CHAPITRE II
Théories anciennes sur la nature de la lymphadénie.
Hodgkin est le premier qui ait signalé une hypertrophie considérable des ganglions lympathiques accompagnée de tuméfaction de la rate. Nous avons traduit complètement le mémoire paru en 1832 ; nous avons soigrieusement étudié les six observations qu'il renferme ; la seconde répond vraisemblablement à ce que nous appelons adénie ; les autres ressortissent plutôt à la tuberculose ou à la syphilis. Dans le cas signalé, il s’agit d’un enfant de dix ans, porteur d’une tumeur de l'hypocondre gauche et d’une augmentation de volume des ganglions cervicaux à gauche, des ganglions thoraciques et mésentériques ; à l’autopsie, la rate était farcie de noyaux ressemblant à des ganglions lympathiques hypertrophiés. Toutefois, les observations IV et VI prouvent la coïncidence de tumeurs lymphatiques et de tumeurs de la rate.
De —
On n’attache d'importance rétrospective à ces observations qu’à la découverte de leucocytémie. En 1845, John Hugues Bennet, d’Edimbourg, et Craizie découvrirent, dans le sang d’un sujet atteint d’hypertrophie du foie et de la rate, des globules de matière purulente (suppuration of the blood). La même année, Virchow publiait une observation intitulée : sang blanc (weisses Blut), altération qu’il différenciait nettement du pus. Les noms de leucocytémie (vésicule blanche dans le sang) et de leucémie (sang blanc) restent à ces maladies ; le premier est de Virchow, le second de Bennett.
Nous ne voyons pas l’utilité de soulever ici une question de priorité ; ilnous semble toutefois juste de faire remarquer que la dénomination de leucocytémie indique de la part de son auteur une idée plus exacte de l’altération, puisqu'elle signifie « cellules blanches dans le sang, globules blancs ». Le terme de leucémie, sang blanc, consacrait l'erreur de Bennett qui pensait que les globules blancs accumulés dansle sang n'étaient pas des leucocytes, mais bien des globules de pus; la maladie qu’il étudiait était donc pour lui une pyohémie. Bennett accepta d’ailleurs les idées de son adversaire. Aujourd’hui, les deux termes sont absolument synonymes, et, si celui de leucémie a prévalu, c’est uniquement en raison de sa briéveté et de son euphonie.
Il importe de mentionner que, dès 1839, les médecins français Barth et Donné avaient observé un cas de leucémie avec hypertrophie de la rate; malheureusement le fait ne fut publié qu’en 1856.
Quoi qu'il en soit, dès ce moment, la question est à l'étude ; Virchow et Bennett font paraître toute une série
mio de publications. On reconnaît bientôt que la leucémie n'est qu'un phénomène secondaire, que les altérations des organes lymphatiques semblent être la véritable cause de la maladie ; mais à cette époque leur anatomie normale est inconnue et on désigne simplement leur lé sion par le terme vague d’hypertrophie.
En 1856, Bonfils et Trousseau constatent l'existence d’hypertrophies ganglionnaires non accompagnées de lésions du sang, ce qu'avait déjà vu d’ailleurs Virchow en 1849, et qu'il avait considéré comme se rapportant à un cas atypique de l'entité morbide créée par lui. Wilks, en Angleterre, propose le nom d’adénie lymphatique ; en France, Trousseau, celui d’adénie; en Allemagne, Wunderlich, celui de pseudoleucémie. À ce moment la division est nettement tranchée entre les deux états morbides qui constituent la lymphadénie telle que nous la comprenons aujourd’hui.
En 1862, Billroth cite deux cas de dégénérescence de la rate qui se rapportent à celles observées dans l’adénie. Le premier, observé par lui-même, est celui d’un jeune homme atteint d’hypertrophie considérable, des ganglions lymphatiques et de tuméfaction de la rate; le second, observé par Griesinger, signale des tumeurs colossales de la rate coïncidant avec une hypertrophie énorme des ganglions rétropéritonéaux. Le sang avait la fluidité de l’eau et, à aucun moment de la maladie, qui dura plusieurs mois, on n’observa de leucémie,
En 1865, Cohnheïim, cite un cas d’adénie avec augmentation de la rate et des ganglions, avec néoformation lymphatique dans divers organes, sans augmentation du nombre des globules blancs du sang.