‹ De La Lymphadénie: Maladie InfectieuseChapitre 8 sur 25 · STONE · texte numérisé non relu

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Pour Trousseau, l’adénie et la leucocytémie sont deux affections distinctes « bien que très voisines au point de vue des lésions ». Mais qu'est-ce donc que cette adénie? C’est une diathése : « frappé par la généralisation de la maladie à tous les ganglions lymphatiques, la première hypothèse qui se présente à l'esprit est celle d’une diathèse spéciale, la diathèse lymphatique. Elle serait caractérisée par la tendance de certains sujets à présenter sous l’action d’une cause déterminante, des engorgements ganglionnaires, d’abord localisés, et qui se généraliseraient dans l’espace de huit mois à deux ans. La maladie a pour conséquence l’anémie, la cachexie, et n’est point accompagnée de leucocytose. » Trousseau voit donc dans l’hypertrophie généralisée des ganglions lymphatiques un génie spécifique : c’est une maladie spéciale, « je ’appelle adénie, afin que désormais 1l soit bien établi qu'il y a une espèce morbide nouvelle daus la grande famille des maladies ganglionnaires ». Retenons encore ceci : IL y a dans l’adénie des productions lymphoïdes dans différents organes, analogues à celles qu’on rencontre dans la leucocytémie.

En 1866, Wunderlich, publie un travail complet sur l’adénie qu’il appelle pseudo-leucémie {. Il en donne la définition suivante : « Il existe une maladie particulière, caractérisée par la formation successive et envahissante de tumeurs volumineuses et nombreuses des ganglions lymphatiques internes et externes, et par des dépôts d’une

! Expression défectueuse, elle ne convient pas à l’adénie, et de plus on lui a donné plusieurs acceptions (voir plus haut les pseudoleucémies delJaccoud).

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consistance spéciale, qui se font tantôt dans un organe, tantôt dans un autre, mais le plus fréquemment la rate, le foie, plus rarement les reins, les glandes de l'estomac, les follicules de l'intestin, les poumons, le pharynx. Cette maladie se développe sans cause spéciale connue, s’accompagne d’une anémie prononcée, sans augmentation nécessaire du nombre des globules blancs... La mort est à peu près inévitable et arrive plus rapidement que dans la leucémie vraie ». Pour lui, la leucémie liénale et lymphatique et la pseudo-leucémie ou maladie de Hodgkin sont des affections identiques dans leur essence, mais différentes par leur genèse :-1a première est une maladie primitivement locale quise généralise; la seconde, une altération primitivement généralisée de tout le système ganglionnaire. Il se demande si l’adénie ne serait pas un premier degré de la leucocytémie ; «elles ne diffèrent que par une cause accessoire, qui fait que, dans un cas, les globules blancs sont produits en abondance et dans l’autre ne se sont pas produits ». — Et plus loin « l’adénopathie généralisée d'emblée ou consécutivement est une seule et même chose; c’est une affection constituticnnelle comme le cancer généralisé d'emblée, ou consécutive ment à un cancer, local d’abord, est une affection constitutionnelle. »

Mais Trousseau et Wunderlich s’accordent pour dire que la nature intime de la maladie nous échappe completement : nous ne percevons que des effets.

Il ressort de cette analyse des principaux ouvrages parus jusqu’à cette époque que l’on ne peut considérer l’adénie et la leucémie comme deux espèces morbides différentes : entre elles tout est commun, semblable, iden-

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tique : iln’y a de différence que dans l’altération du sang, ce sont peut-être deux formes, deux variétés d’une même espèce morbide.

L’adénie n’est-elle, comme le dit Wunderlich, qu'un premier degré de la leucocytémie ? Non, car il y a des adénies qui évoluent complètement sans altération du sang.

En somme, nous concluons avec Spillmanu, qui a fait des théories qui précèdent une étude détaillée : « Aucune des opinions formulées sur la nature et l’origine des adénies ne peut soutenir la discussion. Ce sont des questions pleines d’obscurité.…. »

Cependant, l’adénie et la leucémie ne devaient pas tarder à être rapprochées complètement. La doctrine de Trousseau a des partisans, mais aussi des adversaires. Hérard, en 1865, constatait que les lésions anatomiques sont les mêmes dans les deux cas. Nicaise n’établit aucune différence capitale. Isambert est du même avis. Dans leur traité classique, Cornil et Ranvier considèrent une seule affection, la lymphadénie, qui a deux variétés, l’adénie et la leucémie; ses manifestations locales sont les lymphadénomes.

Pour M. Jaccoud, l’adénie etla leucocytémie sont deux maladies identiques, c’est-à-dire l'expression d’une même maladie qu’il appelle diathèse lymphoo ëène.

À ce moment paraît la monographie d’Isambert et de Mosler. Pour le premier, « la leucocytémie n’est qu’un symptôme transitoire dans les leucocytémies temporaires ou symptomatiques, permanent dans la leucocytémie pro gressive ; mais celle-ci est une cachexie spéciale tenant à une diathèse inconnue, »

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Bientôt la question s’étend par la découverte de formes nouvelles.

On a reconnu l’existence d’hypertrophies vraies de la rate sans leucémie (Woillez, Müller). MM. Brühl et Debove ont décrit la splénomégalie primitive caractérisée « par une hypertrophie totale de la rate, une anémie à marche progressive, sans augmentation du nombre des leucocytes,et sans altération des ganglions lymphatiques ». Après en avoir fait une entité morbide, distincte de la lymphadénie, ces auteurs ont été forcés de reconnaître qu'en général ces malades devenaient leucocytémiques ; ils ont fini par admettre, avec la plupart des auteurs, que la leucocytémie est un symptôme plutôt qu’une complication de la maladie.

MM. von Jaksch et Ch. Luzet ont décrit aussi une

1ymphadénie splénique, où la leucocytose est modérée, stade intermédiaire entre l’hypertrophie simple de la rate et la leucocytémie vraie. C’est l’anémie infantile pseudoleucémique, la lymphadénie splénique des nourrissons.

Des formes aleucémiques fureni décrites pour l’amygdale, l'intestin (Demange et Gilly, th., Paris, 1874 et 1886); pour le testicule (Monod et Terrillon, Archives - gén. méd., 1879). Pour la peau, on distingue trois formes : le mycosis fongoïde d’Alibert et Bazin, le type Vidal-Brocq, à tumeurs d’emblée, et la sarcomatose cutanée de Perrin.

Nous passons volontairement sous silence les discussions importantes qui ont eu lieu à la Société de chirurgie : nous avons suivi, autant que possible, l’ordre chronologique dans l’exposé des faits, mais nous nous sommes astreint à n’enregistrer que des théories, ou du moins,

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