qui succomba rapidement à une adénie survenue après la campagne du Schleswig-Holstein. M. Crocq, étudiant l’action puissante des émotions morales sur le développement des maladies diathésiques (et pour lui le lymphadénome en fait partie avec le fibrome et le sarcome), avoue ne pas savoir si les chagrins prolongés ou une contention intellectuelle trop forte peuvent compter parmi les causes occasionnelles. Mais M. Reclus montre, dans une observation, l’influence remarquable d’une émotion vive : un directeur de manège était porteur, depuis treize ans, de ganglions rétro-angulomaxillaires, gros comme des noisettes ; un jour son fils ivre tente de l’assassiner; la maladie prend aussitôt.une allure rapide, et, au bout de dix mois arrive à son terme fatal.

En tout cas, la lymphadénie semble être une maladie de de déchéance; elleatteint plus particulièrement les classes pauvres.

On a accusé l'alcoolisme. (Dumesnil et Ponchet, Gaz. des hôpitaux, 1862, p. 23; M. Ollivier, Union médicale, 1877, p. 396.) M. Isambert, sur un relevé de 73 cas de leucocytémie, à noté G fois des antécédents alcooliques. Nous avouons notre scepticisme à cet endroit, L’observation de Leudet, signalée dans Trousseau, est celle d’un alcoolique avéré ; mais les deux cliniciens, sans chercher là de relation de cause à effet, constatent que les effets morbides de ces excès furent uniquement des douleurs d'estomac avec vomissements, diarrhée, ictère et troubles intellectuels. Au surplus, qu’on prenne 78 individusatteints de l'affection que l’on voudra, il y aura toujours au moins 6 alcooliques ; on est leucocytémique et alcoolique à la fois, mais non pas lymphadénique, parce qu'on est alcoolique. Ces influences peuvent être comprises parmi les causes débilitantes ; elles n’offrent, en somme, en raison de leur banalité, qu’un intérêt secondaire.

Les maladies infectieuses, l’impaludisme, la syphilis, la fièvre typhoïde, joueraient un certain rôle dans l’étiologie de la lymphadénie. M. Luzet, dans son article (in Manuel Debove-Achard, tome 11), fait une remarque théorique judicieuse, 1l dit que ces maladies pouvant directement provoquer l'hypertrophie des organes lymphoïdes, laissent après elles une splénomégalie permanente, point de départ possible d’une véritable leucémie. En pratique, nous n’avons pas relevé cette influence dans toutes les observations qui nous ont passé sous les yeux. D’après M. Govers, les antécédents palustres sont de 4 pour 100 dans la maladie de Hodgken, etde8 pour 100, d’après Magnus Huss, dans la leucocytémie splénique.

On a quelquefois relevé dans les antécédents la rougeole

(7 cas), la coqueluche (6 cas), le rhumatisme (6 cas), la scarlatine (3 cas), nous leur ferons le même reproche de banalité qu’à l’alcoolisme.

n’en est pas de même des causes signalées par Trousseau dans l’adénie, telles que l’otorrhée, les coryzas chro niques, les dacryocystites; nous y attachons une tout autre importance, Nous les analyserons dans un chapitre suivant et elles seront pour nous un fait en faveur de la nature infectieuse de la maladie. Jusqu'ici, nous avons voulu éliminer les causes banales qui ont pour effet de diminuer la résistance de l’organisme, créant de ce fait, là comme partout ailleurs, l’imminence morbide.

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